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Un dictionnaire égoïste des cosmétiques pour tordre le cou aux idées fausses

Crème solaire. chezbeate/Pixabay

Un dictionnaire égoïste des cosmétiques pour tordre le cou aux idées fausses

Céline Couteau et Laurence Coiffard ont écrit le « Dictionnaire égoïste des cosmétiques », sur leur sujet de recherches. Elles évoquent ici quelques-unes des entrées de ce livre.


Scientifiques de formation (nous sommes toutes deux pharmaciennes) et littéraires par passion (nous avons été élevées, toutes deux, au milieu des livres), nous déplorions, depuis déjà quelques années, l’absence, sur les étagères des libraires, d’un dictionnaire amoureux concernant les cosmétiques. 228 définitions plus tard, ce vide est comblé. Égrenant l’alphabet de A à Z, nous nous sommes intéressées à des grands noms de la dermatologie, de la cosmétologie, à des ingrédients, à des pratiques… En 244 pages, et en dignes héritières de lignées de marins et de cap-horniers, nous avons mis à leur instar, durant nos longues soirées d’hiver, non pas des voiliers mais les cosmétiques et tout ce qui s’y rapporte en bouteille !

La monographie originale concernant le Teint, ce teint que l’on a cherché à rendre le plus pâle possible de l’Antiquité aux années 1900, fait voyager le lecteur avec Honoré de Balzac, Jules Barbey d’Aurevilly, Karen Blixen, François-René de Chateaubriand, Pierre Loti, Edgar Poe, Oscar Wilde… Le teint pâle, marmoréen, signe de « distinction suprême », (Karen Blixen, Sept contes gothiques, 1934) est observé à la loupe au travers des yeux d’auteurs qui nous sont chers. La monographie Bronzage prend le relais. On remarquera qu’André Gide (L’immoraliste, 1902) est l’un des premiers écrivains à soumettre, avec bonheur, l’un de ses héros à la « flamme du soleil » jusqu’à obtention d’une « cuisson délicieuse ».

Marcel Proust met lui aussi le bronzage à l’honneur (À l’ombre des jeunes filles en fleur, 1919) en observant, non sans quelque intérêt, « le beau déroulement des vierges, à la fois dorées et roses, cuites par le soleil et par le vent […] » qui se déploie sur les plages, après la Première Guerre mondiale. Jean Cocteau, quant à lui, passera à la pratique, réalisant, sur lui-même, un bronzage XXL… Seul son corps « tanné, salé » trouvera grâce à ses yeux. Albert Camus, Françoise Sagan, José Cabanis, Jean Rouaud, François Mauriac… nous livrent leur point de vue sur cette mode qui relève pour certains d’une véritable thérapie. Nathalie Sarraute (Enfance, 1983) fustige, quant à elle, cette mode qui fait « une peau de singe », évoquant clairement le phénomène de photo-vieillissement cutané !

La monographie Eye-liner est inspirée d’André Breton, célèbre surréaliste et cosmétologue encore peu connu du grand public. Nadja (du roman éponyme – 1928) est « curieusement fardée, comme quelqu’un qui, ayant commencé par les yeux, n’a pas eu le temps de finir […]. On retiendra que l’eye-liner s’utilise « sous la paupière » ; André Breton insiste… C’est le seul moyen d’obtenir un véritable éclat. Le Maquillage (avec ceux qui le défendent et ceux qui le condamnent) est confié aux mains expertes de Jean de la Bruyère (« Le blanc et le rouge les rendent affreuses et dégoûtantes », Les caractères, 1688), de Maurice Rheims (Les greniers de Sienne, 1987) qui aime à comparer l’art du maquillage avec le travail minutieux de la restauratrice, de Gustave Flaubert (« Le vermillon de ses lèvres faisait paraître ses dents plus blanches, et l’antimoine de ses paupières ses yeux plus longs », Salammbô, 1862). Colette, José Cabanis et Charles Baudelaire entrent également dans la danse pour parfaire la définition de ce que certains baptisent, à notre grand étonnement, « cosmétique décoratif ».

Remettre les pendules à l’heure

Non, les Parabens ne sont pas les conservateurs dangereux que l’on veut bien nous présenter.

Non, la Paraffine n’est pas une matière première épouvantable, mais un ingrédient sûr d’un point de vue toxicologique, retrouvé aussi bien dans les cosmétiques que dans les médicaments topiques.

Non, un cosmétique Biologique n’est pas meilleur qu’un cosmétique conventionnel !

Non, les cosmétiques Lush ne sont pas ce qu’ils veulent bien nous faire croire.

Oui, la Méthylisothiazolinone est un conservateur antimicrobien allergisant (ceci est connu depuis les années 1980 !).

Le DIY (do it yourself) très à la mode est plus dangereux que performant !

Déodorant et Antitranspirant sont déclinés en deux monographies bien distinctes. Il s’agit, en effet, de deux types de produits aux modes d’action bien différents, contrairement à ce que certains ont tendance à croire.

Les belles histoires du cosmétique

Lèvres rouges. Karen Arnold

Le choix du Rouge à lèvres par Monsieur Z (Colette, Le voyage égoïste, 1922) qui goûte consciencieusement, dans une parfumerie, au grand étonnement de la vendeuse, tous les rouges à lèvres destinés à sa femme nous offre une nouvelle vision de ce classique de la beauté féminine. L’histoire du Sérum… un produit biologique (car à base de sérum de cheval) né dans les années 1950 fait découvrir la réalité sur un produit aux argumentaires cosmétiques bien rôdés.

Ce que pense Agatha Christie des cosmétiques n’a pas été oublié. La lecture assidue de ses romans permet de se faire une idée des goûts et des habitudes cosmétiques des années 1920 aux années 1970 en Angleterre. Attention, pour la célèbre romancière, cosmétique peut être synonyme d’arme du crime. Ce dictionnaire où se mêlent références littéraires et informations scientifiques, peut être lu dans l’ordre que l’on souhaite par tout amoureux de la beauté et des cosmétiques.

Dictionnaire. Author provided

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