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Prendre sa retraite… et grossir ?

Sculpture « Bronskvinnorna », musée de Växjö, en Suède. Lars Aronsson/Wikipédia, CC BY-SA

Prendre sa retraite… et grossir ?

Le passage à la retraite est synonyme d’une myriade de changements dans la vie des individus. De temps libre en abondance, d’abord. De baisse non négligeable de revenu, ensuite. D’un arrêt soudain de l’activité physique et cognitive développée dans le cadre du travail, enfin et surtout. En ce sens le passage à la retraite est aussi une période critique pour le bien-être et la santé des individus. Leur poids, en particulier, est susceptible de varier subitement. Alors, grossirez-vous lors de votre passage à la retraite ?

Les déterminants de la prise de poids chez les séniors sont très peu étudiés. C’est pourtant vers 60 ans que les taux d’obésité sont les plus élevés et que cette pathologie présente le plus de risques pour la santé (hypertension, cholestérol, diabète, arthrose, maladies cardiovasculaires, etc.). La prise de poids chez les seniors peut s’expliquer par des facteurs directement liés à l’âge : le métabolisme de base se ralentit et l’organisme consomme moins d’énergie.

Arrêt de l’activité physique

Ouvrier metallurgiste. skeeze/Pixabay

Mais au-delà de cet effet biologique, un petit nombre de travaux suggèrent que le passage à la retraite augmente le risque d’obésité, en particulier chez les ouvriers et les individus exerçant un emploi exigeant du point de vue physique. Car si l’arrêt soudain de l’activité physique développée dans le cadre du travail n’est pas compensé par une hausse de l’activité physique en temps de loisir ou par une baisse des apports caloriques, le corps se trouve obligé de stocker le surplus.

Ces travaux souffrent toutefois de ne mesurer que des corrélations, sans tenir compte du caractère potentiellement « endogène » du passage à la retraite. Autrement dit, ils ignorent une relation circulaire entre passage à la retraite et poids : les personnes obèses partent, toutes choses égales par ailleurs, plus tôt à la retraite, départ précoce qui s’explique par leur état de santé dégradé…

Si deux articles récents consacrés au cas états-uniens dépassent cette tautologie pour estimer l’effet causal du passage à la retraite sur le risque d’obésité, leurs résultats demeurent difficilement généralisables à l’Europe. En effet, la prévalence de l’obésité diffère largement entre les États-Unis et l’Europe, de même que le fonctionnement du marché du travail, des systèmes de protection sociale et de santé. Aussi ne sait-on toujours pas si les seniors européens prennent du poids lors de leur passage à la retraite.

J’ai répondu à cette question dans un article récemment publié dans le Journal of Health Economics. J’ai utilisé l’enquête européenne SHARE (Survey of Health, Aging and Retirement in Europe), qui fournit depuis 2004 des données longitudinales sur les plus de 50 ans. Afin de contourner le problème d’endogénéité évoqué plus haut, j’ai exploité l’existence d’âges bien définis d’ouverture des droits à la retraite, leur variation à travers les pays et les sexes, et les récentes réformes des retraites mises en place dans certains pays européens.

Les hommes grossissent plus

Mes résultats montrent que si la majorité des individus ne prennent pas de poids lors de la retraite, les hommes et les femmes demeurent inégaux devant la balance. Le passage à la retraite augmente le risque d’obésité chez les hommes, notamment pour ceux qui sont en surpoids ou exercent un emploi physique. À l’inverse, les femmes ne semblent pas prendre du poids lors du passage à la retraite. Quels sont donc les mécanismes qui expliquent cette disparité hommes/femmes ?

Repas gastronomique. Le passage à la retraite modifie peu le régime alimentaire. JPS68/Wikimédia, CC BY-SA

Comme souvent lorsque l’on s’intéresse aux mécanismes de la prise de poids, je me suis tournée vers les deux usual suspects : le régime alimentaire et l’activité physique. J’ai vite innocenté le premier suspect. La majorité des travaux sur le sujet montrent en effet que l’apport calorique varie peu lors du passage à la retraite et que le régime alimentaire des jeunes séniors est relativement stable au cours du temps.

J’ai retenu en revanche comme suspect principal la réduction soudaine de l’activité physique développée dans le cadre du travail. Je me suis appuyée pour ce faire sur de récents travaux en épidémiologie qui montrent que la plus importante diminution de l’activité physique lors du passage à la retraite s’observe chez les hommes. Ces derniers, en effet, occupent davantage des emplois physiques. Ils doivent ainsi, lors du passage à la retraite, compenser une réduction plus importante de l’activité physique liée au travail. Et si les deux sexes augmentent leur activité physique en temps de loisir après la retraite, c’est toutefois chez les hommes que la diminution nette d’activité physique est la plus élevée, et ce d’autant plus qu’ils occupent un emploi physique.

Autant de résultats qui suggèrent la mise en place de politiques de prévention lors du passage à la retraite des hommes en surpoids et qui exercent un emploi physique. Des programmes visant à promouvoir l’activité physique auprès de cette population à risque seraient particulièrement adaptés.

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