Dans le meilleur des mondes automobile, les routes rechargeront les voitures

bb edf o. Byronv2/Flickr, CC BY-NC

Ce que le grand public perçoit avant tout, concernant les voitures électriques, c’est qu’elles ont un problème d’alimentation. Aussi, imaginez un monde où ce serait la route elle-même qui rechargerait les batteries ou bien l’allée où vous vous garez. C’est un rêve qui demanderait des investissements très lourds en termes d’infrastructures, mais pose aussi quelques questions de fond au sujet de la façon dont nous voyons l’automobile.

Cette technologie a récemment suscité l’intérêt des médias et un débat utile s’est ouvert. Nous nous sommes accoutumés à l’idée de recharger sans fil, par induction, nos téléphones portables, alors pourquoi pas les véhicules électriques sur le réseau routier ?

Prototype de batterie lithium-ion-polymère. Wikipedia

Il y a déjà eu des expérimentations prometteuses avec des bus dont les batteries se chargent via des bobines d’induction aux arrêts ; tandis que Rolls-Royce a proposé à ses clients de tels systèmes de rechargements à mettre en place dans leurs garages. D’autres suggèrent d’étendre ces systèmes d’induction aux grandes routes pour pouvoir recharger les batteries de tout véhicule dûment équipé. Ajoutez à cela les dernières avancées technologiques dans le domaine des batteries et vous pouvez voir émerger une alternative viable dans le domaine du transport routier.

Sous le contrôle du conducteur

Mis à part le coût considérable qu’il faudra assumer si cette technologie est mise en œuvre, il y a une question fondamentale à laquelle il faut répondre : le dispositif doit-il être logé dans l’appareil – ici la voiture – ou bien dans l’infrastructure ?

Si la technologie est incluse dans le véhicule, cela la place largement sous le contrôle du conducteur. Si elle est mise en œuvre à travers l’infrastructure, elle sera pilotée par les constructeurs, qu’ils soient États ou secteur privé. La question n’est pas seulement celle de l’industrie automobile. Elle relève, plus généralement, d’une philosophie des technologies.

Qui contrôle ? Juan Ignacio Sánchez Lara, CC BY-NC-ND

Notre tendance à mettre en avant la responsabilité individuelle fait qu’il nous est naturel de penser garder pour nous-mêmes le contrôle sur des technologies clés. Cependant, dans bien des cas, l’Etat tentera et réussira à exercer son pouvoir et son contrôle, de même que les grandes entreprises. C’est dans ce contexte que nous devons examiner, pas seulement l’idée du chargement par induction, mais tous les développements autour de la voiture sans conducteur.

Accès aux données

Le « cloud computing » est un exemple récent de la façon dont les entreprises peuvent prendre le contrôle, sans en avoir l’air. Le stockage des informations « dans le nuage » peut être pratique, dans certains cas, mais il donne aussi au pourvoyeur un accès potentiel à un trésor de données monétisables. Encore mieux, le fait que l’utilisateur individuel doive payer pour ce privilège. Pour le rechargement par induction, une voiture aura moins besoin de batteries très lourdes, mais son propriétaire deviendra beaucoup plus dépendant de l’infrastructure. Il sera encore plus « détectable » et produira beaucoup de données au bénéfice du pourvoyeur.

D’autres questions émergent, moins philosophiques, comme le coût considérable de la création de telles infrastructures ; la gêne occasionnée sur les grands axes routiers pendant les travaux ; et que se passerait-il si la technologie tombe en panne. Puis, il y a la question de savoir qui va payer pour tout cela : les conducteurs de voitures électriques ? tous les usagers de la route ? ou bien le pourvoyeur des infrastructures qui pourra du même coup avoir accès aux données ?

L’Europe routière connectée. Wikimedia

Responsabilité

Au fond, l’idée de mise en œuvre d’un rechargement par induction fait partie d’un mouvement plus global qui retire au conducteur sa responsabilité. Cela nous emmène plus loin que l’auto sans conducteur, vers le véhicule autonome.

Les quelques voitures et camions autonomes qui roulent actuellement de façon expérimentale en Californie et dans le Nevada ont déjà été impliqués dans des accidents mineurs de circulation. Même si, dans la plupart des cas, ce sont les humains conduisant les autres véhicules qui ont été jugés responsables, il n’en reste pas moins que ce sont des accidents. De fait, le problème lié à la cohabitation entre véhicules autonomes et ceux pilotés par un conducteur émerge. Est-ce que les conducteurs traiteront les voitures autonomes avec les mêmes précautions qu’ils ne le font avec les usagers traditionnels de la route ?

Autonomie ? Andrew Stawarz, CC BY-NC-ND

De même, on s’est aperçu que les véhicules autonomes, qui doivent se plier à une application stricte des lois, pouvaient se retrouver en difficulté dans beaucoup de situations vécues au quotidien sur les routes, tandis que les humains agiraient avec bon sens et initiative, par exemple en quittant une route très fréquentée. Les actuelles voitures autonomes se retrouvent bloquées dans ces situations, attendant qu’un humain sympathique leur laisse la place pour s’extraire de là.

Ainsi, si vous ne la conduisez pas, et que vous ne la rechargiez même pas, quel est votre rôle comme « conducteur » d’une voiture autonome ? Ce point est particulièrement inquiétant quand le véhicule n’est pas totalement autonome et quand une intervention humaine urgente est nécessaire. On aura toujours besoin de quelques précieuses secondes pour se concentrer sur un danger qui survient sur la route.

Tout cela signifie que nous devrons prendre une décision cruciale si toutefois cette technologie ne disparaît pas finalement dans les sables mouvants de la réalité. Les humains devront être complètement à la manœuvre, attentifs en permanence, sinon ce sera la machine qui assumera ces rôles. Ou peut-être ces rechargements par induction nous dessinent-ils un monde où ce sont les infrastructures elles-mêmes qui sont aux commandes, déchargeant les humains, et même les véhicules, de toute responsabilité.

This article was originally published in English

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