Au Cameroun, un projet de cartographie interactive pour aider les habitants à sauvegarder la forêt

Dans les montagnes camerounaises, des projets associant les populations locales tentent de freiner la déforestation. Arend de Haas/ACF, CC BY-NC-ND

Les forêts tropicales des hauts plateaux du sud-ouest du Cameroun figurent parmi les plus anciennes forêts d’Afrique. Elles abritent une faune et une flore extrêmement variées. Il s’agit là d’un point chaud de la biodiversité mondiale. Cette région comprend également nombre d’espèces animales uniques, dont plusieurs en voie de disparition à l’image des gorilles de la rivière Cross, des chimpanzés du Nigeria-Cameroun et des éléphants de forêt.

Cette région abrite également des communautés humaines qui dépendent de la terre pour leur survie. La grande partie de cette zone forestière est communautaire et ne bénéficie pas d’un véritable statut assurant sa protection.

La cause principale de déforestation et de dégradation de cette partie du Cameroun est imputable aux activités agricoles. Celles-ci concernent tout à la fois l’agriculture intensive menée à grande échelle, l’agriculture de subsistance, et tout particulièrement les cultures alternées basées sur la pratique du brûlis, et aussi la récolte du bois par les habitants. Le développement de l’exploitation industrielle du bois intensifie ce phénomène.

Pour faire face à ce problème, plusieurs associations – dont l’African Conservation Foundation et l’Environmental and Rural Development Foundation – travaillent de concert avec les communautés locales pour mettre fin à la déforestation et initier des projets de développement durable.

La forêt tropicale d’Upper Bayang dans les montagnes camerounaises. Arend de Haas/ACF

Les chances de réussite de ces actions de conservation – surveillance des forêts, application de la loi et gestion des aires protégées – pourraient être grandement augmentées si les décisions s’appuyaient sur des informations bien mises à jour, idéalement en temps réel.

Une initiative inédite a été mise sur pied pour fournir ce type d’informations. Son but est de faciliter l’échange de données entre les communautés sur place – au sol – et les images satellites fournies par Global Forest Watch – dans le ciel. Les habitants aident ainsi à améliorer le degré de précision des instruments de suivi, en vérifiant sur le terrain de données provenant de la télédétection. Cela permet d’affiner le suivi de la forêt et également de signaler les menaces qui pèsent sur les espèces en voie de disparition par un système d’alerte bien en amont.

Dans le ciel

Global Forest Watch est géré par le World Resources Institute : il utilise des images satellites pour créer un système permettant d’identifier en temps réel la perte du couvert forestier sur une base hebdomadaire et annuelle.

Ce projet est né au sein d’un laboratoire dédié de l’Université du Maryland (États-Unis). Il fournit une opportunité inédite de comprendre et d’agir sur les menaces dont les écosystèmes forestiers font l’objet. Le laboratoire fournit également des outils pour accroître l’efficacité du suivi au sol.

Mais pour cela, il fallait pouvoir acheminer les données satellites jusqu’aux habitants. C’est dans ce but que nous avons commencé à tester une application Android – Forest Watcher – fruit d’une collaboration entre le Jane Goodall Institute, Google et le World Resources Institute. Cette solution nous permet de télécharger les données satellites, d’organiser les différents types de données récoltées et de former les communautés locales à la vérification et à la validation de ces informations sur le terrain.

Les nouveaux outils de suivi permettent aux différentes générations de veiller ensemble à la conservation de la forêt. Arend de Haas/ACF

Un des défis à relever consistait à rendre disponibles ces données à des communautés qui vivent dans des zones isolées, sans électricité ni Internet, et qui n’utilisent pas d’ordinateurs.

Pour que ces informations satellites soient disponibles et accessibles aux communautés locales, ces dernières ont été adaptées dans un format que les habitants peuvent eux-mêmes gérer et faire évoluer. Pour cela, nous avons eu recours au Participatory 3-Dimensional Modeling, un outil visuel et interactif qui facilite la collecte d’informations des zones surveillées, en les plaçant sur un modèle physique en trois dimensions. Il peut aussi être utilisé pour présenter et diffuser les informations fournies par Global Forest Watch sur le recul du couvert forestier, les concessions forestières, etc.

Sur le terrain

Le modèle en 3D du paysage constitue un outil concret et très efficace pour les communautés : elles peuvent l’étudier ensemble et en discuter. À terme, cela permet aux habitants de jouer un plus grand rôle dans la protection de leur héritage naturel.

Cette initiative permet également d’impliquer les individus des deux sexes et de tous les âges dans le processus de cartographie. Un élément important car les communautés locales étaient en train de perdre leur connaissance de terrain, non écrite, faute de pouvoir la transmettre aux jeunes partis s’installer dans les zones urbaines. Cette connaissance locale historique des ressources naturelles ainsi que des sites culturels ou sacrés est incroyablement précieuse et n’avait pas encore été documentée.

La cartographie participative utilise un modèle 3D de la parcelle suivie. Arend de Haas/ACF

Des centaines de personnes ont pris part à cette cartographie de la forêt, grâce notamment à l’implication des chefs de village qui ont mobilisé leurs habitants.

Les communautés montrent un grand intérêt pour ces nouveaux outils qui leur apportent des solutions et de nouveaux savoirs qui leur donnent du poids dans leurs relations avec les autorités et les acteurs internationaux.

This article was originally published in English