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Débat. Instituts hospitalo-universitaires : fausses querelles, vrais enjeux

Instituts hospitalo-universitaires au microscope. Shutterstock

Débat. Instituts hospitalo-universitaires : fausses querelles, vrais enjeux

L’émotion d’une partie du monde de la recherche en France a été forte à la suite des annonces des ministères de la Santé et de la Recherche concernant l’évolution du financement et de l’organisation des Instituts hospitalo-universitaires (IHU).

La forme de ces décisions ministérielles – à savoir l’arrêt brusque d’un appel d’offres à quelques jours de la date de clôture annoncée –, ont pu choquer légitimement la communauté scientifique française, au premier rang desquels les porteurs de projets concernés. Plus globalement, il est utile de replacer cette question dans son contexte et de prendre un peu de recul sur les succès et les enjeux de la recherche biomédicale en France.

Six instituts

Les six IHU actuels sont des structures créées à partir de 2009 dans le cadre du programme d’investissement d’avenir (PIA). Elles ont été dotées d’un financement supplémentaire de l’ordre de 850 millions d’euros sur 10 ans, ce qui est important, et peu commun pour la recherche française. Ces IHU sont issus de laboratoires déjà existants, pour la plupart unités mixtes de recherche associant l’Inserm, le CNRS, les universités et l’hôpital.

D’emblée, ces partenaires institutionnels ont accompagné les IHU afin d’améliorer l’attractivité, la visibilité et le financement de la recherche biomédicale dans une optique de continuité : des laboratoires de la recherche fondamentale jusqu’au lit du malade (une démarche proche de ce que l’on appelle la médecine translationelle). Grâce aux partenaires institutionnels, les laboratoires fondateurs des IHU disposent de moyens en personnel permanent qu’il soit scientifique ou technique, de plates-formes technologiques de pointe ainsi que d’un soutien direct récurrent. Les IHU ne pourraient donc pas exister sans les grands établissements de recherche dont ils ont hérité la volonté d’excellence et dont ils confortent les performances.

Le bilan d’activité des IHU (en publications internationales de haut niveau et dépôts de brevets notamment) est très bon, comme l’a montré leur évaluation à mi-parcours. Ce bilan reflète l’excellence des équipes de recherche qui ont donné naissance aux IHU et qui a été amplifié par les financements supplémentaires apportés par le soutien spécifique du PIA. L’ensemble de la recherche biomédicale française doit s’en féliciter !

Si l’on considère, plus largement, l’ensemble des structures de recherche biomédicale soutenues par l’Inserm, le CNRS, les universités ou d’autres établissements, il faut éviter le malentendu selon lequel l’IHU serait désormais le modèle unique ou principal de la réussite de la recherche biomédicale en France.

La plupart des grands centres de recherche français, tout comme les IHU, affichent une excellente qualité de recherche, avec environ 6 % de leurs publications dans le top (1 %) des publications mondiales les plus citées et 25 à 30 % dans le top 10. On peut aussi mentionner l’attribution de trois prix Nobel de physiologie ou médecine au cours des 10 dernières années, ce qui place la France 2e ex aequo avec le Royaume-Uni et le Japon durant cette période.

Dans un autre ordre d’idée, les expéditions Tara océan co-pilotées par la France ont apporté une moisson de résultats importants dans les domaines du climat, de la biodiversité et de la santé. En médecine, des entreprises innovantes se sont créées, résultant des recherches effectuées dans des laboratoires français, par exemple dans l’imagerie par ultrasons ou encore dans l’immunothérapie des cancers.

Place à l’international

Dans une compétition internationale forte, les IHU ont permis d’enrichir le paysage de la recherche française et la panoplie de ses outils accroissant ainsi son attractivité. A contrario, ils ne sont pas exempts de risque, notamment en ce qui concerne la croissance du nombre de personnels contractuels et la complexification du « millefeuille » administratif dont le poids pénalise la recherche française.

Il ne s’agit pas d’opposer dans une polémique stérile telle structuration des équipes à telle autre, mais d’assurer aux laboratoires publics qui font la preuve de leur excellence, qu’ils soient ou non situés dans des IHU, les moyens suffisants pour être au meilleur niveau international. Cela passe par le renforcement des établissements nationaux comme l’Inserm et le CNRS, ainsi que par l’amplification des dotations attribuées par l’ANR et la possibilité de diversifier les modes de financement par des partenariats avec le monde associatif ou industriel.

La capacité à déployer des projets de recherche ambitieux et innovants est un enjeu majeur à un moment où les biotechnologies associées aux progrès des technologies de l’information sont en train de révolutionner la biologie et la santé. La France a la capacité d’être parmi les pays les plus performants dans ce domaine et de créer un écosystème favorable à la connaissance, la découverte et l’innovation. C’est un enjeu pour la santé et l’économie qui concerne tous les citoyens.

Ce texte est signé par 11 personnalités :
Sebastian AMIGORENA (Directeur de recherche CNRS, Institut Curie, Paris, Membre de l’Académie des sciences).
Daniel CHOQUET (Directeur de recherche CNRS, Institut interdisciplinaire de Neurosciences, Bordeaux, Membre de l’Académie des sciences).
Anne DEJEAN (Directrice de Recherche Inserm, Institut Pasteur, Paris, Membre de l’Académie des sciences).
Pierre-Olivier COURAUD (Directeur de recherche Inserm, Institut Cochin, Paris).
Jean‑Philippe GIRARD (Directeur de recherche CNRS, Institut de Pharmacologie et de Biologie Structurale, Toulouse).
Jean‑Antoine GIRAULT (Directeur de recherche Inserm, Institut du Fer à Moulin, Paris).
Bernard JÉGOU (Directeur de recherche Inserm, Institut de Recherche en Santé, Environnement et Travail, Rennes).
Jean‑Philippe PIN (Directeur de recherche CNRS, Institut de Génomique Fonctionnelle, Montpellier).
Alain TEDGUI (Directeur de recherche Inserm, Paris-Centre de recherche cardiovasculaire, Paris).
Antoine TRILLER (Directeur de recherche Inserm, Institut de Biologie de l’ENS, Paris, Membre de l’Académie des sciences).
Eric VIVIER (Professeur Aix-Marseille Université, Centre d’immunologie de Marseille-Luminy, Membre de l’Académie de médecine).

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