Europe connectée : pour de nouveaux usages sans Big Brother (2)

Pour de nouveaux usages des jeunes et de l’Internet. Adalberto Roque/AFP

Cet article est le second d’une série sur l’émergence d’une nouvelle culture européenne bâtie par une jeunesse qui s’impose de plus en plus dans le débat public.

Internet a pu évoluer en une immense toile qui s’étale maintenant dans de nombreux domaines de nos vies, personnelles, publiques, sociales, politiques…

Utilisés à des fins privées, commerciales, politiques, les réseaux sociaux sont particulièrement représentatifs de ces évolutions, auprès des jeunes particulièrement, et la souveraineté technologique pourrait être décisive lors de conflits, combats politiques, mais aussi en termes d’élections, de représentations politiques ou de révolutions.

Ainsi, Christopher Kullenberg, le créateur de Telecomix, qui était au centre d’un film projeté en public au forum #European.lab, est « l’homme de l’année » en Suède, pays du premier Parti Pirate, pour avoir rétabli l’accès à Internet en Égypte en pleine révolution.

Freedom Box

Inventé en pleine guerre froide, Internet (World Wide Web) avait pour but de maintenir la communication malgré une attaque nucléaire.

Aujourd’hui, devenu indispensable à notre vie quotidienne, il permet aussi aux entreprises comme Google, Yahoo et bientôt à nos robots (ménagers…) de collecter nos données personnelles.

Christopher Kullenberg, aux côtés de Pirate Bay (pour le libre téléchargement) et de Kopimi (« copiez-moi ») et autres Anonymous (collectif), se bat pour un Internet qui ne serait pas un outil de surveillance.

Alors que Diaspora est un exemple pertinent de réseau social indépendant, la FreedomBox, « kit de survie » sur Internet, présentée au forum european.lab, pourrait être l’un des outils les plus innovants, les plus prometteurs de ces nouveaux logiciels.

Markus Sabadello, pionnier de la recherche sur le big data, a pu nous faire part de l’évolution de ce projet de développement de serveurs personnels, accessibles à tous, que l’on peut installer chez soi afin de faciliter les échanges de données personnelles et d’accéder à des réseaux sociaux instantanés de type peer-to-peer.

Ce projet ne se limite pas, uniquement, à la protection de la vie privée et la surveillance en ligne, il aura, aussi, pour but d’interroger au plus profond l’architecture d’Internet.

Dans une des thématiques du forum, la question des dangers de la surveillance de masse et du big data a pu être développée et discutée. Faut-il abdiquer et laisser des sociétés privées s’emparer de nos données sans nous prémunir ?

L’impuissance de la législation européenne à lutter contre les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) inquiète nombre d’internautes, particulièrement pour la protection des données personnelles en ligne. C’est ainsi que de plus en plus d’initiatives ont pu se développer, à la marge, pour offrir aux citoyens des alternatives, logiciels libres, open source… plus conformes avec la demande, explicite, de respect de leur droit.

Collectifs activistes

Focus, donc, au forum European Lab, sur ces collectifs, activistes, hackers ou chercheurs qui bataillent pour développer de nouveaux usages du web, libres et respectueux de tout à chacun et au service de la démocratie.

En avant-première au forum A Good American, le documentaire de Friedrich Moser retrace le parcours de Bill Binney, cryptologue de génie et directeur technique à la NSA depuis 1997 ; il a développé ThinThread, un programme capable de rassembler des données en temps réel, sur des menaces terroristes (programme stoppé !). Ce programme aurait-il pu limiter les dérives liées aux méthodes de surveillance massive dénoncées par des lanceurs d’alertes ?

C’est ainsi que, depuis les révélations sur la NSA en 2013, Edward Snowden, Chelsea Manning, Julian Assange, Sarah Harrison (présente à European Lab) ont été propulsés sous le feu des projecteurs, incarnant la figure des lanceurs d’alertes et sensibilisant le grand public au statut de ces nouveaux militants.

À l’heure où d’autres nombreux militants et certains parlementaires prônent la mise en place d’une loi européenne de protection des lanceurs d’alertes, ces citoyens sortis de l’anonymat, incarneraient-ils une nouvelle forme de militance ?

En écho à l’actualité brûlante sur le dossier des Panama papers, European Lab, avec la présence de Sarah Harrison (journaliste) a pu revenir sur ces héros des temps modernes en dévoilant les aspects les plus positifs de leur militantisme.

Vision prospective

Revenons à notre Europe, à l’Europe en devenir. Au forum European lab, « Carte Blanche » est donnée à la présentation du projet « We Are Europe » :

L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait».

En 1950, Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de l’Europe, préfigurait comment l’Europe pourrait se construire… Et le projet « We Are Europe » en est un exemple. Il se propose de rassembler huit festivals européens majeurs qui vont joindre leurs forces avec pour seule ambition la construction et la valorisation des nouvelles pratiques culturelles, définies par l’échange et la diversité de création.

Ce projet commun aura pour vocation de développer une vision prospective des cultures électroniques, de la technologie et de l’entrepreneuriat et contribuer, ainsi, à de nouveaux développements sociaux et politiques grâce à une approche transdisciplinaire.

La culture sera un élément central dans le développement de ce projet et une clé de consolidation d’une identité et d’une citoyenneté européennes. Électronique, numérique, contemporaine, innovante, cette culture commune rassemblera la jeunesse européenne, dans la richesse des esthétiques et des diversités, tout en visant l’exigence artistique et la communion des pratiques et des échanges.

Au travers de ce projet européen, les concepteurs revendiquent la nécessité de développer un espace réflexif en parallèle des espaces de diffusion, une approche prospective de la culture, l’innovation et de nouveaux modèles de construction de projets européens, avec l’exigence culturelle et l’indépendance artistique comme préalables.

Ainsi, de 2016 à 2018, « We Are Europe » va encourager la mobilité des idées, valoriser les ressources, propositions, bonnes pratiques et modèles innovants d’une nouvelle génération d’acteurs culturels européens et militer, donc, pour une véritable éducation à une culture européenne.

Les nouvelles technologies pour les migrants

Pour ne pas oublier ce que devraient être les relations de notre Europe avec d’autres régions du monde, souvent abordées dans le forum, revenons sur la « crise » des migrants. Ainsi, quand on évoque les besoins de première nécessitée pour une personne réfugiée, rares sont ceux qui pensent au téléphone ou à Internet.

Pourtant, au rang des possessions les plus précieuses pour un migrant, les nouvelles technologies sont en haut de la liste. Prendre et donner de ses nouvelles, retrouver ses proches, s’informer sur la situation politique, puis sur le long terme retrouver un emploi, se former, créer des réseaux d’entraide ultra-connectés : un « Make Sense Room » du forum a pu nous dévoiler des expériences inédites, innovantes… humaines…

Saluons ces projets : AMAL, Techfugees, Singa (@singaproject) et Bibliothèque sans frontières qui sont venus nous présenter leur vision et nous expliquer comment ils transforment l’outil digital en arme d’intégration massive.

Puissent-ils aider à créer entre Européens la solidarité nécessaire pour recevoir nos migrants humainement et chaleureusement !

Concluons ce deuxième article et ce qui va préfigurer le troisième article, en présentant un autre partenaire d’European Lab, l’Institut français qui s’est associé à Arty Farty pour la mise en œuvre d’un programme transdisciplinaire, musiques actuelles, débats d’idées et numérique.

L’Institut français promeut la création artistique et apporte, aussi, un soutien aux sociétés civiles et à la création numérique. Il assure, donc, dans ce cadre, la promotion des artistes, des idées et des œuvres, de la langue française et des industries culturelles créatives, en favorisant, ainsi, les échanges artistiques et le dialogue des cultures. Et le programme « culture étrangère » au forum fut copieux…