Présidentielle : pourquoi les tirs au but devraient être tirés avant la prolongation

Paysage de campagne à Toulouse. Pascal Pavani/AFP

La campagne présidentielle bat son plein et c’est la foire d’empoigne entre les principaux candidats. Tout le monde y est de sa mesure phare et de ses promesses électorales. Les uns s’engagent à une réduction du chômage de 4 points en moins d’un quinquennat, les autres prédisent une croissance décuplée et une réduction de la dette sans précédent. C’est à celui qui fera la meilleure proposition.

Seulement, le fonctionnement des institutions républicaines françaises ne s’arrête pas à la présidentielle. Depuis 1958, on vote effectivement pour un homme (ou une femme), chef de l’exécutif, mais il a ensuite besoin d’une majorité à l’Assemblée. Sans cela, son programme de campagne ne pourra jamais être appliqué et il s’arrêtera aux seules grandes lignes.

Ce qui compte, ce sont donc les élections législatives. Dans tous les cas, le personnel politique semble attentiste durant la présidentielle pour ensuite tout miser sur l’élection des députés. Le débat ne vole pas haut, les discussions se limitent aux affaires et on n’intègre jamais les réels problèmes des Français.

N’y aurait-il pas une solution pour éviter ce phénomène ? Pour intensifier la politique et redynamiser le débat ? Et si on se tournait du côté du football pour trouver la réponse ?

Des prolongations au bout de l’ennui

Depuis 1970, date d’introduction des tirs au but dans le football (jusqu’à lors, le dénouement était joué à pile ou face après les prolongations), de nombreux observateurs avisés du ballon rond ont remarqué une sensible baisse de la densité sportive pendant les prolongations.

« Il semblerait que les joueurs attendent et se reposent durant la prolongation pour arriver jusqu’aux tirs au but » : tout le monde se souvient du match France-Paraguay, en huitième de finale de la coupe du Monde 1998. À cette époque, l’ancien joueur et commentateur Jean-Michel Larqué décrivait très bien la situation.

« Les joueurs du Paraguay attendent, ils savent très bien qu’ils sont inférieurs aux joueurs français mais comptent dans leur rang l’un des meilleurs gardiens du monde, José Luis Chilavert. Ils misent tout sur lui et vont défendre pendant 30 minutes. »

L’ancien gardien du Paraguay, José Luis Chilavert (à droite, en 2014). Prensa TV Pública/Flickr, CC BY

Effectivement, la prolongation fut d’un ennui sans nom. Les joueurs sud-américains ne tentaient plus rien et restaient positionnés dans leur camp à jouer la passe à 10. Heureusement, le défenseur Laurent Blanc, dans les toutes dernières minutes du match, parvint à marquer ce fameux but en or.

Reste que les prolongations, au même titre que la présidentielle, sont ennuyeuses. Depuis 1983, 13 finales de Ligue des Champions ont été jouées jusqu’aux prolongations. Et sur ces 13 finales, 11 sont allées jusqu’aux tirs au but. La densité sportive, variable qui mesure l’intensité et le spectacle du jeu, baisserait de 30 à 45 %, entre les 90 minutes réglementaires et les prolongations.

Augmenter la densité offensive

En 2013, les économistes Liam J.A. Lenten, Jan Libich et Petr Stehlik soumettent une idée bien particulière pour redynamiser le match : placer les tirs au but avant la prolongation :

« Il faut lutter contre les phénomènes opportunistes et inciter les joueurs à se surpasser en phase de jeu. Après une stressante session de tirs au but, les deux adversaires s’affronteraient automatiquement en prolongation. Si, au bout des 30 minutes, le score est toujours de parité, c’est l’équipe qui a remporté les tirs au but qui gagne le match. »

Cela permettrait d’augmenter l’intensité sportive, l’intensité compétitive, calculée à partir du nombre de buts, de tirs, de passes et d’occasions créées. Cette règle a été testée empiriquement, dans certains matchs du championnat amateur allemand. Résultat, la densité offensive augmenterait de 45 à 60 % au moment des prolongations.

Cela induit une attaque défense en permanence. L’équipe perdante lors des tirs au but fera tout, en effet, pour ouvrir le score. Si elle y parvient, son adversaire fera tout pour égaliser, etc. L’équilibre compétitif sera rétabli, la densité sportive décuplée, et tout cela permettra d’améliorer le sport et l’esprit du jeu.

La victoire d’une équipe

En mai 2016, l’économiste Dario Perkins abonde dans ce sens. Responsable d’un cabinet d’étude à Londres et fervent supporter du Milan AC, il multiplie les plateaux télé pour vendre l’idée :

« Les prolongations avant les tirs au but ne servent à rien, on détruit l’esprit du jeu et on laisse les joueurs attendre que quelque chose se passe. Ce qui doit être un moment excitant devient un exercice ennuyeux sans suspense. »

Perkins va aussi plus loin que Lenten, Libich et Stehlik. Si, effectivement, les tirs au but avant les prolongations favorisaient l’intensité offensive, puisqu’ils amèneraient les joueurs à tout tenter pendant 30 minutes, la règle permettrait aussi de redéfinir le football comme un sport collectif à part entière, et non « un sport collectif pratiqué par des individualistes ».

Avec cette règle, plus d’erreur individuelle, plus de défaite par la faute d’un seul homme, plus de victime particulière, plus de responsable, plus de coupable. David Trezéguet ne serait pas celui qui a manqué sa frappe lors de la finale de la coupe du Monde 2006, Juanfran ne serait plus celui qui a causé la défaite de l’Atlético Madrid en finale de ligue des champions 2016. La défaite, ou la victoire, en incomberait à l’équipe tout entière.

Perkins explique :

« L’effet cathartique serait immense. Ce serait, une nouvelle fois, les équipes et non les individus qui gagneraient le match. Une fin certainement plus en phase avec ce qui demeure, après tout, un sport collectif. »

Le foot doit changer, s’adapter. Tout comme la politique. Les règles ont été proposées, reste maintenant aux instances dirigeantes de les appliquer. Le système doit changer, s’améliorer. Instaurer les tirs au but avant les prolongations permettrait d’améliorer la densité sportive et le collectif. Placer les législatives avant les présidentielles permettrait de renforcer le débat intellectuel et recentrerait les luttes.