Elon Musk, PDG de Tesla, debout devant son Cybertruck aux vitres endommagées dans le studio de design de Tesla à Hawthorne en Californie, en novembre 2019. AP Photo/Ringo H.W. Chiu

Qu’on l’aime ou non, le « Cybertruck » électrique de Tesla est révolutionnaire

C’est avec le souffle coupé et le regard hébété que le monde a accueilli le tout nouveau véhicule de Tesla. Baptisé « Cybertruck » ce camion électrique au design angulaire, fabriqué en acier inoxydable, a rapidement suscité des réactions partagées.

Son lancement ne s’est pas vraiment bien déroulé. Les vitres latérales du camion ont explosé quand le designer en chef du véhicule les a fracassées avec une balle de fer, ce qui a poussé le fondateur de Tesla, Elon Musk, à jurer sous sa barbe.

Certains ont adoré ce look futuriste. D’autres l’ont détesté.

Et même Lego s’en est moqué sur sa page Facebook.

Qu’à cela ne tienne, les précommandes ont afflué pour atteindre le chiffre de 250 000 en une semaine. Une telle manifestation d’intérêt, sans publicité, et venant sur les talons d’un lancement plutôt désastreux, est probablement sans précédent.

À l’échelle mondiale, il est évident que les véhicules électriques, connus sous le vocable VE, ont atteint un nouveau degré d’acceptation de la part du public. Selon les chiffres de 2018, plus de cinq millions de VE ont été vendus dans le monde. Les Canadiens semblent plus lents à adopter ce mode de motorisation : les véhicules 100 pour cent électriques ne représentent que 1.2 pour cent des ventes en 2018, soit environ 46,000 unités. Ceci dit, la courbe de croissance des VE au Canada a atteint 165 pour cent année après année.**

Dans son Cybertruck, Tesla a intégré plusieurs de ses technologies en une. L’alliage en acier inoxydable est le même que celui utilisé dans le projet Space X. Le camion est aussi équipé de piles au lithium ion et du système autopilote, en plus de proposer une option de toit à panneaux solaires afin d’augmenter l’autonomie du Cybertruck.

L’efficacité de la plupart des moteurs à essence se situe dans une fourchette de 17 à 21 pour cent, alors que pour la conversion d’énergie électrique en énergie motrice, on parle plutôt d’une fourchette de 59 à 62 pour cent. Ce qui procure aux VE un net avantage en termes de performance. Les coûts d’opération des VE – essence et entretien – sont de 65 à 77 pour cent inférieurs à ceux d’un véhicule à essence.

En raison de son poids et de ses dimensions, le camion électrique de Tesla sera sans doute moins efficace que les automobiles électriques. Mais lorsqu’on le compare aux camions conventionnels, l’efficacité inhérente aux moteurs électriques ainsi que l’aérodynamique du Cybertruck sont largement supérieures.

Des véhicules électriques de plus en plus populaires

Les VE sont rapidement en train de devenir la composante majeure de l’avenir en transport. Ils offrent le potentiel d’une réduction massive de nos émissions de carbone.

Même en Alberta, province amie du pétrole, là où le réseau électrique est fortement dépendant des combustibles fossiles, on entend des plaidoyers en faveur de l’électrification des transports, car ils permettent des gains à la fois environnementaux et économiques. Ces véhicules sont importants lorsqu’il s’agit de réduire la pollution atmosphérique qui coûte chaque année des milliards de dollars à l’économie canadienne. Dans un rapport daté de novembre 2015, l’organisme américain « Union of Concerned Scientists » conclut que :

« Un véhicule VE produit des émissions responsables du réchauffement de la planète égales à un véhicule avec une consommation de carburant moyenne de 68 milles au gallon ».

Au Canada, c’est approximativement 3,4 litres aux 100 kilomètres. Et dans plusieurs états du Nord-ouest américain, on parle de 2,5 litres aux 100 kilomètres. Ce qui signifie qu’un véhicule à essence ou au diesel devrait doubler ou tripler son efficacité pour approcher celle des VE.

Dans ce même rapport, une analyse du cycle de vie démontre qu’un véhicule électrique a un impact environnemental deux fois plus petit que celui d’une voiture à essence pleine grandeur, tant dans sa fabrication que dans son usage.

La technologie de branchement d’un véhicule au réseau (V2G) est également en cours de développement. Cette technologie permet une charge bidirectionnelle des VE afin de les transformer en accumulateurs d’énergie mobiles – ce qui permettra aux VE d’équilibrer l’offre et la demande énergétique en incorporant le système de charge des VE dans l’infrastructure du réseau électrique. Les véhicules deviendront donc des unités de stockage durant les périodes de faible consommation et permettront de recharger le réseau durant les périodes de pointe.

L’énorme bloc-batterie du Cybertruck de Tesla est particulièrement adapté à un usage bidirectionnel. Ce véhicule peut également être équipé d’une entrée d’alimentation en courant alternatif de 120 et 240 volts qui pourra alimenter les résidences en période de panne ou de coupure de courant. Ce qui se fait déjà avec d’autres VE qui utilisent un convertisseur de courant disponible sur le marché secondaire, ou d’une technologie équivalente que l’on retrouve sur les Nissan Leaf vendues au Japon.

Ford compte dévoiler une version électrique de son camion populaire, le F-150. (Steve Petrovich/Ford Motor Co. via AP)

Il est évident que le Cybertruck fera face à une sérieuse concurrence de la part des autres constructeurs automobiles dans le segment lucratif et en croissance des camions. Rivian et Bollinger proposent déjà des camions électriques et Ford s’apprête à lancer une version 100 pour cent électrique de son très apprécié F-150.

Avantage Tesla

Tesla dispose toutefois de deux avantages qui pourraient couronner le Cybertruck de succès.

Premièrement, Tesla a déjà mis en place un réseau de recharge rapide permettant aux propriétaires de ses véhicules de faire le plein rapidement. On trouve actuellement 14 000 super chargeurs installés dans le monde.

Deuxièmement, Tesla a investi massivement dans la technologie et la fabrication de batteries. Ses gigafactories sont en pleine croissance et font de plus en plus usage d’énergies renouvelables, solaires entre autres, afin de réduire l’impact écologique des batteries. Ce qui lui permet d’augmenter sa production tout en maintenant des prix inférieurs à ceux de ses concurrents.

Le Cybertruck de Tesla et la multiplication de VE par d’autres constructeurs marquent sans doute le début d’une transition plus importante qui nous éloigne des moteurs à combustion interne.

Dans une récente étude sur les véhicules électriques, la firme d’investissement BNP Paribas Asset Management tire les conclusions suivantes :

« L’économie des véhicules motorisés à base de pétrole, qu’ils soient à essence ou au diesel… fait désormais face à un déclin inexorable et irréversible ».

Pour demeurer concurrentielle avec les véhicules électriques, la firme calcule que le seuil de rentabilité de l’essence se situerait à un maximum de $10 par baril, et pour le diesel, entre 17 dollars et 19 dollars.

Les avantages environnementaux de l’électrification des transports sont à la fois significatifs et indéniables. Les VE sont aussi très agréables à conduire – silencieux, propres, rapides, peu coûteux à l’entretien, et ils fonctionnent bien sous tous les climats.

Qu’on l’aime ou non, le Cybertruck de Tesla change la donne.

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This article was originally published in English

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