Comment inciter les organisations à être plus créatives grâce au territoire ?

Cité du design à Saint-Etienne : comment inciter les PME de la Loire à mieux collaborer avec les designers ? CD F_R/Flickr, CC BY-SA

Cet article s’inscrit dans le cadre du partenariat avec la revue M@n@gement et présente les résultats condensés d’une recherche publiée dans cette revue (2016, vol. 19(2) : 61-88) sous le titre « Organisational creativity and the creative territory : The nature of influence and strategic challenges for organisations » (Créativité organisationnelle et territoire créatif : nature de l’influence et enjeux stratégiques pour les organisations).


Comment stimuler les organisations à développer leur créativité ? Comment les pousser à devenir des acteurs économiques majeurs sur le marché car capables de faire autrement, de sortir des sentiers battus et de créer de la valeur pour la société ?

Pour traiter ces questions, dont les réponses deviennent de réels enjeux en période de difficultés économiques, nous avons eu l’opportunité de construire un projet de recherche avec le Conseil général de la Loire dans le cadre de son programme « Innovation et Compétitivité ». L’objectif affiché de ce programme était de favoriser une logique de « Territoire Innovant » dans un contexte où les entreprises ligériennes étaient (et sont encore) principalement des sous-traitants de grands donneurs d’ordres.

Cette initiative avait pour intention d’amener en particulier les PME à développer leurs idées créatives en s’appuyant sur le territoire créatif, et, plus particulièrement, en leur proposant de collaborer avec des designers, soit des professionnels de la créativité, dans le cadre de projets développés par les clusters présents dans la Loire.

Les niveaux du territoire créatif

Il faut savoir qu’un territoire créatif est composé de trois niveaux.

L’upperground concerne la partie visible de ce territoire, comme les organisations institutionnelles et les entreprises innovantes, réputées et reconnues.

Le middleground rassemble, quant à lui, les groupements d’organisations, les collectifs d’individus et les associations qui ont une intention claire de participer au développement du territoire sur le plan créatif, notamment à travers de projets comme des expositions d’œuvres d’art ou de prototypes, d’événements alternatifs dans des cafés ou des bars, ou des concours d’idées tels que des hackathons.

Enfin, l’underground regroupe tous les individus investis de manière informelle et confidentielle dans des activités créatives comme les arts manuels, le design, la mode ou le divertissement.

Notons que le territoire créatif influence indirectement la créativité des organisations, car il passe par l’intermédiaire de trois facteurs : l’engagement des individus dans les projets créatifs, le contexte de l’organisation, et la capacité de l’organisation à surmonter des crises et à se renouveler.

Territoire créatif et créativité des organisations

L’intention de notre projet de recherche consiste à explorer et comprendre la nature concrète de l’influence du territoire créatif sur la créativité des organisations.

C’est ainsi que nous montrons que le middleground renforce l’influence des trois facteurs pré-cités, par exemple en créant des opportunités de collaborations entre les acteurs du territoire, et en mettant en valeur les idées créatives non exploitées. En outre, nous constatons que l’influence semble plus mesurée pour l’_upperground _ : elle dépend de l’apport de ressources financières et du temps passé par les institutions, par exemple, à collaborer concrètement avec les organisations.

Quant à l’_underground, _l’impact est plutôt négatif, car le soutien met davantage l’accent sur les spécificités individuelles et non collaboratives.

Au final, nous soulignons que le territoire créatif influence la créativité organisationnelle selon quatre propriétés. Tout d’abord, il est producteur d’un discours qui valorise et légitime la créativité. Ensuite, il est créateur d’occasions pour les organisations de transformer leurs idées en projet concret en allouant des ressources par exemple. Il est également opérateur de projets autour de la créativité, notamment en s’engageant dans la gestion de la collaboration complète ou, simplement, dans la mise en relation des acteurs. Enfin, il est protecteur de l’idée créative et du projet pour favoriser l’expression de tous les acteurs dans un environnement de confiance, ce qui peut passer, entre autres, par la création d’un cadre juridique spécifique.

Du bon usage du territoire créatif

Quelles sont les implications de ces résultats pour les gestionnaires ? Tout d’abord, si la créativité de toutes les organisations contribue à nourrir le territoire créatif, seules les organisations impliquées dans cet espace profitent réellement de son influence.

Cela est un encouragement aux acteurs du middleground à continuer de créer des projets, des concours, des festivals, des biennales et autres lieux de rencontres tels que des cafés, des fablabs, des tiers-lieux, pour permettre, premièrement, aux personnes de l’underground de révéler leurs idées pour que, deuxièmement, les organisations membres de tels projets puissent les capter.

En outre, pour favoriser un maximum d’organisations, le territoire créatif se doit de toujours plus communiquer et valoriser son influence réelle sur la créativité organisationnelle. Toutefois, pour rendre ce discours actionnable, il lui importe de penser son soutien concret et réel aux organisations pour transformer l’idée en projet tout en les aidant à s’approprier la valeur de leurs idées par les droits de propriété intellectuelle.

Par ailleurs, gardons à l’esprit que la seule présence d’acteurs créatifs sur le territoire n’influence pas nécessairement les organisations : il est essentiel de créer des espaces d’échanges et de partage dans lequel les projets créatifs se développent, ainsi que de favoriser les liens favorables à la réunion entre ces acteurs.

On retient également que l’engagement des individus est fortement influencé par le territoire créatif : les organisations ont alors tout intérêt à bien repérer dans cet espace quels sont les projets proposés et comment s’insérer en leur sein, mais aussi quels sont les individus de l’organisation à impliquer.

Un dernier point à retenir est que l’influence du territoire créatif n’est pas permanente ; cela dépend de la participation de l’organisation aux projets et autres événements créatifs. L’intérêt pour elle est alors de profiter des moments sans influence pour travailler en interne la préservation de ses idées créatives afin de créer, consolider et maintenir son avantage concurrentiel sur le marché.

Pour conclure, souvenons-nous de ce proverbe chinois : « Quand souffle le vent du changement, certains construisent des murs, d’autres des moulins ». Souhaitons que les organisations sachent identifier et pleinement exploiter le vent soufflé par le territoire créatif !

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