COP21 (3) : un bon accord climat, ce serait quoi ?

Sauver les forêts de la disparition, un des enjeux de la conférence de Paris. Sze Ning/Wikimedia, CC BY

A l’image d’Internet, le changement climatique est une réalité qui prend chaque jour plus d’ampleur. On le constate scientifiquement – une année s’achève, la concentration des gaz à effet de serre atteint un nouveau pic, la chaleur et les événements climatiques désastreux s’intensifient –, mais aussi humainement, politiquement et diplomatiquement. C’est un autre sommet international à préparer, un nouveau rapport à assimiler, une nouvelle stratégie à étudier.

Mais évoquer encore et encore le réchauffement peut finir par lasser. On a l’impression d’avoir tout entendu sur le sujet : des stratégies ont été proposées, essayées, elles ont livré des résultats mitigés et le débat piétine. Et quand les risques associés à un réchauffement de 2, 3, voire 4, degrés sont aussi imprévisibles qu’angoissants et les défis à relever immenses, il est tentant de botter en touche.

Le déni et le scepticisme à l’égard des études sur le climat mettant en évidence des modifications d’origine humaine continuent de peser. Si la lassitude et le manque d’intérêt sont aujourd’hui moins ouvertement assumés, ils constituent un obstacle de taille à la conduite de politiques environnementales ambitieuses. Il y a dix ans, au moment de Katrina, le monde découvrait l’ampleur de la catastrophe et se passionnait pour l’action d’Al Gore et son Une Vérité qui dérange. Ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui.

Mais, qu’on le veuille ou non, le changement climatique et la façon dont nous y répondrons seront au centre des enjeux du XXIe siècle. Nous assisterons à des progrès (technologies à faibles émissions, nouvelle stratégie pour réduire ces émissions) et à des revers (négociations avortées, mauvaises décisions, défense des intérêts nationaux).

Dans ce contexte, la COP21 représente une véritable opportunité de réaliser de sérieux progrès.

Atteindre un accord aux termes clairs

Sans entrer dans les détails techniques, voici trois accomplissements que l’on peut raisonnablement attendre de la conférence qui se tiendra à Paris à la fin novembre.

Tout d’abord, que l’accord en question présente clairement l’impact que les objectifs d’émission auront sur les décisions politiques, l’investissement, et les décisions commerciales dans les domaines de l’énergie, des transports et de la sylviculture.

Un accord international visant à limiter le réchauffement global à 2 °C n’est pas nouveau. Et si les gouvernements ont continuellement réaffirmé leur engagement en ce sens depuis le Sommet de Copenhague, on s’achemine bien plutôt vers une augmentation des températures entre 4 et 6 °C à la fin du XXIe siècle. C’est un peu comme si l’on connaissait les risques d’une mauvaise alimentation, d’un excès d’alcool ou d’un manque d’exercice et que, chaque année, on décidait de se mettre à la natation pour finalement se retrouver devant sa bière et sa pizza.

Les objectifs permettent de définir une politique générale à propos du climat, mais ils ne définissent pas les étapes nécessaires pour y parvenir. Or, ce sont bien ces étapes qui demeurent l’enjeu majeur aux yeux des entreprises, des investisseurs et des décideurs. Pour poursuivre l’analogie, disons que les gens entendront mon discours comme quelque chose de crédible à condition d’avoir vu des légumes dans mon réfrigérateur, mon maillot de bain séchant sur la corde à linge et, peut-être, ma silhouette athlétique.

Changer l’offre

Sur le plan scientifique, la limitation des émissions est une affaire urgente. Il n’est pas envisageable de continuer à émettre pendant des décennies autant de gaz à effet de serre avant de passer à l’action. Il s’agit là d’un problème de l’offre et de la demande : si la première ne faiblit pas rapidement, impossible de gérer la seconde.

Plusieurs années ont été consacrées à trouver un consensus quant à l’aspect légalement contraignant ou non de l’accord à atteindre. Ma préférence va à la première option, mais cela ne devrait pas constituer de condition nécessaire. Le plus important concerne la façon dont les impacts de l’accord seront clairement établis au niveau des politiques nationales.

Les négociations sur le climat devront faire un sort aux usines à charbon. G.Schmitz/Wikimedia Commons, CC BY-SA

Paris a le potentiel de faire émerger une toute nouvelle politique du changement climatique, sans équivoque. L’accord qui doit être passé ne pourra réduire les impacts du changement climatique que s’il permet aux dirigeants de comprendre que dès la signature du texte à Paris, les investissements dans les nouvelles générations de centrales à charbons deviendront une aberration.

Il y a en effet peu de chance de maintenir le réchauffement en deçà des 2 °C si l’on ne s’occupe pas des centrales à charbon vieillissantes. L’Agence internationale de l’énergie estime ainsi qu’un quart de ces centrales devraient être fermées au cours des cinq prochaines années. Cet objectif peut être atteint par de nouvelles politiques nationales tenant compte des régulations internationales.

Faire respirer les forêts

L’autre chance de progrès à Paris concerne les forêts qui disparaissent partout dans le monde à un rythme impressionnant. Selon les estimations du World Resources Institute, ce sont près de 13 millions d’hectares boisés qui ont disparu chaque année entre 2000 et 2010.

Les arbres jouent un rôle vital dans le cycle du carbone. Cette année, les Nations unies se sont emparé du problème avec la déclaration de New York sur les forêts qui a convaincu des protagonistes clés (Etats, entreprises) de s’engager en faveur de la « déforestation zéro ». De telles actions augmentent les chances de voir, après des années de négociation, le programme REDD+ aboutir à la création d’incitations économiques pour l’arrêt de la déforestation.

L’impact politique et symbolique d’un accord peut être aussi puissant qu’un changement systémique. À Paris, il pourrait permettre de rendre obsolète l’utilisation de bois des forets tropicales pour la production de papier ou d’emballage.

S’engager financièrement

Le « financement climatique » permettra enfin de juger du degré d’engagement des différentes parties. Le Green Climat Fund a rassemblé plus de 10 milliards de dollars pour soutenir le développement de technologies et d’infrastructures à faibles émissions dans les pays en voie de développement. En plus de ces fonds, tout financement accordé à Paris devra être utilisé de manière créative : soutenir la réduction d’émissions et contribuer à l’amélioration des conditions grâce à de nouvelles infrastructures dans les métropoles d’Afrique et du Sud-Est asiatique.

De tels projets ne seront pas annoncés à Paris, mais on devrait y voir plus clair dans la manière dont ces financements devront être utilisés pour améliorer la situation. C’est ici que la réduction des émissions, le développement économique, et le progrès humain peuvent mutuellement se renforcer.

Les conclusions de la COP21 doivent, et peuvent, poser les bases de décisions économiques, politiques, et de stratégies d’investissements futurs qui permettront de réduire les émissions, et avec elles, les risques potentiellement catastrophiques du changement climatique.

Retrouvez les deux premiers articles de cette série sur la COP21 : « Trois idées fausses sur les conférences climat » et « Pourquoi Paris ne sera pas un autre Copenhague »