Lettre à Zoé

Comment améliorer l'enseignement ? Kenzo Tribouillard/AFP

En décembre, The Conversation France a publié la lettre de Zoé Barbé, une lycéenne qui exprimait une frustration sur l’éducation telle qu’elle lui était proposée aujourd’hui, mais aussi un rêve magnifique de tout changer. Cette lettre a provoqué de nombreuses réactions dans les milieux étudiants et enseignants. Nous publions ici une première réponse à Zoé et nous en publierons d’autres.

Chère Zoé

La lettre que tu as écrite avec l’aide du Centre de Recherches Interdisciplinaires (CRI) à la fin de l’année 2015 m’a, je l’avoue, tout d’abord interpellé puis beaucoup ému.

Ce mélange doux-amer de déceptions profondes et de rêves atteignables rend ta vision de l’éducation extrêmement attachante. Les idéaux et projets que tu évoques n’ont, j’imagine, laissé aucun lecteur – simple parent d’élève, acteur du système éducatif ou décideur politique – insensible.

Chacun a en outre pu apprécier dans tes écrits une capacité avérée d’analyse et de questionnement.

Je souhaite ici participer à un dialogue qui s’ouvre entre les lecteurs que nous sommes et toi-même. Une ambition simple d’échanger et de « refaire le monde », ou plus précisément de bâtir l’avenir avec toi, comme tu l’envisages dans ta lettre. Une volonté également de débattre ton réquisitoire contre le système éducatif français.

Frustration, désillusion, deuil …

Lire dès la première ligne que, depuis l’âge de 13 ans l’école a perdu son sens, est effrayant et il nous faut nous interroger sur tes propos. Non pour les remettre en cause, mais pour comprendre.

L’introduction de l’article évoque une « frustration ». J’y ai vu un mal plus profondément ancré, celui d’une désillusion, voire d’un deuil de ta scolarité.

Ne dis-tu pas toi même dans la lettre que tu es en train de « mourir intellectuellement à l’école » ? Ne précises-tu pas que pour réussir dans le système scolaire secondaire il faut se sacrifier et s’enfouir sous le travail, renoncer à tout ce que l’on aime ?

Et finalement, tu constates que tes excellents résultats scolaires reflètent plus la capacité d’adaptation à un système qu’à une réelle éducation.

J’interprète dans tes propos le dégoût du renoncement à la culture générale au profit de la performance scolaire. Je tente une synthèse en percevant ton « ras-le-bol » du bourrage de crâne et des recettes pédagogiques indigestes menant à cette overdose.

Pédagogies anglo-saxonnes

Tes propos m’ont bien sûr inquiété, et chacun a dû y voir une critique féroce du système éducatif national. Je ne vais pas aller sur ce terrain, n’étant pas un expert de ce domaine. J’évoque l’hypothèse plus simple que ton style d’apprentissage ne convient pas à la pédagogie actuellement proposée dans le secondaire.

J’imagine que ton appétence pour les découvertes personnelles (tu cites les arts, les cultures, les sports) couplée à ton goût pour l’apprentissage personnel font de toi un candidat idéal pour des pédagogies anglo-saxonnes. On parle aussi de pédagogie inversée. Résumées simplement, des approches où une large part de l’acquisition des connaissances fondamentales se fait en dehors de la salle de cours. Le temps en classe est mis à profit pour débattre et mettre en pratique.

On est alors dans l’horizontalité que tu évoques dans l’article. J’ai vu cette pédagogie en application dès le primaire ou le collège dans des pays comme l’Australie ou les États-Unis. Tu constateras avec bonheur et soulagement que ces approches sont très prisées en France dans l’enseignement supérieur.

Tu reconnaîtras sans doute un peu plus tard que l’esprit critique développé dans le secondaire t’a été utile pour t’insérer avec aisance dans ces nouvelles pédagogies.

Tes idées revisitées

Dans ta lettre, différentes solutions sont exposées pour changer l’éducation. Je souhaite rebondir sur certaines d’entre elles.

Celle du lycée d’été « pour apprendre autrement pendant les vacances » a retenu mon attention. A l’évidence, tu aimes les contextes d’apprentissage formels. Sache à cet égard que différents établissements d’enseignement supérieur offrent cette possibilité sur des durées courtes en guise de découverte. Tu peux ainsi t’initier au code informatique, aux bases de l’entrepreneuriat ou à l’ingénierie pour ne citer que quelques exemples.

Ces rencontres répondent à différents besoins exprimés dans ta lettre, qu’il s’agisse de vecteurs d’épanouissement personnel ou d’aide à l’orientation. Tes idées témoignent également de ton goût pour des pédagogies nouvelles, ludiques et basées sur les technologies.

Les Moocs pour lycéens sont à l’évidence une bonne idée, faisant d’ailleurs l’objet de réalisations, tant pour s’initier aux mathématiques, que pour s’orienter ou découvrir des thèmes plus généraux. Beaucoup d’entre eux sont abordables par des lycéens, même si leur forme n’est pas forcément des plus ludiques.

Les fablabs, lieux d’expérimentation

Pour parler jeu, de nombreuses initiatives existent comme les « serious games » (utiliser le jeu pour apprendre sur des choses sérieuses) ou les challenges entreprises. Si certains sont exclusivement réservés aux étudiants de l’enseignement supérieur, d’autres sont accessibles à des publics du secondaire.

Ils te permettent de te frotter à de vraies problématiques d’entreprises. Dans une approche encore plus pratique, un bon nombre d’établissements seront heureux de te faire découvrir des lieux exceptionnels d’apprentissage et d’expérimentation que sont les « fablabs ».

Finalement tu évoques des « diplômes blancs » arguant à juste titre du besoin de compétences ciblées. Dans notre jargon, nous parlons de plus en plus de certification. Nombre de certificats (ou brevet, attestation) sont à la portée des plus jeunes. N’as-tu pas déjà obtenu une attestation de sécurité routière ? Peut-être as-tu déjà une attestation de secouriste ou un brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur ? Tu peux aussi t’intéresser à des certifications à l’utilisation de logiciels, aux rudiments de la gestion d’entreprise, aux bases du code, etc.

Le « etc » à la fin de la phrase précédente n’a pas pour but une sortie facile de l’article. Il invite, à l’image de ce que tu appelles de tes vœux, à co-créer autant d’espaces d’éducation que le jeune public le souhaite.

Car, dans ton analyse riche et constructive, tu fais ce merveilleux cadeau de nous rappeler à quel point l’éducation est importante et avec quelle ferveur il nous faut renouveler les voies par lesquelles elle restera pérenne.

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