Avorter « en ligne » pour contourner les législations restrictives

L'Irlande a approuvé fin 2018 une mesure historique en légalisant l'avortement, suite à un référendum national sur le droit d'avorter. Georges Hodan/Publicdomainepcitures

En ce début d’année 2019 l’avortement continue de crisper les sociétés à travers le monde. L’Allemagne vient d’assouplir une vieille législation concernant des restrictions quant aux informations données sur le sujet, dans l’état de New York on peut désormais, sous conditions, avorter jusqu’au terme de sa grossesse tandis qu’ailleurs, comme en Irlande, un prêtre refuse la communion à un homme politique ayant voté en faveur de l’interruption volontaire de grossesse (IVG).

Au milieu de cette cacophonie sociétale et législative, les femmes ont désormais des solutions clefs en main : l’accès aux médicaments abortifs les plus récents par le biais d’Internet.

Inventivité des femmes

Dès le début de l’histoire de la contraception, la recherche scientifique et le développement socio-économique ont permis d’accroître le nombre d’options mises à disposition des femmes et de leurs corps.

L’un des changements les plus importants ces dernières années a été l’avortement médical, une méthode non chirurgicale d’interruption de grossesse.

Mifepristone et Misoprostol. Women on Web

Il implique la prise médicamenteuse de Misoprostol et de Mifepristone (aussi connus sous le nom de RU-486), développés en France et validés en 1989.

Cependant, bien avant que la recherche scientifique s’intéresse à ces médicaments, ce sont les femmes elles-mêmes qui avaient découvert leur potentiel.

Au Brésil, où l’avortement n’est légal qu’en cas de viol et/ou de mise en danger de la vie de la femme, le misoprostol avait été commercialisé pour le traitement des ulcères. La notice avertissait de ne pas consommer ce médicament en cas de grossesse. Comprenant les implications, les femmes ont commencé à prendre ce médicament pour avorter) et disséminer l’information sur ces effets.

Une pratique efficace

L’avortement médicamenteux est une pratique courante aujourd’hui et s’est révélée efficace pour près de 98,3 % des femmes en début de grossesse.

Le processus reproduit une fausse-couche et est préféré par de nombreuses femmes car il est moins invasif.

Au vu du peu de risques de complications et du haut taux de succès, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a statué sur cette procédure affirmant qu’elle ne nécessitait pas d’être réalisée à l’hôpital ou en clinique.

L’automédication dans l’usage de pilule abortive par les femmes elles-mêmes est devenu légale en Écosse et au Pays de Galles en 2017, puis dans le reste de l’Angleterre en 2018. L’organisation américaine Planned Parenthood souligne

« Le genre d’avortement que vous choisissez dépend de vos préférences personnelles et de votre situation. Avec l’avortement médicalisé, certaines personnes ont le choix de ne pas se rendre chez le médecin pour le faire. Vous pouvez avorter à la maison ou dans n’importe quel autre lieu où vous vous sentez à l’aise. »

Marche pour le droit à l’avortement, Bruxelles, 2012. Simon Blackley/Flickr, CC BY-SA

Poursuivre la bataille en ligne

L’avènement des nouvelles technologies de communication telles que la télémédecine a permis de généraliser cette pratique sûre à travers le monde.

Des médecins, des professionnels du monde social et même des bénévoles travaillent sur ces plates-formes permettant non seulement l’accès aux médicaments pour les femmes mais aussi aide, assistance et conseils pendant et après le processus.

Women on Web est une plate-forme qui a été créée ainsi en 2006 par le docteur néerlandais Rebecca Gomperts. Elle avait auparavant organisé des campagnes d’avortement sur des bateaux rapidement devenues célèbres permettant à des femmes d’avorter lorsque la législation de leur pays le prohibait ou le restreignait.

Avorter au large, France 24.

Lors des célébrations du site en 2016 qui fêtait son 10e anniversaire, la communauté des Women on Web a déclaré que, depuis dix ans, plus de 200 000 femmes venues de plus de 140 pays ont eu accès à ue consultation à travers le site, et prrès de 50 000 a obtenu des pilules abortives.

Depuis que le site a été lancé, des services de télémédecine similaires ont proliféré, y compris dans des pays où la loi restreint l’avortement et ce, en tout légalité.

Un système d’automédication renforcé

Dans la plupart des pays, les réglementations douanières autorisent les individus à recevoir des médicaments prescrits pour leur usage personnel. Après avoir consulté le service en ligne, les femmes sont dirigées vers des médecins qui leur prescrivent les pilules. Une fois les médicaments sont prescrits, les pilules sont expédiées à l’adresse des femmes dans leur pays. Les femmes reçoivent des instructions sur la manière de prendre les médicaments et sont aidées par le service d’assistance tout au long de la procédure. Elles peuvent également adresser leurs questions aux médecins via ce même service.

De nombreuses études ont montré que les usages médicamenteux sont non seulement sécurisés et efficaces mais que les suites observées sont très similaires à celles étudiées dans des cas d’avortements pratiqués dans un environnement médicalisé.

Une étude américaine a montré que, jusqu’à présent, il y a suffisamment de preuves permettant de « conclure que la télémédecine et distribution de médicaments abortifs est aussi sécurisée qu’un avortement réalisé par un professionnel ». La télémédecine a non seulement révolutionné l’accès à l’avortement mais a aussi mis la pilule dans la main des femmes.

En France aussi, le droit de l’avortement a été un long combat. Jeanne Menjoulet/Flickr, CC BY-NC-ND

La télémédecine comme réseau de solidarité

Les détracteurs de ce système dénoncent cependant les faux sites et autres arnaques qui existent aujourd’hui et dont les femmes doivent se méfier.

Certains chercheurs montrent par ailleurs que le recours à la télémédecine est peut-être plus propice dans un contexte de pays aux ressources socio-économiques bien développés où les femmes peuvent avoir accès à des infrastructures réactives en cas de complications. En dépit de ces préoccupations, certaines militantes pour le droit à l’avortement soulignent que la télémédecine peut être toujours utilisée pour combler les lacunes dans l’accès à l’avortement, en particulier dans les pays avec des lois restrictives, ainsi que dans des régions reculées, où les femmes n’ont pas d’autre choix, y compris par exemple aux États-Unis.

Ainsi, malgré la persistance de controverses sur le sujet, la science de l’avortement a énormément évolué. L’avortement médicamenteux bien répandu permet aux femmes de se tourner plus facilement vers l’automédication par le biais de la télémédecine qui joue aussi ici le rôle de réseau solidaire, de mise en contact et de dissémination de l’information cruciale pour la vie des femmes.

This article was originally published in English