Climatoscepticisme, énergies fossiles, sortie de l’Accord de Paris : Trump affole la planète

Manifestation à Londres devant l’ambassade des États-Unis pour dénoncer les positions de Trump sur le climat, le 18 novembre 2016. Daniel Leal-Olivas/AFP

Christophe Madrolle, élu de Marseille et Secrétaire national de l’Union des démocrates et des écologistes (UDE), est co-auteur de cet article.


Alors que le monde attend la liste complète de ceux qui formeront son premier gouvernement pour entrevoir enfin le type de présidence qui va être mis en place, Donald Trump a précisé ce lundi 21 novembre 2016 dans une courte vidéo six mesures phares pour ses 100 premiers jours au pouvoir.

Une annonce qui aura douché les espoirs des plus optimistes. Ceux qui croyaient avoir vu un fléchissement de ses positions en sont pour leur frais : ses propositions restent fermement basées sur l’idée maîtresse de sa campagne : « l’Amérique d’abord ».

Donald Trump donne un aperçu du programme politique qu’il souhaite mettre en œuvre (Transition 2017, 2016).

L’abandon du traité TPP et l’annonce des premières décisions sur l’énergie font aujourd’hui craindre le pire pour l’avenir de l’engagement américain dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Que restera-t-il dans ce contexte inédit de l’Accord de Paris ? Faut-il rappeler la belle victoire que ce traité a constituée et l’implication de Washington ? Il aura fallu moins d’un an en effet pour que le texte reçoive les soutiens suffisants et qu’il entre en vigueur (114 États, représentant 78 % des émissions de gaz à effet de serre l’ont à ce jour ratifié). La Chine figure parmi les signataires et l’Inde lui a emboîté le pas. Rappelons que les États-Unis comptent pour 18 % de ces émissions au niveau mondial.

Une victoire pour les climatosceptiques

Pour Trump, le concept de réchauffement climatique a été créé par et pour les Chinois dans le but de rendre l’industrie américaine moins compétitive. Il l’avait déclaré dès le 6 novembre 2012 dans un tweet. Et il l’a ensuite répété inlassablement durant toute sa campagne, pour la plus grande joie de ses supporters. Ces derniers ont alors imaginé le retrait de leur pays de ce traité et en ont fait une étape absolument nécessaire à la restauration de leur puissance.

Donald Trump s’est d’autre part entouré de climatosceptiques et cette thématique anti-environnementale s’est transformée en ritournelle dans ses meetings, destinée à fédérer contre l’ennemi extérieur et l’élite bobo de l’intérieur, soupçonnés de vouloir imposer de nouveaux modes de vie (« Les ampoules LED donnent le cancer, » a-t-il par exemple déclaré).

La nomination de Myron Ebell pour réfléchir au futur de l’EPA (Environmental Protection Agency) est à ce titre hautement symbolique. Ebell préside la Cooler Heads Coalition, une association qui prétend que le réchauffement climatique est une farce. Dénoncé par Greenpeace pour ses prises de position, ce dernier ne connaît aucune limite : même le Pape en a pris pour son grade après la publication de l’encyclique Laudato si en 2015. Pour Ebell, le chef de l’Église catholique est « scientifiquement mal informé, économiquement analphabète, intellectuellement incohérent et moralement obtus ».

Myron Ebell, un climatosceptique à la tête du ministère de l’Environnement américain (NEWS4U, 2016).

Du point de vue de Trump, les restrictions imposées à l’industrie américaine en vue de la transition énergétique détruiraient les emplois (« Il faut les supprimer au plus vite », a-t-il proposé). Son idée est donc de relancer des programmes d’énergie et de créer des milliers d’emplois bien payés grâce au gaz, au pétrole de schiste et au charbon.

Sortir de l’Accord de Paris

Depuis son élection, l’inquiétude est générale et des voix s’élèvent pour multiplier les appels à la raison. Le président François Hollande s’est montré bien optimiste en prétendant que le retrait était impossible ; quant à Ségolène Royal, la ministre de l’Environnement, y croyait-elle vraiment lorsqu’elle a insisté sur les trois années d’engagement obligatoire qui seraient déjà effectives, l’Accord ayant entré en vigueur le 4 novembre 2016 ?

Washington peut se retirer de l’Accord de Paris. La procédure est effectivement longue et compliquée, comme le rappelait Ségolène Royal, puisque le texte proscrit toute sortie de l’Accord sur une période de trois ans, à quoi il faut ajouter une année de préavis. Mais, dans les faits, l’Accord n’étant pas juridiquement contraignant, rien n’est prévu au cas où les États-Unis ne respecteraient pas leurs engagements.

Il reste enfin une solution toute simple pour cette sortie : celle du décret présidentiel. Car la signature d’un président peut annuler l’action d’un autre. C’est bien pour cela que la Constitution américaine prévoit qu’un traité doit être validé par le Sénat, ce qui lui donne force et résistance. Ce ne fut pas le cas pour l’Accord de Paris, car l’opposition républicaine n’aurait pas suivi. C’est fort dommage, car cela rend ce traité vulnérable.

Priorité aux énergies fossiles

Ses premières déclarations comme chef d’État indiquent que sa politique énergétique visera à augmenter l’extraction et la production des énergies fossiles et à assouplir les normes environnementales. Il a également pris la décision de relancer la construction du très controversé oléoduc Keystone XL.

La controverse de l’oléoduc Keystone XL décryptée (Seeker Daily, 2015).

Pour Trump, il n’y a pas de choix à faire entre emploi et environnement. On attend logiquement qu’il décide de saborder le Clean Power Plan de Barack Obama. Fini la diminution des émissions de gaz à effet de serre des centrales électriques américaines. Les subventions accordées au développement des énergies renouvelables seront très certaines retirées.

Il y aura aussi ces 3 milliards de dollars à récupérer avec la privation de subventions au Fonds vert de l’Accord de Paris ; et pourquoi ne pas renoncer à tous les financements aux Nations unies pour la lutte contre le changement climatique ? Ceux qui veulent défendre la planète pourront toujours se tourner vers les investissements privés.

Donald Trump a toutefois indiqué à plusieurs reprises qu’il n’est pas contre le développement d’une énergie propre. Il veut juste en finir avec les normes et laisser le marché se réguler de lui-même. Ce sera là le travail des juges qu’il nommera à la Cour Suprême et dans les différentes Cours d’appel fédérales ; leur position sur ces questions influencera certainement le choix en faveur, ou non, de leur nomination.

Peut-on rester optimiste ?

Les plus combatifs soulignent la présence d’autres acteurs, non-étatiques, impliqués dans la transition énergétique.

365 chefs d’entreprises ont par exemple signé une lettre demandant à Trump de respecter l’Accord de Paris ; parmi les signataires figuraient les dirigeants d’entreprises aussi prestigieuses et puissantes que Dupont, General Mills, Hewlett-Packard, Hilton, Kellogg, Levi Strauss, Nike ou encore Unilever.

La vraie question est : qu’est-ce qui peut contraindre Trump ? En réalité, rien. Et les premiers signes qu’il a adressés n’ont rien d’encourageants ; ils vont à rebours de la volonté mondiale et témoignent de sa volonté de proposer une nouvelle voie.

Des lendemains imprévisibles

Il est actuellement impossible d’estimer à quel point le nouveau président américain va mettre en place ce qu’il a annoncé pendant sa campagne. Il a le soutien des deux chambres, le Sénat et la Chambre des Représentants et, bientôt, de la Cour Suprême. On néglige souvent cet aspect des choses, mais les gouverneurs sont également de son côté, du moins dans 33 États sur 50.

Le monde entier est à l’affût de la moindre de ses déclarations et, pour le moment, il semble plus préoccupé par l’obsession de montrer à ses électeurs qu’il est différent de tous ceux qui ont été élus avant lui. Il devrait donc faire ce qu’il a promis, dut-il pour cela enterrer la planète.

Mais tout n’est peut-être pas aussi noir… Souvenons-nous que Trump n’est pas un homme politique : son réflexe de businessman peut reprendre le dessus et il pourrait même bien finir par voir un intérêt à suivre la voie collective. Ou peut-être tombera-t-il dans ce travers si classique qui consiste à vouloir marquer l’histoire, ce qui pourrait l’emmener sur un chemin moins tortueux.

Mais pour l’heure, on a l’impression qu’il est perdu face au poids de sa charge : il souffle le chaud et le froid, multiplie les déclarations contradictoires et ne semble pas encore avoir réussi à prendre conscience de l’énorme responsabilité qui pèse sur ses épaules. Mardi soir, 22 novembre 2016, il a ainsi déclaré dans une interview au New York Times qu’il était « ouvert » aux accords sur le climat faisant renaître à nouveau l’espoir.

Alors espérons ! Car s’il décide de changer à nouveau de cap, il y a fort à craindre qu’on ne puisse pas davantage l’arrêter aujourd’hui que durant sa campagne.

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