Anatomie du maquillage : la bouche

Mark Mainz / Getty Images / AFP

La pratique du maquillage est certainement la façon la plus ancienne qu’ont trouvée hommes et femmes pour mettre leur corps en valeur. Dès l’Antiquité, les cosmétiques à disposition se déclinent en fonction de leur destination. Teinter ses lèvres est un geste pratiqué par les femmes à toutes les époques.

Les Égyptiens y ont recours et passent dans l’au-delà fardés en signe de respect pour le monde des dieux, ce dont témoignent les masques funéraires. Médecine et cosmétologie sont alors étroitement liées. C’est le médecin grec Galien qui, au IIe siècle de notre ère, popularise le cérat (un cosmétique riche en cire d’abeille comme son nom l’indique). Les belles y ajoutent des colorants pour teinter leurs lèvres. La préparation n’est toutefois pas d’un grand confort, car elle présente une dureté qui ne facilite pas son application.

Du cérat en bâton

Au Moyen-Âge, on utilise des pommades teintées. Celles-ci sont adaptées de préparations réalisées initialement par les apothicaires. Elles sont composées de pommes, de graisse d’oie et de colorants. Le règne de Louis XIV met les lèvres vermillon à l’honneur. On privilégie, contrairement aux siècles précédents, les cérats, et ce pour une bonne raison. Un petit malin a eu l’idée de les mouler sous forme d’un bâton ressemblant fort à celui utilisé aujourd’hui. Le cérat labial ne doit cependant pas être confondu avec le cérat virginal (riche en ingrédients astringents) à usage gynécologique. La cire est désormais additionnée d’huiles végétales afin d’améliorer le confort de l’utilisateur. Les époques suivantes réserveront ce type de cosmétique aux femmes uniquement.

En 1900, on s’amuse à remplacer la pomme présente dans les pommades labiales par du raisin rouge en vertu de ses propriétés tinctoriales intéressantes. Le raisin (ce nom est toujours donné pour désigner un bâton de rouge à lèvres) est obtenu en mélangeant de la cire d’abeille jaune avec du beurre frais et de belles grappes de raisin mûr associées à de la racine d’orcanette ! Le cérat est ensuite moulé dans de jolies petites boîtes rondes en bois plus ou moins précieux.

Un bâton des années 1950 signé Max Factor. americanhistory.si.edu

La formule magique

En 1915, le savon s’invite dans la composition des rouges à lèvres. On redécouvre avec bonheur cet ingrédient que l’on incorpore aussi bien dans les dentifrices que dans les shampooings. Cires, graisses, huiles et eau sont stabilisées par un stéarate alors très à la mode. Le stéarate résulte de la saponification du suif par une base. Mais il n’est pas vraiment indiqué pour la réalisation du rouge à lèvres à cause de la mousse générée, même si c’est en petite quantité, et surtout du confort d’application loin d’être excellent.

1930 : Les innovations dans le domaine du maquillage des lèvres s’enchaînent. Partant d’une formule de base (cires + graisses + huiles) qui fait maintenant l’unanimité, les formulateurs rivalisent d’idées pour mettre au point le rouge à lèvres qui détrônera tous les autres. La formulation est très complexe, car il est beaucoup demandé à ce petit bâton. Il doit être suffisamment sec pour ne pas laisser un enduit gras inesthétique, mais pas trop sinon cela pose des problèmes lors de l’application et de la conservation. Il convient donc de faire varier les éléments de la formule d’un point de vue qualitatif, mais également quantitatif. De nombreux essais sont réalisés en associant cires (cire d’abeille, cérésine, paraffine solide, cires végétales…), graisses (beurre de cacao, vaseline, cholestérol, lanoline…) et huiles (paraffine liquide, huiles végétales…) en proportions variables. Un autre problème rencontré dans le domaine du maquillage des lèvres concerne la grande labilité des rouges qui ne présentent qu’une piètre tenue dans le temps.

« Le Rouge Baiser » vu par René Gruau. DR

« Rouge Baiser »

Il s’agit donc de résoudre une équation à deux inconnues (véhicule adhérent + colorant tenace), si l’on souhaite laisser sa trace indélébile dans l’histoire des cosmétiques. Le chimiste Paul Baudecroux est le candidat idéal. C’est lui que la postérité retiendra comme « l’inventeur du rouge à lèvres moderne ». Il n’est pas le seul, mais c’est certainement celui qui se sera le plus efficacement servi de la publicité. Une bonne base, un colorant, l’éosine, qui teinte puissamment les lèvres… Le rouge à lèvres « Rouge Baiser » est né. Il va s’imposer des années durant, bénéficiant du talent d’un dessinateur de génie, René Gruau, qui, en quelques traits, immortalise l’égérie de la marque, yeux masqués par un foulard, un chapeau ou les cheveux.

Depuis, toutes les grandes marques ont apporté leur pierre à l’édifice via des emballages astucieux ou l’incorporation d’actifs à propriétés hydratantes ou repulpantes. Tout récemment, Christian Louboutin lance un rouge à lèvres astucieux, qui grâce à un petit anneau placé sur le conditionnement, ne risque plus de tomber au fond du sac à main. L’acide hyaluronique, quant à lui, est omniprésent et s’invite dans toutes les formules promettant des lèvres XXL…

Cet article s’appuie sur l’ouvrage publié par les auteurs : Beauté, mon beau souci – Histoire de la beauté et des cosmétiques.

Retrouvez le premier volet de cette série sur le maquillage.