À quand la fin du mercure ?

Au creux du plateau, on distingue la masse grise du mercure utilisé pour extraire l’or. Orlando Sierra/AFP

Comment mieux protéger les hommes et l’environnement des dangers du mercure ? C’est la question qui a occupé, du 24 au 29 septembre les signataires de la Convention de Minamata.

Le but de cette convention, entrée en vigueur le 16 août dernier, est de préserver la santé humaine et les écosystèmes des émissions et rejets anthropiques de ce produit chimique hautement toxique. Le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) estime que 8 900 tonnes de mercure sont rejetées chaque année dans la nature (rejets naturels et anthropiques).

De multiples effets délétères

Le mercure est un métal très toxique, capable d’affecter le fonctionnement du cerveau. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il peut provoquer des tremblements et autres symptômes neuropsychiatriques tels que la fatigue, l’insomnie, l’anorexie, la dépression, la nervosité, l’irritabilité ou encore des problèmes de mémoire. Il est particulièrement dangereux pour ceux qui consomment beaucoup de poisson puisqu’il s’immisce dans toute la chaîne alimentaire.

Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement, la plus grande source d’émissions de mercure concerne les mines d'or artisanales à petite échelle, suivie de la combustion du charbon. Le mercure est en effet utilisé lors de l’extraction de l’or par les mineurs. Sachant qu’environ 15 % de l’or est produit dans un cadre artisanal et à petite échelle, le recours au mercure est largement répandu.

Les dangers de l'usage du mercure dans les mines artisanales (GEF, 2016).

Éliminer progressivement le mercure

La Convention de Minamata tire son nom d’une ville de pêcheurs située au Japon dont les habitants ont été gravement contaminés pendant des décennies. De 1932 à 1966, une usine pétrochimique à effet rejeté des métaux lourds, et tout particulièrement du mercure, affectant plus de 10 000 personnes. Cet événement dramatique a permis une prise de conscience des dangers du mercure.

Si elle n’agit pas de façon immédiate, la Convention constitue un indicateur précieux pour les mesures à venir limitant l’usage du mercure. Le traité prévoit ainsi l’interdiction de l’ouverture de nouvelles mines du mercure et son abandon graduel dans les mines d’or existantes.

Il vise également son élimination progressive dans un certain nombre de produits courants, comme les thermomètres, ainsi que le contrôle de ses rejets et de ses composés. Car le mercure est présent dans de très nombreux objets du quotidien à l’image des piles ou encore des produits cosmétiques.

Les faiblesses de la Convention

Au-delà des promesses, la Convention de Minamata peut-elle réduire efficacement l’utilisation du mercure dans le monde ? Plusieurs points du texte illustrent des faiblesses, comme l’ont souligné certains groupes de défense de l’environnement.

En premier lieu, alors même que le traité exige des pays concernés qu’ils établissent des plans d’action pour réduire l’utilisation du mercure dans l’extraction minière artisanale, aucun objectif exact ni aucune échéance n’ont été spécifiés.

On peut également regretter que la Convention de Minamata ne soit pas aussi contraignante pour les centrales électriques à charbon déjà en fonctionnement que pour les nouvelles centrales. Seules ces dernières auront désormais l’obligation d’utiliser la meilleure technologie disponible.

On le voit, le traité de Minamata demeure très souple, sa mise en œuvre dépendant du moment où le pays veut agir.

La question du financement

Le financement constitue également l’une des grandes faiblesses du traité, la mise en place des mesures pour lutter contre les effets du mercure dépend des capacités de chaque pays. Et le peu de volontarisme des pays industrialisés n’arrange rien : ces derniers préfèrent en effet s’appuyer sur le Fonds pour l’environnement mondial (GEF) afin de réduire l’usage du mercure.

Soulignons enfin que certains pays où le mercure est beaucoup utilisé dans l’extraction artisanale d’or à petite échelle, comme l’Inde, le Suriname et les Philippines, n’ont pas encore ratifié le traité.

En dépit de ses faiblesses, le traité témoigne de la volonté de la communauté internationale d’agir contre les effets nocifs du mercure. C’est une initiative précieuse, mais ce n’est qu’une première étape.