Mégalodon ! Comment les fossiles marins font le bonheur des films d’horreur

Deux mégalodons en balade cinématographique. Shutterstock

Profitons qu’En eaux troubles s’affiche sur les écrants géants des salles obscures du monde entier pour nous pencher sur son personnage de requin géant rugissant. Ce « Meg » (le titre anglais pour « Mégalodon ») rôde tout au long de ce nouveau film de science-fiction et d’horreur. Mais derrière les cris de peur du public, apprécions l’animal qu’il fut.

Une dent bien préservée de Megalodon. Shutterstock

Enorme, vorace, mystérieux, Carcharocles megalodon (ou Mégalodon) a été le plus grand requin jamais connu de l’histoire des animaux. De l’espèce, il ne reste que des dents fossilisées. Qui atteignent 18 centimètres de longueur. Ce qui donne à penser aux scientifiques que la bête dévorait des baleines et pouvait atteindre une taille de 17 mètres. Disparue il y a 2,6 millions d’années, une telle créature inspire par ses mensurations une peur primaire encore aujourd’hui.

La paléontologie n’a pas sa pareille comme discipline scientifique pour remplir les salles de cinéma. Mais depuis toujours, c’étaient les dinosaures qui remplissaient les caisses. Ainsi, « Jurassic Park » a séduit toute une génération. Elle s’est montrée autant captivée par les bêtes que par les visages émerveillés des personnages de paléontologues les découvrant dans ce parc d’attractions très particulier.

La puissance d’évocation du cinéma fonctionne également pour les vrais scientifiques. Car, sans une machine à remonter le temps imaginée dans un film au budget conséquent, ils n’auraient jamais vu leurs bêtes en mouvement, ni écouté leur animal disparu depuis si longtemps. Sur l’écran, il n’y a de place que pour la mégafaune, celle qui captive l’attention du public. Et rien pour les espèces sans même une page sur Wikipedia. Nous n’avons donc pas le choix : afin d’évoquer la complexité de la biodiversité, il faut d’abord piquer leur curiosité avec de grosses bêtes.

C’est connu, les monstres fascinent. Mais seuls ceux que l’on peut imaginer avoir vraiment existé nous font frissonner de terreur. Le Mégalodon est une créature d’un monde sous-marin encore inexploré à plus de 80 %. Ces eaux inconnues où règne un noir d’encre deviennent terrifiantes dès qu’on se pose la question de ce qu’elles cachaient aux temps préhistoriques. C’est pourquoi je présente aux réalisateurs de cinéma cinq monstres marins disparus parmi les plus méchants. Chacun mérite à lui seul d’être le personnage principal d’un blockbuster !

Les ichthyosaures

Les ichthyosaures ressemblent à des dauphins mais ils étaient en réalité des reptiles. Shutterstock

Ces reptiles marins à l’allure élégante d’un dauphin mais à sang froid sont apparus il y a plus de 200 millions d’années. Ces tueurs se montraient très rapides dans leurs déplacements et pouvaient atteindre des longueurs de 15 à 20 mètres, voire plus. Ils ont connu un succès incroyable, conquérant les eaux du monde et ont traversé et survécu à 160 millions d’années de Mésozoïque, l’« ère des dinosaures ».

Les pliosaures

Le pliosaure était un carnivore qui se nourrissait de poulpes, de poissons, et peut-être même d’ichthyosaures. Shutterstock

La famille des pliosaures est un autre groupe de reptiles marins du Mésozoïque aux corps allongés de 15 mètres. Leurs dents feraient rougir de honte nos crocodiles et leur cerveau possède les proportions de celui d’un grand requin blanc. Suite à la découverte de quelques gros spécimens fossiles, de petits noms ont été donnés à certains, comme Predator X découvert en Norvège et le « monstre d’Aramberri » au Mexique.

Les Mosasaures

Une mâchoire de mosasaure. Shutterstock

Le Mosasaure tient de beaux rôles dans les films « Jurassic World ». Mais ce colosse mériterait le rôle-titre de nouvelles créations dramatiques. En effet, avec ses 17 mètres de longueur et ses rangées de dents coniques, ce « lézard de la Meuse » – lieu de sa découverte – était un prédateur terrifiant. Il a été placé en avant sur la scène de la paléontologie puisqu’il est l’un des premiers grands reptiles marins découverts par l’homme.

Les Mosasaures peuplaient les mers intérieures à la fin du Crétacé. Shutterstock

Xiphactinus

Bouledogue des mers de 5 à 6 mètres de taille, Xiphactinus audax vivait au Crétacé supérieur. Ce poisson osseux aux dents pointues de la taille de pics à glace attaquait ses proies à la vitesse de l’éclair, tirant profit de son corps fuselé. Vorace, il avalait ses proies entières. Un fossile de l’un d’entre eux est célèbre pour avoir révélé, dans son estomac, une de ses victimes pas encore digérées.

Dernier souper. Spacini/Wikimedia, CC BY-SA

Basilosaurus

Basilosaurus, qui signifie « lézard royal », est un ancêtre des baleines, vivait à l’Éocène, il y a 40 millions d’années. Découvert en Jordanie et en Égypte, ce cétacé archaïque était un adversaire remarquable car il possédait une intelligence propre aux mammifères en sus de sa grande taille (de 15 à 18 mètres de long) et d’une bouche remplie de dents broyantes.

Un squelette de Basilosaurus au Museum d’histoire naturelle de Nantes. Wikimedia, CC BY-SA

L’effet Dents de la Mer

Avec l’extinction de plus de 99 % des espèces ayant un jour existé, il est étrange que les archives constituées par les restes fossiles n’aient pas été pillées dans le but de constituer une large gamme de monstres divers et variés. Mais peut-être que sortir du lot des espèces comme le Mégalodon nous permet d’appréhender, et d’apprécier, ce qui a disparu mais qui a un jour existé.

Identifier les descendants les plus proches du Mégalodon n’a pas été chose facile mais le cinéma y est arrivé : un d’entre eux est justement le grand requin blanc (Carcharodon carcharias). Le grand vulgarisateur scientifique David Attenborough disait de cet animal qu’il

« glisse, onirique dans son monde aqueux et dans notre subconscient. C’est l’un des derniers grands prédateurs à se déplacer librement sur la planète, une créature à la symétrie effrayante ».

Malheureusement, cette force poétique issue de millions d’années d’évolution s’est évanouie dans les clameurs d’un public transporté par la peur et l’ignorance. Car l’impact des « Dents de la mer » a été de réduire l’image du grand requin blanc à celle d’un tueur aveugle. Au point que même Peter Benchley, l’auteur du roman d’où est tiré le film regrette qu’on en soit arrivé là.

Car aujourd’hui, toutes les espèces de requins sont menacées par un prédateur encore plus grand et encore plus violent. Celui-là offre des requins comme trophées ou les tuent juste pour leur foie et leurs nageoires. Selon des estimations sérieuses, les humains sont responsables de la mort de 11 000 requins par heure et en pêchent jusqu’à 273 millions chaque année.

Le dernier espoir du requin réside dans l’éducation des humains. En cela, Hollywood peut aider en montrant des bêtes que nous n’avons nul besoin de redouter dès la sortie de la salle de projection. La période actuelle est néfaste pour les scientifiques qui étudient les requins : cette branche de l’évolution vieille de plus de 420 millions d’années risque de se dessécher. Nous espérons que les cinéastes tirent les leçons des « Dents de la mer » et utilisent la magie du spectacle afin de mêler crainte et curiosité plutôt que d’exploiter les peurs.

This article was originally published in English