Sécurité alimentaire : les enseignements de l’épidémie d’Ebola

Le manioc, une ressource indispensable pour des millions d’Africains. Author provided

Quand le virus Ebola a frappé l’Afrique de l’Ouest l’an passé, il est devenu évident que la région manquait d’outils permettant un diagnostic rapide pour identifier les personnes contaminées et ainsi mieux contenir l’épidémie. Alors que la communauté internationale se mettait en ordre de marche pour faire face à l’urgence, un élément crucial pour combattre l’expansion de l’épidémie fut la fourniture de sacs à dos contenant des ordinateurs de séquençage génétique – une technologie absente dans les pays exposés au virus.

En quoi cela a-t-il un rapport avec la protection des cultures et plus généralement le combat contre la faim dans le monde, hormis le fait que la santé et la sécurité alimentaire figurent sur la liste des objectifs pour le développement durable des Nations unies ?

C’est simple : si nous pouvions bénéficier du même type de technologie pour combattre les maladies végétales que celles affectant les humains, nous pourrions bien éradiquer la faim – même si cette dernière constitue un problème mois dramatiquement médiatique et plus lancinant que l’épidémie Ebola, mais tellement plus meurtrier.

Avec les fermiers locaux pour travailler à la protection des cultures. Author provided

Nos recherches se sont concentrées sur le manioc, un élément de base pour près de 800 millions d’Africains de l’Ouest, qualifiée par Bill Gates comme l’un des légumes les plus intéressants au monde. L’une des menaces les plus graves pour le manioc et ceux qui le cultivent, ce sont les aleurodes, ou mouches blanches, vecteurs de virus mortels qui causent la pourriture de la plante. Ces virus de la bigarrure peuvent détruire la totalité des cultures. Mais les agriculteurs ne sont pas en mesure de repérer ces dégâts avant le moment de la récolte. Notre équipe a d’autre part trouvé qu’il existe davantage d’espèces de ce virus que précédemment envisagé, de nouvelles pouvant très bien être découvertes.

À l’heure actuelle, pour être en mesure d’identifier les espèces de virus qui attaquent le manioc, il faut adresser des échantillons à des laboratoires spécialisés qui peuvent se situer très loin des zones touchées, souvent dans un autre pays, voire même un autre continent.

C’est ici que la génomique de terrain entre en jeu. En ayant accès à un séquençage rapide, du même type que celui utilisé pour stopper l’épidémie d’Ebola, les agriculteurs pourraient savoir avant de les planter si leurs boutures de manioc sont ou non infectées. De cette manière, ils pourraient combattre très efficacement les risques de famine.

Des super-ordinateurs contre la famine

Dans la lutte pour éradiquer la faim dans le monde, la protection du manioc constitue un élément crucial. Soit, mais comment s’y prendre ?

Au cours d’un sommet de l’ONU qui s’est tenu peu après l’adoption des objectifs du développement durable, nous figurerions parmi les 14 innovateurs sélectionnés pour présenter nos solutions à ces 17 objectifs. Voici donc ce que nous avons proposé pour la protection du manioc en Afrique de l’Ouest.

Il nous faut trouver des financements pour permettre aux laboratoires de la région de s’équiper en super-ordinateurs et aussi assurer la formation des équipes concernées auprès de spécialistes du calcul ; faire émerger de jeunes scientifiques capables d’utiliser de telles machines est également crucial.

Joseph Ndunguru devant un super-ordinateur utilisé pour les analyses des génomes. Author provided

À plus long terme, il faut prévoir la mise en place d’un réseau de laboratoires de diagnostic ambulants pour les cultivateurs de manioc, à la manière de ce qui a été déployé pour l’épidémie d’Ebola. Les agriculteurs doivent pouvoir identifier les plantes malades ainsi que les virus responsables des maladies végétales de leurs cultures.

Si nous pouvons sécuriser les cultures de manioc, alors le séquençage génétique, les super-ordinateurs et autres outils utiles à cette fin pourront être déployés dans bien d’autres pays qui se battent contre les nuisibles et les maladies qui menacent leurs cultures.


Les chefs d’équipe des différents pays impliqués dans le Cassava Diagnostic Team ont contribué aux travaux et idées présentes ici.

This article was originally published in English