Plaidoyer pour la mobilité des docteurs

Jeune chercheur guidé par un plus expérimenté. U.S. Army RDECOM / Flickr, CC BY-SA

Cet article est publié dans le cadre du EuroScience Open Festival (ESOF), dont The Conversation France est partenaire.


Le diplôme de doctorat est délivré après un travail de recherche de plusieurs années qui peut porter sur des sujets et des domaines aussi variés et complexes qu’il existe de thèmes de recherche (sciences, littérature, sociologie, histoire, économie…). Ce diplôme dédié à la recherche permet et favorise les échanges entre spécialistes de son domaine, équipes de recherche, partenaires de toute sorte (industriels, associatifs, politiques) et ouvre donc potentiellement à la mobilité.

La mobilité doit se penser à différents niveaux : la plus évidente est la mobilité géographique. On quitte son pays d’origine pour un autre, pour une période plus ou moins longue, dans le but de peaufiner sa formation, sa culture, une langue étrangère ou pour s’approprier un autre mode fonctionnement via une véritable expérience professionnelle. Mais la mobilité pour un docteur peut être autre chose : ce peut être un changement de discipline (un biologiste qui va travailler un jour dans l’aéronautique) ou encore une mobilité dite sectorielle, qui va conduire par exemple un chercheur du domaine académique (qui travaille dans ou pour un organisme public, comme le CNRS) à postuler dans l’industrie ou bien à créer sa propre entreprise.

À l’heure de l’Europe, nous proposons de débattre sur les différents dispositifs européens qui encouragent ou freinent la mobilité des docteurs, et de mettre en évidence les avantages et les inconvénients des différents systèmes. Plus largement, nous avons souhaité au cours d’une table ronde avec des interlocuteurs originaires de différents états européens et de différents horizons professionnels, interroger sur ce qui amène à une mobilité, quelle qu’elle soit, et mettre en évidence les avantages de ces mobilités ainsi que les réticences qu’elles peuvent engendrer.

L’ANDès (Association Nationale des Docteurs) est une association française qui vise à promouvoir le doctorat et les docteurs depuis 1970. Ses missions sont de mettre en évidence la valeur ajoutée des docteurs afin de rendre ceux-ci plus visibles mais surtout plus attractifs pour la société et le monde du travail, au-delà de la recherche pour laquelle le docteur est naturellement formé lors de son cursus.

En effet, un docteur possède un panel de compétences dites transversales qui lui confère une valeur unique pour différents métiers et dont il n’a bien souvent pas conscience lui même.

Le jeune docteur se voit généralement dédié à la recherche et ne se projette que rarement dans une activité autre. La formation doctorale et les encadrants des futurs docteurs restent peu enclins à montrer à ces jeunes chercheurs leur pleine valeur au-delà de la recherche. Le jeune docteur est lui-même plongé si profondément dans son travail de thèse, avec parfois un tel engagement auprès de son responsable qu’il lui est conceptuellement quasi impossible de s’imaginer ailleurs.

Les mobilités des docteurs

En début de carrière, une première mobilité a souvent lieu : généralement géographique, plus rarement disciplinaire et encore plus exceptionnellement sectorielle. Dans certaines disciplines comme les sciences dites dures (biologie, physique, chimie) l’étape de l’expérience post-doctorale à l’étranger reste une plus-value. Elle va servir à incrémenter son CV de publications scientifiques au sein d’une autre équipe de recherche, parfois en collaboration avec son laboratoire de thèse. Il y a également souvent à la clé l’apprentissage ou le perfectionnement d’une langue étrangère. Si cette première mobilité est souvent subie car vécue comme quasi obligatoire pour qui veut faire une carrière académique, avec le recul elle n’en demeure pas moins une très bonne expérience pour la majorité, qui ne la regrette pas.

Les mobilités disciplinaires et sectorielles sont plus le fait d’une progression dans la carrière du docteur. Parfois vu comme un choix par défaut, le passage du secteur académique au secteur privé en est rarement un dans les faits. Quelques années sont nécessaires à un jeune chercheur pour commencer à regarder ses compétences de façon plus globale. Il réalise alors que l’industrie a besoin d’une recherche innovante et appliquée pour laquelle il est parfaitement fait. De leur côté, les industriels ne voient pas toujours tout ce que les docteurs peuvent leur apporter, sauf s’ils sont eux mêmes docteurs ou s’ils ont déjà embauché des docteurs par le passé.

Ces caractéristiques sont néanmoins variables selon les secteurs et les tailles d’entreprises, parfois aussi selon les pays. Les pays d’Europe de l’Ouest restent très similaires dans leur vison et leur fonctionnement, mais l’embauche des docteurs dans l’industrie semble être quelque chose de plus compliqué en France où les grandes écoles ont développé une sorte d’aura difficile à percer.

Comment un docteur en biologie vient-il à travailler un jour dans l’aéronautique, pourquoi un spécialiste des langues se tourne-t-il à mi-carrière vers l’informatique ? Là encore il ne s’agit pas d’accidents mais plutôt de progressions dans la vision de son travail et de ses applications potentielles.

Nos réseaux professionnels s’ouvrent de plus en plus. La multidisciplinarité est un moteur de notre société actuelle dont le développement passe immanquablement par l’innovation, laquelle réclame une transversalité et des mélanges de savoir-faire. La multiplicité des compétences transversales du docteur prend alors tout son sens. Le docteur saura élargir naturellement son champ de vision pour s’adapter à un nouvel environnement de recherche et d’application. Il saura s’intégrer à une nouvelle équipe, multi culturelle (et on pense ici culture d’Hommes, d’entreprise et de disciplines), multi compétences et multi projets. Il conduira de façon autonome une équipe aux résultats attendus et grandira lui même dans ce nouveau champ d’action grâce notamment à une intelligence émotionnelle qu’on lui reconnaît et qu’on recherche aujourd’hui, plus ou moins consciemment, chez les meneurs de projets de demain.

La lisibilité des compétences des docteurs n’est pas encore bien établie. Des actions concrètes doivent être mises en place dans ce but, au niveau des écoles doctorales par exemple, mais également au-delà, au niveau des entrepreneurs, des services de ressources humaines et de nos dirigeants. Il faut montrer que nos universités sont aussi de grandes écoles, en un sens. Il faut que la scission entre secteurs académique et industriel disparaisse car elle n’a plus de sens de nos jours. Le docteur n’est pas qu’un chercheur, ce peut être aussi un communicant, un commercial, un entrepreneur, en bref une force vive et complète qu’il faut exploiter à sa juste valeur, enfin.

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