Les régionales, test de la stratégie présidentielle du FN

Marine Le Pen met les choses au point. David Oranje/Flickr, CC BY-NC-ND

La conjonction entre une situation économique alarmante et la crise des migrants en Europe pourrait bien servir de marchepied à Marine Le Pen, engagée dans une tentative de banalisation du FN.

Marine Le Pen a pris le contrôle du parti, et le parti a fait en sorte d’étouffer les propos provocateurs, anachroniques et embarrassants de son père. L’affaire a été menée avec le maximum de publicité possible. La frontière entre le vieux Front national de Jean-Marie et le nouveau version Marine a ainsi été tracée brutalement.

Un éminent spécialiste du populisme et de la communication politique, Gianpetro Mazzoleni, évoque dans la vie des partis l’existence d’une phase d’« insurrection » qui précède une autre phase – celle de la modération et de la consolidation – où le fait d'attirer l’attention de l’opinion passe au second plan par rapport à la volonté de se présenter comme un parti de gouvernement responsable.

Jean-Marie Le Pen est un rebelle hors pair. C’est un provocateur patenté qui, avec les mots, est parvenu à focaliser l’attention des médias et les critiques des élites. Il se présente comme un homme qui ne craint pas de dire ce qu’il pense au nom de l’idée qu’il se fait de la France.

Rhétorique crasse

Marine, elle, est une politicienne plus calme et plus nuancée mais, à l’image de son père, elle n'en est pas moins très expérimentée dans les débats et sur les estrades. Elle incarne la phase de modération et de montée en puissance du FN : Marine a ainsi mis en sourdine une rhétorique crasse pour être plus en phase avec son époque, tout en demeurant suffisamment provocante pour réussir à maintenir l’intérêt des médias et conserver sa base populaire.

La période actuelle est idéale pour les partis nationalistes et populistes du fait de la conjonction de deux crises : une situation économique très alarmante et la crise des réfugiés. La région où Marine Le Pen se présente aux régionales illustre à elle seule cette conjonction.

Le Nord Pas de Calais est situé dans une région sinistrée, où le FN est puissant. Marine s’y est présentée à la députation, en vain. La crise des migrants y est bien réelle : nombre d’entre eux tentent de franchir la Manche dans l’espoir d’une vie meilleure au Royaume Uni. Et parfois ils y parviennent. Mais, sur place, certains n’ont que faire de savoir si ces migrants cherchent en réalité à obtenir l’asile politique ou les meilleures perspectives socio-économiques en Europe.

Pouvoir d’attraction

Il n’y a pas de meilleure région pour la candidate Marine Le Pen, qui a développé une ligne protectionniste, plus à gauche que le centre-gauche, à même de séduire dans cette zone en difficulté. Le FN se présente désormais comme un parti patriotique, social, démocratique, laïc, plus intéressé par la culture que par les races. De quoi attirer une frange de l’électorat sensible aux statistiques de l’immigration au moment où la crise des migrants prend de l’ampleur.

Cette préoccupation est aujourd’hui exacerbée par le nombre croissant de demandeurs d’asile en Europe. Mais le pouvoir d’attraction du FN est aussi stimulé par les médias qui qualifient, au choix, la question des demandeurs d’asile de « problème sécuritaire » ou de « crise humanitaire ». La réalité, c’est qu’il s’agit d’un peu des deux, sans qu’on puisse trancher sur l’importance relative de l’un ou de l’autre.

L'appel du drapeau. Blandine Le Cain/Flickr, CC BY

Le FN et les autres partis nationalistes affirment vouloir défendre les intérêts du peuple contre les élites. Selon le Front national, les élites « de gauche » mettraient en œuvre un programme « anti-national » en soutenant une immigration de masse, tandis que les élites néo-libérales feraient de même pour pouvoir disposer d’une main d’œuvre bon marché. Les partis nationalistes seraient les seuls à défendre les intérêts des classes populaires et moyennes.

Le FN a une formule gagnante mêlant conservatisme socio-culturel, souverainisme et programme économique de gauche. Une formule qui n’est pas limitée aux rangs du FN. Ceux qui, trop souvent, qualifient ces partis d’« extrême droite » se trompent. Comme le montre bien le professeur Cas Mudde, ils combinent trois dimensions : le populisme, une forme d'autoritarisme « démocratique » et la préférence nationale. En ce sens, ce sont bien des partis pleinement engagés dans la vie démocratique, le plus souvent depuis des décennies.

A l’instar du Parti du peuple danois, ils défendent le modèle de la Sécurité sociale, mais avec l’idée qu’elle doit être réservée aux cotisants ou au petit nombre de réfugiés capables de s’adapter aux normes nationales et européennes.

Jeanne d’Arc

Certains partis nationalistes qui comptent en Europe de l’Ouest ont rejoint le FN au sein du groupe de l’Europe des nations et des libertés au Parlement européen. Ils sont unis par la même détestation de l’islamisme, l’immigration de masse, la mondialisation et l’Union européenne telle qu’elle existe. Ils veulent « rendre » le pouvoir aux peuples.

Aux yeux de certains, Marine Le Pen ne serait que le dernier avatar anachronique du nationalisme. Pour d’autres, elle est la nouvelle Jeanne d’Arc, qui va sauver la France mais aussi le reste de l’Europe. Or si l’on en croit les derniers sondages, ils sont de plus en plus nombreux à en être réellement convaincus.

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