Bitcoin : des montants record et après ?

Zach Copley / Flickr, CC BY-SA

« I think that the Internet is going to be one of the major forces for reducing the role of government. The one thing that’s missing, but that will soon be developed, is a reliabl’e-cash ». (« Je pense qu’Internet sera l’un des vecteurs principaux dans la réduction du rôle de l’État. La seule chose qui manque, mais sera bientôt développée, c’est une e-monnaie fiable. »)

Ainsi parlait, en 1999, Milton Friedman, économiste américain de l’École de Chicago. Prédiction réalisée puisque le bitcoin, la plus célèbre des monnaies virtuelles, a dépassé à nouveau le seuil des 1 000 dollars, le 2 janvier 2017 (1 024 dollars à 16h31 selon les chiffres de l’agence Bloomberg). Tendance corrigée depuis, puisque son cours s’effondre de plus de 20 % le jeudi 5 janvier et se stabilise autour de 900 dollars les jours suivants pour une capitalisation de $14 191 344 388. Nous pouvons dès lors nous interroger sur les origines de ces évènements et sur la pérennité de ces chiffres record.

Fonctionnement et avantages

Le bitcoin (« bit » pour unité d’information binaire et « coin » pour pièce de monnaie) créé en 2008 par Satoshi Nakomoto est une crypto-monnaie (crypto-currency), c’est-à-dire une monnaie qui possède une forme électronique et qui fonctionne grâce à des procédés cryptographiques. Cette forme de monnaie est utilisée comme moyen de paiement dans un système décentralisé innovant (peer-to-peer).

Ce dernier est basé non pas sur une autorité centrale qui contrôle les échanges (une banque Centrale), mais sur un fonctionnement participatif de l’ensemble des utilisateurs. La technologie sous-jacente, la blockchain, une base de données publique distribuée qui contient un historique de tous les échanges effectués depuis sa création, est une technologie innovante permettant d’assurer son fonctionnement à travers le monde et joue un rôle majeur dans la transparence des échanges.

Le bitcoin présente de nombreux avantages qui attirent progressivement de nombreux utilisateurs et investisseurs. En effet, il n’existe pas de frais de change et très peu de frais de transactions par comparaison avec le système monétaire traditionnel. De plus, les utilisateurs sont anonymes mais leurs transactions, quant à elles, sont publiques, visibles et infalsifiables.

Il n’existe pas de politique ou de pression inflationniste puisque le bitcoin n’est régulé par aucune autorité centrale et l’offre de bitcoin est fixée à l’avance (21 millions). Le rythme de création monétaire des bitcoins est lui-même défini à l’avance et fonctionne grâce au processus de « minage ».

Minage des bitcoins.

Pour illustrer ce procédé, Andreas M. Antonopoulous prend l’exemple d’un concours de sudoku. À chaque fois qu’un participant, « un mineur », trouve la solution d’une grille, il gagne un nombre de bitcoin et les autres participants recommencent une nouvelle grille. La difficulté du sudoku s’ajuste pour qu’en moyenne on résolve une grille toutes les 10 minutes. Il est facile de vérifier qu’une grille est bien remplie mais il est plus difficile de la résoudre. Un « mineur », tente donc de trouver la solution d’un problème mathématique (le sodoku dans notre exemple) et lorsqu’il trouve la solution, il obtient un nombre de bitcoin prédéfini (12.5 BTC à ce jour). Il faut noter que c’est un peu comme jouer à la loterie car la probabilité de gagner dépend de la puissance de calcul utilisée par le matériel informatique des mineurs.

Un succès en application

Si le projet original de Satoshi Nakomoto n’avait comme ambition qu’une simple expérimentation, l’évolution du prix du bitcoin démontre un réel succès international. En effet, son prix passe de 0 dollar durant les années 2009-2011 à plus de 1 000 dollars début 2017. Cette augmentation impressionnante est toutefois nuancée par de nombreuses fluctuations.

Son prix très volatile pose encore de nombreuses questions sur l’avenir de cette monnaie. En effet, sur la période du fin 2010–fin 2016, sa volatilité journalière est de 6.78 % pour une rentabilité journalière de 0.58 %. Pour un ordre d’idée, sur la même période, l’or enregistre une volatilité de 1.07 % et une rentabilité de -0.000085 %. Ainsi, certaines études (par exemple, Bouoiyou et al, 2015) identifient la spéculation autour du bitcoin, le rôle important du marché boursier chinois et la puissance du réseau bitcoin (hash rate) pouvant être des déterminants dans le prix du bitcoin.

Puisque la rentabilité du bitcoin est décorrélée des autres actifs financiers (que ce soit l’or, les indices actions, les indices obligations, ou les autres monnaies), inclure des bitcoins dans un portefeuille permet de réduire son risque (principe de diversification), (Brière et coll., 2015).

Certaines recherches (par exemple, Bouri et coll., 2016) s’intéressent au rôle du bitcoin comme valeur refuge et instrument de couverture pouvant expliquer sa volatilité et notamment les deux pics de plus de 1 000 dollars, en 2013 et 2017.

Prix du bitcoin. BlockchainInfo

En effet, sur la période 2012 à 2013, la crise financière à Chypre a eu une influence positive sur l’investissement dans cette crypto-monnaie. De nombreux Chypriotes, inquiets face aux fermetures des banques et aux taxes sur les dépôts, se sont tournés spontanément vers le bitcoin.

Après la fermeture du site MtGox, plateforme principale d’échanges de bitcoin, en février 2014, le prix de celui-ci a chuté et est resté stable pendant quelques mois autour de 500 dollars. Mais récemment, alors que la plupart des analyses envisageaient son déclin, voire sa disparition, le prix du bitcoin s’est envolé, dépassant à nouveau les 1 000 dollars. Cet élan s’explique par le contexte mondial actuel et notamment l’influence de la Chine.

En effet, les sociétés de « minage » (regroupement de matériel informatique afin d’accroître la puissance de calcul et d’augmenter la probabilité de trouver la solution au problème mathématique de création de bitcoin) sont basées en Chine et les trois bourses chinoises, Okcoin, Huobi et Btcchina abritent à elles seules plus de 90 % de l’ensemble des transactions des bitcoins, ce qui fait de la Chine un lieu central pour les échanges de bitcoin. De plus, la chute du Yuan (-7 % en un an), accélérée par l’élection de Donald Trump aux États-Unis et la politique chinoise de restriction à la sortie des capitaux, a poussé les déposants chinois à se tourner vers le bitcoin.

De plus, la monnaie décentralisée qu’est le bitcoin joue un rôle très important dans les pays en développement qui connaissent des politiques monétaire instables : inflation de 500 % au Venezuela, démonétisation en Inde en novembre 2016, crise de liquidité au Zimbabwe en mai 2016 et difficulté d’accéder à un compte bancaire, chute du peso mexicain suite à l’élection de Donald Trump, sont autant de facteurs expliquant la perte de confiance des épargnants locaux dans les monnaies nationales au profit de monnaies alternatives comme le bitcoin qui semblent assurer par défaut le rôle de valeur refuge.

Bitcoin de la première collection de BTC China. Jon Russel, CC BY

Et après ?

Pour de nombreux analystes, l’avenir du bitcoin est loin d’être limité, notamment parce que son succès est très corrélé aux évènements mondiaux (comme les incertitudes politiques aux États-Unis, la faiblesse de la croissance en Chine ou le niveau élevé de la dette dans les pays de l’Union européenne). Certains analystes estiment son prix entre 1 200 et 1 400 dollars pour l’année 2017 (CoinDesk), voire de 2 000 à 3 000 dollars (Civic.com).

Par ailleurs, d’un point de vue juridique, un intérêt croissant se porte sur la recherche d’une définition légale du bitcoin dans de nombreux pays (monnaie privée, actif physique comme les matières premières, monnaie légale ou illégale, actif financier, autre classe d’actif…). L’intérêt d’une définition et de l’attribution d’un cadre juridique démontre une certaine confiance et la volonté d’un contrôle dans la pérennité de cette monnaie si particulière. Le monde financier s’intéresse à cet objet d’études, en observant son caractère de diversification et de performance. Le bitcoin a été ainsi désigné comme l’actif le plus performant de l’année 2016 par boursier.com.

De plus, à ce jour, on ne compte pas moins de 700 crypto-monnaies qui possèdent des utilisations et caractéristiques différentes et dont la capitalisation boursière est détenue à 80 % par Bitcoin. Certaines sont des versions améliorées des bitcoins (LiteCoin, Blackcoin…), d’autres sont destinées à des œuvres humanitaires (aide médicale Foldgincoin), destinées à des micropaiements (ReddCoin), à respecter l’anonymat des utilisateurs (BitcoinDark), ou destinées aux professionnels de la finance (Diamond).

Si des entreprises proposent leur propre crypto-monnaie (monnaies shopping comme PayCoin), des États suggèrent aussi d’utiliser ce type de monnaie localement (Espagne avec le SpainCoin). L’utilisation de ce nouveau type de monnaie pose des questionnements sur le choix des moyens paiements par les particuliers et les entreprises. Chaque moyen de paiement présente des avantages et des inconvénients qu’il est intéressant d’étudier sous un angle différent, celui de l’éthique : possibilité de négociation, accès, équité des frais… (Angel and McCabe, 2014).

Des nombreuses institutions s’intéressent également à la technologie sous-jacente, la blockchain. blockchain France la définit comme étant

« une technologie de stockage et de transmission d’informations à coût minime, sécurisée, transparente, et fonctionnant sans organe central de contrôle. Par extension, une blockchain (littéralement une « chaîne de blocs ») désigne une base de données sécurisée et distribuée (car partagée par ses différents utilisateurs), contenant un ensemble de transactions dont chacun peut vérifier la validité. Une blockchain peut donc être assimilée à un grand livre comptable public, anonyme et infalsifiable ».

Ce grand livre permet de stocker tous les échanges réalisés entre les participants depuis la création jusqu’à l’état actuel. L’idée majeure est la suivante : la sécurité et la viabilité sont assurées par l’ensemble des participants, c’est-à-dire par la communauté, qui se mettent d’accord ensemble. Aucun intermédiaire central n’existe, elle est donc décentralisée : stocké sur les serveurs de ses utilisateurs.

En effet, même si les investisseurs devaient se désintéresser totalement à l’avenir du bitcoin, cette blockchain est d’ores et déjà réutilisée dans de nombreux domaines qui nécessitent un tiers de confiance. Nous pouvons citer les domaines de la finance (les mini-bons de Bercy ou Ripple), assurance (Dynamisapp), immobilier, santé, divertissement, transports (Zooz), vote en ligne (VoteCoin)…


LE BITCOIN, FUTURE MONNAIE UNIQUE ? Le 27 février l'Institut Louis Bachelier a organisé à Paris une conférence sur ce thème à laquelle l'auteur de cet article a participé. Voici le podcast intégral de cette rencontre :

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