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Climat : le GIEC doit apprendre à mieux communiquer

Climat : le GIEC doit apprendre à mieux communiquer

L’heure est au changement au sein de l’une des plus importantes organisations scientifiques au monde, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Le Sud-Coréen Hoesung Lee a été nommé le 6 octobre dernier à sa tête – et ce n’est pas vouloir lui causer de tord que de dire qu’il était beaucoup moins connu que ses rivaux Européens et Américains dans la course à cette présidence.

Hoesung Lee devra donc se faire connaître, mais il lui faudra plus encore améliorer la façon dont le GIEC communique auprès de ses nombreux publics. C’est d’ailleurs précisément ce qu’il a promis de faire, même si jusqu’à présent il n’a pas donné plus de détails, ni avancé d’idées précises pour y parvenir. Il lui faudra pourtant aller vite, car la conférence de Paris sur le climat (COP21) approche à grands pas. Et l’on se souvient que dans le marathon des négociations du dernier sommet des Nations unies sur le climat, à Copenhague en 2009, le GIEC fut très lent à réfuter les arguments des climatosceptiques.

Pour reprendre les mots du président du sommet de Copenhague, Connie Hedegaard : « Des millions ont été dépensés en campagnes internationales, mais quand le Climategate a éclaté, il n’y avait presque personne au GIEC pour s’occuper de la communication. En fait, il n’y avait même pas d’équipe de communication. » Si depuis sa gestion calamiteuse du Climategate et de l’Himalayagate le GIEC a fait du chemin et s’est entouré de communicants professionnels, il lui reste encore beaucoup à accomplir.

Les écueils à éviter

Hoesung Lee, le nouveau « patron » du GIEC. Eric Feferberg/AFP

Nombreux sont ceux, universitaires compris, qui ont clairement saisi que le manque de ressources, la trop grande importance donnée au vocabulaire technique et l’incapacité à se servir des nouveaux médias étaient autant d’entraves à une communication efficace du GIEC.

Lors de sa toute première conférence de presse en tant que président, Lee a d’ailleurs déclaré qu’il souhaitait améliorer la communication relative à la sensibilisation du grand public international. Cette initiative va dans le sens d’une des recommandations de l’étude que mes collègues et moi-même avons récemment réalisée auprès des lecteurs de ces rapports, aussi célèbres que volumineux, que le GIEC publie tous les cinq ou six ans.

Cette enquête fait partie d’un projet de recherche, bientôt publié, qui se propose d’analyser comment les rapports du GIEC influencent la prise de décision politique. Afin de connaître leurs points de vue sur l’utilité de ces rapports, leur langue et leur clarté, et recueillir des recommandations, nous avons interrogé trente personnes représentatives des groupes identifiés par une enquête indépendante comme les publics cibles de ces rapports : décideurs politiques, entrepreneurs, universitaires et médias.

Mauvaise communication et sous-effectif criant

L’une de ces recommandations remarque que lorsque les auteurs du GIEC parlent directement aux utilisateurs, qu’ils soient locaux, régionaux ou sectoriels, en particulier lorsqu’ils combinent leur propre expertise à la rigueur scientifique, leurs messages se transmettent alors très clairement et efficacement. Une autre recommandation porte, elle, sur le fait que si les rapports du GIEC représentent une vraie référence sur le plan scientifique, leur communication demeure médiocre.

Une partie du problème réside dans l’emploi d’une langue souvent obscure ou jargonnante qui, si elle peut être comprise de la communauté scientifique, ne convient pas aux personnels politiques ou à tout autre groupe non expert. Une majorité des personnes que nous avons interrogées recommandent l’intervention de rédacteurs professionnels (et sensibilisés à la science) dans le processus d’écriture des rapports.

Un autre problème concerne le sous-effectif de l’équipe de communication du GIEC. Si l’organisation affiche fièrement, et avec raison, un grand nombre de scientifiques (des milliers) qui écrivent et révisent ses rapports, on sait moins que le personnel chargé de diffuser ces travaux se compose du seul Jonathan Lynn, un ancien journaliste de Reuters aidé d’un ou deux collègues.

Il ne serait certainement pas raisonnable d’utiliser les fonds du GIEC pour embaucher de façon permanente plus de personnel dans le service de communication, car le besoin n’est fort qu’au moment de la parution des rapports. Mais il serait sans doute utile de mettre plus de moyens pour les opérations de sensibilisation du public, pour la mise en place d’une stratégie sur les médias et réseaux sociaux, pour le développement graphique, pour l’apprentissage de bonnes pratiques et pour l’élaboration d’outils destinés à évaluer l’audience des rapports du GIEC.

Développer des rapports sur-mesure

Hoesung Lee souhaite une implication plus forte de la finance et de l’économie dans les rapports du GIEC. Il a certainement raison, mais comment s’y prendre ?

À nouveau, notre enquête conduit à recommander une implication des décideurs politiques et des entreprises dès les premiers stades de la rédaction des rapports pour aider à ce que soient soulignés plus clairement les enjeux politiques dans les versions finales. Des « produits dérivés » seraient également très utiles. Nous pensons ici à des rapports destinés à des publics spécifiques, reproduisant certaines parties des travaux du GIEC de manière à être compréhensibles pour ces mêmes publics. Les documents proposés par le Cambridge Institute for Sustainability Leadership peuvent parfaitement servir d’exemple.

Adapter son fonctionnement pour permettre aux auteurs de se consacrer à ce type de documents, plus ciblés, au lieu de concentrer toutes leurs forces pour les énormes rapports, est un défi à relever pour le GIEC. Le GIEC pourrait ainsi soutenir et intégrer le travail d’auteurs et d’universitaires qui contribueraient à l’élaboration de tels documents.

Aujourd’hui, le GIEC est reconnu par la grande majorité du monde scientifique. S’il faut continuer de faire reculer l’ignorance au sujet du changement climatique, il convient de mettre une énergie tout aussi grande pour réussir à « communiquer » la science, tout particulièrement à l’heure du numérique.

This article was originally published in English