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Quand le marketing nous roule dans le coton

Plants de coton photographié juste avant la récolte, ici au Texas, en 1996, après défanage chimique. Photo courtesy of USDA Natural Resources Conservation Service / Wikimedia

Quand le marketing nous roule dans le coton

Le coton a deux faces. D’un côté, il est synonyme de douceur, comme n’ont pas manqué de le souligner plusieurs chanteurs de variétés : Michel Fugain, en 1975, avec « Les Acadiens » et le refrain que nous reprenions en chœur « Le coton c’est doux, c’est blanc, c’est chouette/Pour s’mettre de la crème sur les joues […] » ; ou Caroline Loeb, dans les années 1980, qui nous susurrait « De toutes les matières/C’est la ouate qu’elle préfère_… Seulement le coton va aussi de pair avec de rudes conditions de cueillette : _Mais ceux qui en font la cueillette [du coton]/Finissent la journée sur les genoux ».

Le coton, la star du marketing des cosmétiques

Les services marketing, bien entendu, ne conservent que l’image de la fleur synonyme de douceur. Le shampooing Garnier à l’abricot et à la fleur de coton n’est pas doux, il est ultra-doux ! Sur l’emballage, un abricot se repose sur une jolie boule de coton, et son large « sourire » nous encourage à penser que le shampooing en question agit à la manière d’une caresse sur le cuir chevelu. Le Petit Marseillais, lui, joue sur les contrastes avec un shampooing au vinaigre de figue et à la fleur de coton. Après l’agressivité du vinaigre qui décape le cuir chevelu et décolle efficacement toutes les impuretés, le coton est proposé comme un véritable remède qui apaise…

Ce ne sont pas les exemples qui manquent… Chez Yves Rocher, le coton enveloppe les mamans d’un peignoir tout doux, pas après la douche mais… sous la douche ! Sur le site de la marque, dans la partie consacrée à la Crème de douche douceur (Jardins du monde) à la fleur de coton d’Inde, une précision botanique est apportée : « Ce que l’on appelle communément la fleur de coton est en fait son fruit. » Même son de cloche ou presque chez Carita, où l’on vous propose une crème de coton – Idéal douceur. « Les cellules de coton diminuent la réactivité de la peau » clame le site de la marque…

Les adeptes des cosmétiques-maison ne sont pas en reste. Aromazone propose en effet une crème visage douceur vanille, coton & soie. Avec, dans les ingrédients nécessaires à sa préparation, de l’huile de coton. Quant à la crème pour les mains extra-pur coton de la Compagnie de Provence, elle s’appuie sur un parfum délicat et poudré de fleur de coton. Force est donc de le constater. Le coton est un ingrédient très prisé du marché cosmétique. Que doit-on en penser ?

Extract, ou oil, telle est la question…

Scientifiquement baptisé du double nom de Gossypium herbaceum L., le cotonnier est une espèce ligneuse de la famille des Malvacées. C’est dans son fruit que se trouvent les graines et les fibres de coton. Des fibres qui peuvent être employées telles quelles : c’est le coton hydrophile que nous connaissons tous depuis notre plus tendre enfance. Mais elles sont avant tout transformées par filature et tissage, pour l’industrie textile. Quant au recours au coton dans les cosmétiques, elle est en réalité assez récente. Sous quelle forme est-il utilisé dans la formulation des shampooings et autres crèmes de soin ?

En se penchant sur la liste des ingrédients des produits mettant en avant leur coton, on trouve mention de « Gossypium herbaceum extract ». Cette information ne nous renseigne pas beaucoup. On ne sait pas quelle partie de la plante a été utilisée, ni à quel solvant on a eu recours pour produire un tel extrait. La mention « Gossypium herbaceum seed oil", en revanche, permet de mieux savoir à quoi s’en tenir : il s’agit de l’huile obtenue par pression à partir des graines des fruits du cotonnier.

Cette huile se caractérise par de fortes concentrations en acides gras essentiels, et tout particulièrement en acide linoléique. Comme toutes les huiles, elle est émolliente et présente donc un certain intérêt pour notre peau, à condition toutefois d’être exempte d’un pigment appelé gossypol : le raffinage permet de se débarrasser de ce terpène polyphénolique de couleur jaune, toxique pour les humains et pour un grand nombre d’animaux. Reste qu’en général, on ne trouve dans la liste des ingrédients que de l’extrait(extract), et non de l’huile (oil)…

Comme c’est souvent le cas dans le domaine des cosmétiques, la quantité de l’ingrédient actif se révèle donc inversement proportionnelle au caractère emphatique de l’argumentaire marketing. Si coton il y a, c’est donc en quantités infinitésimales, et sous une forme dont les mérites sont loin d’être établis… Alors, la douceur des cosmétiques, oui. Mais pas forcément en raison du coton…

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