Quid du recyclage international du plastique maintenant que la Chine ne veut plus s’en charger ?

En 2010, dans la province chinoise de l’Anhui. STR/AFP

Parce que la Chine occupe une position prédominante dans la fabrication mondiale de produits manufacturés, elle a été pendant longtemps le plus gros pays importateur au monde de toutes sortes de déchets recyclables. L’année derrière, les fabricants chinois ont importé 7,3 millions de tonnes de déchets plastiques provenant des pays développés dont le Royaume-Uni, les États-Unis, le Japon et les membres de l’Union européenne.

La fin de la « poubelle du monde »

Mais en juillet 2017, la Chine a annoncé d’importants changements quant au contrôle de qualité des matériaux importés, en informant l’Organisation mondiale du commerce qu’elle interdirait les importations de 24 catégories de déchets recyclables et solides d’ici la fin de l’année. Cette campagne contre sa place de yang laji ou « poubelle du monde » concerne les plastiques, textiles et papiers. La Chine importera ainsi bien moins de matériaux usagés qu’elle ne le faisait jusqu’ici et les remplacera par ceux collectés sur son territoire, issus des consommateurs de la classe moyenne – influencés par le mode de vie occidental et toujours plus nombreux.

Cette décision s’annonce d’ores et déjà lourde de conséquences. La Chine étant le principal marché à recueillir le plastique recyclé, l’on s’inquiète que les déchets qu’elle importe actuellement – et particulièrement les matériaux de faible qualité – ne puissent être envoyés nulle part ailleurs.

Aujourd’hui, 87 % du plastique recyclé de 27 États de l’Union européenne sont exportés directement ou indirectement – via Hong Kong – en Chine. L’année dernière, les États-Unis lui ont vendu 1,42 million de tonnes de débris plastiques, pour une valeur estimée à 495 millions de dollars.

Avec une population de plus de 1,4 milliard d’habitants, la gestion des ordures ménagères en Chine est déjà un challenge. Wu Hong/EPA

Le plastique, ce matériau problématique

Qu’adviendra-t-il du plastique que ces pays collectent par des systèmes de recyclage des déchets ménagers une fois que les Chinois ne l’accepteront plus ? Quelles sont les alternatives ?

Les plastiques pourraient être incinérés et transformés en énergie. Il s’agit, après tout, de matériaux façonnés à base de combustibles fossiles, et qui brûlent extrêmement bien. En générant de l’électricité, ils pourraient ainsi permettre aux États de subvenir sans difficulté à leurs besoins en énergie.

On pourrait aussi les enfouir – mais ce n’est pas l’idéal – ou les stocker jusqu’à ce que l’on trouve de nouveaux marchés demandeurs de ce type de déchets. Mais cela causerait sans doute des problèmes, comme en témoignent les centaines d’incendies déclenchés sur des sites de stockage de matériaux recyclables.

Si le plastique est un matériau fiable et malléable – du film transparent alimentaire à l’emballage souple d’objets rigides comme les appareils électroniques –, les dégâts qu’il cause – notamment dans les océans – attirent de plus en plus l’attention.

Changer notre rapport au plastique

Un premier pas pour y remédier serait de limiter ses fonctions. Beaucoup d’objets jetables sont en plastique : quelques-uns sont jetables par nécessité ou pour des raisons d’hygiène – par exemple, les poches de sang et certains matériels médicaux – mais beaucoup d’autres le sont par commodité.

Du côté des consommateurs, il existe des manières de restreindre le recours au plastique. Limiter l’utilisation de sachets plastiques par la dissuasion financière, par exemple, est une initiative qui a porté ses fruits et entraîné des changements dans notre comportement. En France, certains objets jetables en plastique auront disparu d’ici 2020 et en Grande-Bretagne, la première chaîne de brasseries, Wetherspoons, a banni les pailles à usage unique.

L’instauration d’un système de consignes pour les bouteilles en plastique (et les cannettes) pourrait aussi modifier les comportements. Les micro-billes, abondamment utilisées dans les cosmétiques comme exfoliants, sont maintenant pointées du doigt. Les dommages qu’elles provoquent apparaissent de plus en plus clairement, au point que le gouvernement britannique a annoncé des plans pour interdire leur emploi dans certains produits.

Ces mesures s’inscrivent dans une suite de décisions similaires aux États-Unis et au Canada. Plusieurs pays de l’Union européenne, la Corée du Sud et la Nouvelle-Zélande prévoient également d’appliquer des interdictions sur les usages des micro-billes.

Quelques réutilisations possibles du plastique

Beaucoup d’administrations locales collectent des déchets enchevêtrés, mêlés les uns aux autres. Ce type de collecte produit un effet indésirable : s’il est pratique pour les ménages, il entraîne des taux de contamination élevés qui contribuent à diminuer la qualité des matériaux. Ces derniers seront alors soit vendus à des prix plus bas dans un marché restreint et devront être retraités dans des établissements de tri, soit incinérés, ou encore laissés dans les sites d’enfouissement. Et changer les modes de collecte et de retraitement en vue d’améliorer la qualité des matériaux pourrait s’avérer coûteux.

Autres alternatives : le plastique recyclé pourrait fournir des substances chimiques au secteur pétrochimique, des carburants aux secteurs de l’aviation et des transports, des emballages alimentaires, etc.

Les difficultés auxquelles nous sommes confrontés viennent, d’une part, de la domination mondiale de la Chine dans la fabrication de produits manufacturés et, d’autre part, du fait que beaucoup de pays ont compté sur un marché pour résoudre leurs problèmes de gestion des déchets et de recyclage. La situation actuelle nous offre l’opportunité de trouver de nouvelles solutions, d’augmenter la proportion de plastique recyclé dans nos propres produits manufacturés, d’améliorer la qualité des matériaux récupérés et d’utiliser de façons nouvelles les matériaux recyclés.


Traduit de l’anglais par Diane Frances.

This article was originally published in English

We produce knowledge-based, ethical journalism. Please donate and help us thrive. Tax deductible.