Planète bleue

Planète bleue

L’heure de la mobilisation pour l’océan a-t-elle enfin sonné ?

Dix millions de tonnes de plastique sont rejetés chaque année en mer. Ici, des paillettes de plastique mêlées au sable à Hong Kong. Tyrone Siu/Reuters

Lors d’un sommet organisé à l’ONU les 25-27 septembre derniers, la communauté internationale s’est dotée d’Objectifs de développement durable (ODD), dont la mise en œuvre a pour vocation de produire ou d’accélérer une transformation des modèles de développement, et ainsi placer tous les États, riches comme pauvres, sur une trajectoire soutenable à l’horizon 2030.

Les dix-sept ODD, ainsi que les 169 cibles qui leur sont associées, dessinent un monde fondamentalement différent de celui que nous connaissons aujourd’hui. Un monde sans extrême pauvreté (ODD 1), dans lequel la sécurité alimentaire est assurée (ODD 2), l’accès à l’eau garanti (ODD 6), les inégalités réduites (ODD 10). Un monde dans lequel les océans, les mers et les ressources marines sont conservés et exploités durablement (ODD 14).

L’intention est éminemment louable, mais ne doit pas éluder l’importance des efforts à déployer pour construire un tel monde d’ici à 2030. S’agissant des océans, disons-le tout de go, la situation est aujourd’hui des plus préoccupantes : les ressources de pêche sont surexploitées, la moitié des récifs coralliens a disparu durant les trente dernières années, dix millions de tonnes de plastique sont rejetés chaque année en mer, la surface des zones mortes a doublé depuis les années 1960… À cela s’ajoutent les impacts du changement climatique et des émissions de dioxyde de carbone : l’océan se réchauffe, il s’acidifie et prend davantage de volume – d’où l’élévation du niveau de la mer.

Trois rendez-vous déterminants

Les cibles associées à l’ODD-océan engagent notamment les nations à gérer et protéger durablement les écosystèmes marins et côtiers, à réduire au maximum l’acidification des océans et à lutter contre ses effets, à mettre un terme à la surpêche en interdisant notamment les subventions qui la favorisent, ou encore à préserver au moins 10 % des zones marines et côtières. Si, pour la grande majorité d’entre elles, ces cibles résonnent comme un rappel d’engagements déjà pris par la communauté internationale, elles ont néanmoins le mérite de fixer une feuille de route précise et une trajectoire de laquelle les États ne doivent pas s’écarter.

Sur le pont d’un chalutier de Boulogne-sur-Mer (2013). Mettre fin à la surexploitation des ressources halieutiques est l’un des objectifs de l’ODD-océan. Pascal Rossignol/Reuters

Au cours des prochaines semaines, trois rendez-vous déterminants permettront de juger si l’adoption de l’ODD-océan constitue une véritable impulsion pour une meilleure gestion du milieu marin ou si, au contraire, les engagements pris s’ajoutent à la litanie des déclarations sans lendemain.

En premier lieu, les États membres de l’ONU devront se prononcer sur l’opportunité d’organiser des conférences triennales sur les océans et les mers, visant à évaluer les progrès accomplis dans la mise en œuvre de l’ODD-océan. Cette initiative, promue par Fidji et la Suède, permettrait de s’assurer que les actions menées par la communauté internationale s’inscrivent bien dans la trajectoire fixée par l’Agenda 2030 et, le cas échéant, d’encourager les correctifs et accélérations nécessaires.

Les subventions dans la ligne de mire

Lors de la dixième conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), organisée à Nairobi les 15-18 décembre prochains, les États auront par ailleurs l’occasion de se prononcer sur l’une des cibles majeures de l’ODD-océan : l’interdiction avant 2020 des subventions à la pêche contribuant à la surcapacité et à la pêche illégale. L’enjeu n’est pas mince puisque ces subventions nuisibles sont estimées à près de 18 milliards de dollars par an.

Enfin, l’avenir des océans se jouera également en décembre prochain à Paris, lors de la COP21. La communauté internationale devra s’entendre pour établir un régime climatique, ambitieux et universel, permettant de limiter le réchauffement en deçà des 2 °C d’ici à la fin du siècle. Un tel accord est primordial pour l’océan, dont les écosystèmes sont déjà profondément impactés par le changement climatique et les émissions de dioxyde de carbone. En cas de dépassement du seuil des 2 degrés, les dommages seraient majeurs, et pour certains irréversibles, rendant par là même totalement vain l’espoir de tendre vers un monde dans lequel les océans, les mers et les ressources marines sont conservés et exploités durablement.

Trois rendez-vous déterminants donc, trois échéances cruciales pour commencer à mettre en œuvre cet ODD-océan, et ainsi construire une nouvelle planète bleue.