COP21, un an après : où en sont les engagements de la planète business ?

Axonis, le système de métro surélevé proposé par Alstom permet une consommation énergétique réduite. Site Internet Alstom

Alors que Bill Gates a créé un fonds de plusieurs milliards d’euros pour financer les entreprises des « énergies propres » et que 39 entreprises françaises ont rédigé un « manifeste pour le climat », quels sont les engagements concrets de la planète business dans le domaine ? Greenwashing ou véritable tournant ?

Que ce soit le programme de développement durable pour 2030 initié en septembre 2015 par les Nations unies ou les objectifs de la COP21 en faveur d’une réduction substantielle des gaz à effet de serre, ces projets ne peuvent se réaliser sans le plein investissement du secteur privé.

Il y a un an, lors de la COP21, les entreprises ont plaidé pour la clarté des engagements politiques. Un cadre stratégique clair formaliserait bon nombre des mesures volontaires que les entreprises ont déjà prises en matière de durabilité environnementale. Les entreprises peuvent à la fois fournir la technologie et influencer le comportement du consommateur pour affecter le changement climatique, mais elle a besoin d’un appui des politiques publiques.

Les entreprises bougent… l’exemple américain

Avec environ 6 millions de tonnes équivalent CO2 (Teq CO2) produites en 2016, les États-Unis figurent en seconde position, juste derrière la Chine, en termes d’émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial. Et la récente élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis n’a a priori rien de rassurant, lui qui a déclaré pendant sa campagne que le réchauffement climatique était une invention des Chinois !

Pourtant, lors d’une interview pour le New York Times, le 22 novembre dernier, le futur locataire de la Maison-Blanche a semblé revenir sur ses propos, et n’envisagerait finalement pas de sortir de l’Accord de Paris. Il serait même disposé à lutter contre le changement climatique, même s’il soutient dans le même temps les énergies fossiles et l’industrie extractive…

Ces dernières années, les États-Unis se sont engagés de manière significative dans la lutte contre le réchauffement climatique, notamment avec le « Clean Power Plan » de Barack Obama. Et de nombreuses entreprises américaines ont suivi le mouvement.

En juillet 2015, plus de 300 entreprises avaient exprimé leur soutien au plan du président américain pour limiter les émissions de carbone des centrales électriques existantes en lui adressant une lettre. On pouvait y lire que leur appui était fermement ancré dans la réalité économique mondiale :

« Les solutions énergétiques propres sont des moyens rentables et novateurs de stimuler l’investissement et de réduire les émissions de gaz à effet de serre. De plus en plus, les entreprises s’appuient sur des solutions d’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique pour réduire les coûts et améliorer les performances de l’entreprise ».

L’enjeu n’est ainsi plus seulement environnemental, mais de plus en plus financier et constitue un élément déterminant de la rentabilité et de la performance économique des entreprises.

À ce jour, plus d’une centaine de sociétés – représentant plus de 3 milliards de dollars de bénéfices annuels – soutiennent la loi américaine sur les engagements climatiques à la Maison Blanche. De Coca-Cola à Facebook en passant par General Motors, les groupes ont convenu de poursuivre au cours des prochaines années une réduction de 50 % de leurs émissions de carbone, jusqu’à 80 % de réduction de l’utilisation de l’eau et zéro déforestation net dans leurs chaînes d’approvisionnement.

À la suite de la COP21, ce même groupe d’entreprises a appelé les gouvernements à prendre des mesures audacieuses au-delà de la conférence de Paris et a déclaré qu’ils étaient prêts à travailler ensemble sur « l’un des plus grands défis mondiaux qui façonnera notre façon de faire des affaires aujourd’hui et dans les décennies à venir ».

Un (certain) consensus autour de la taxe carbone

Évoquons un autre projet : la Coalition pour la tarification du carbone. Cette initiative – soutenue par la Banque mondiale, le Global Compact des Nations unies, le Fonds monétaire international et l’Organisation de coopération et de développement économiques – est un partenariat volontaire entre des gouvernements nationaux et infranationaux, des entreprises et des organisations de la société civile.

Tous s’engagent à faire progresser le programme de tarification du carbone en travaillant ensemble à l’objectif à long terme d’un prix du carbone appliqué dans l’économie mondiale.

Carte des marchés carbone et autres mécanismes de tarification du carbone existants ou à l’étude dans le monde. I4CE (2016), Author provided

Évaluer les émissions de carbone grâce à une taxe constitue l’un des moyens les plus puissants que les gouvernements doivent mettre en place auprès des entreprises et des ménages afin de les encourager à polluer moins en investissant dans des technologies plus propres et en adoptant des pratiques plus écologiques.

La taxe sur le carbone est ainsi une redevance imposée à la pollution par les gaz à effet de serre provenant principalement de la combustion d’énergies fossiles. Cela peut être fait en plaçant une surtaxe sur les carburants à base de carbone et d’autres sources de pollution comme les processus industriels.

Une question fondamentalement politique

Malgré cette voix commune, les désaccords persistent. Les principales sociétés pétrolières et gazières européennes ont choisi de s’engager dans ce dossier en plaidant publiquement pour des politiques de tarification du carbone et en renouvelant leur intérêt pour les investissements dans les énergies renouvelables.

Mais leurs homologues nord-américains ont maintenu la question du changement climatique à distance, en choisissant plutôt de souligner les réalités économiques et commerciales de la tarification du carbone. La scission au sein de l’industrie extractive reflète un débat plus large post-COP21, selon lequel la tarification du carbone, bien qu’étant une solution importante pour lutter contre le changement climatique, n’est pas la seule.

Au final, la COP21 aura entraîné une forte mobilisation de la société civile dans le monde, avec un engagement croissant des entreprises et des grands investisseurs. Simple communication, effet de mode ou véritable engagement ? En réalité, là n’est plus vraiment la question. Pour Lise Kingo, directrice générale du Pacte mondial des Nations unies, tous les acteurs doivent accélérer le mouvement : et si les entreprises ont un rôle central à jouer dans la lutte contre le changement climatique, le rythme des progrès dépendra fortement de l’action des gouvernements…

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