Spécial cosmétiques de 60 millions de consommateurs : on marche sur la tête !

Republica/Pixabay

Lire le hors-série sur les cosmétiques du magazine 60 millions de consommateurs n°189 (juillet/août 2017), c’est entrer dans une autre dimension : une dimension où le sens commun est réduit à un pourcentage extrêmement faible. Il est impossible de détailler toutes les erreurs qui fleurissent dans ce guide qui aurait pu être précieux pour le consommateur.

Pour quelques remarques de bon sens, nous avons relevé sur notre blog une quantité considérable d’erreurs scientifiques (quelques perles trouvées au fil des pages seront rapportées ici).

Un peu de bon sens, tout de même

  • Concernant les parabens notés « pas toujours nocifs », il est bon de réhabiliter ces conservateurs pour qui ne souhaite pas voir entrer dans la composition des cosmétiques des alternatives moins sûres (générateurs de formol par exemple).

  • La condamnation des produits de soin renfermant des filtres UV est une excellente chose – cela fait, pour notre part, des années que nous luttons contre cette mode que nous jugeons tout simplement stupide !

Beaucoup de « moins bon sens »

  • La part belle faite aux petites sociétés bio ; les grands groupes sont mis à l’index (il faut bien comprendre que si la notion de Bonnes Pratiques de Fabrication est habituelle pour les leaders du marché, il n’en est pas de même pour un certain nombre de petites sociétés).

  • la crème Hydrance (Avène) que nous trouvons parfaite est stigmatisée du fait de la présence de paraffine (on peut lire « la formule mise surtout sur la paraffine ») et de phénoxyéthanol (un conservateur jugé sûr dans les cosmétiques, à l’exception des produits pour le siège des nourrissons, ce qui n’est pas le cas ici).

  • Une notation des produits étonnante : la crème au souci (c’est le cas de le dire) du Dr Theiss obtient « une moue » avec 5 allergènes ; la crème hydratante pour peau sèche B comme Bio obtient « un sourire » avec 3 allergènes et une substance suspectée d’être un perturbateur endocrinien. Notons que dans le domaine, on nous assomme avec cette notion de perturbateurs endocriniens (PE) à tort et à travers ! Il conviendrait, lorsque parle de PE, de quantifier cet effet par rapport à une molécule de référence. S’il faut une tonne d’ingrédients pour provoquer un effet lambda ou un picogramme, ma peur n’est pas la même !

  • De la même façon, le shampooing doux usage fréquent de B comme Bio affiche un large sourire. Le lauryl sulfate de sodium qu’il contient (tiens, on pensait que plus personne n’utilisait cet irritant notoire) est « compensé par l’eau florale de camomille » dixit le rédacteur. Non, c’est un peu trop simple. On ne VEUT plus trouver ce tensioactif dans les shampooings ; on préfère le lauryléther sulfate de sodium (sodium laureth sulfate) dont l’éthoxylation diminue le caractère irritant ;

  • Le shampooing Monoprix bio et son laurylsulfate d’ammonium, tout aussi irritant, a le même traitement de faveur. Il obtient un sourire ! Pas par nous !

  • Des ingrédients sûrs sont présentés comme des ingrédients toxiques c’est le cas des PEG, de l’EDTA qui font traiter la crème Garnier Skinactive hydra bomb de « bombe » sous-entendue toxique. Les silicones et polymères (sans précisions) coûtent le sourire à la crème corporelle DermaSpa – Dove ;

produit solaire. chezbeate/Pixabay
  • Des poncifs du genre : « des étiquettes à y perdre son latin »… Oui, les noms de plante sont indiqués par leurs noms latins, c’est une règle internationale qui s’applique. S’il n’y avait pas eu ce souci d’uniformisation des noms d’ingrédients, chacun utiliserait le nom vernaculaire qui sonnerait bien à son oreille (ce serait la tour de Babel) et cela donnerait : criste marine pour certains, perce-pierre, casse-pierre, fenouil marin… pour d’autres, rock samphire, pour les Anglais… ce qui ne serait pas plus facile à analyser !

  • Des conseils sur les solaires qui ne reposent sur aucun fondement scientifique : pour être efficaces, les préparations contenant des filtres organiques « doivent être appliquées 30 minutes avant de s’exposer au soleil. » Pour les filtres minéraux « leur action est immédiate ». Non, dans les deux cas, l’action protectrice est immédiate !

  • « En Europe, les produits solaires doivent posséder un niveau de protection contre les UVB 3 fois plus important que celui contre les UVA » ; la Recommandation européenne de 2006 a été mal comprise par les rédacteurs de la revue. Elle implique un ratio SPF/FP-UVA inférieur ou égal (et ceci est important) à 3. Plus le ratio est faible, meilleur sera le produit !

  • Homosalate, octocrylène… sont présentés comme des perturbateurs endocriniens ce qui est faux. Propager ce type d’informations totalement erronées va se traduire par une désaffection vis-à-vis des produits solaires contenant des filtres organiques, seuls produits efficaces du marché. Les conséquences en ce qui concerne la survenue des cancers cutanés ne sont jamais évoquées !

  • Des conseils en matière d’hygiène étonnants : l’un des produits conseillés est le savon pur végétal du Dr Bronner’s (marque fort peu connue !) idéal pour le « lavage du corps, des dents, du linge » ! Idéal, quand ma peau, c’est comme de la soie !

Savon d’Alep dans le souk de damas. yeowatzup/wikimedia, CC BY
  • Le savon d’Alep Douce nature (« action désinfectante et qui peut être utilisé contre l’acné ») : le rédacteur a sans doute oublié qu’un cosmétique ne peut pas traiter une pathologie. Le produit récolte pourtant un large sourire. L’aspect hétérogène du produit (voir la photo en page 50 du magazine) ne plaide pas en faveur d’un produit de grande qualité !

  • La pâte dentifrice Weleda sans fluor (la mention « Pas sûr que l’émail soit correctement reminéralisé avec cette pâte ») obtient un large sourire ! On s’étonnera de cette largesse pour un dentifrice qui ne protégera pas des caries !

  • La pâte Colgate MaxFresh fait grise mine avec une moue très prononcée tout simplement par ce qu’elle contient le lauryl sulfate de sodium (un détergent ubiquitaire dans les dentifrices qui ne pose aucun souci du fait de sa faible teneur) et du saccharinate de sodium (sans souci non plus ici).

  • Le dentifrice Sensodyne est pointé du doigt pour le « sujet allergique » du fait de la présence de cocamidopropyl betaine (CPB) « un composant qui peut provoquer des irritations ». Visiblement le rédacteur de cet article n’est pas au point sur les notions d’allergies et d’irritations ! Ses sources sont également anciennes car on sait très bien que si l’on utilise une CPB de qualité on n’observera pas de problème d’allergies.

Nous ne parlerons pas des recettes-maison en fin de magazine et en particulier pas des savons « girly » puisque l’Agence nationale des produits de santé et du médicament a émis une alerte sur ce type de produits. Il vaut mieux oublier…


_Pour en savoir plus, en vidéo, sur les cosmétiques, c’est ici et .