Incendies : les forêts des Canaries récupéreront plus vite que l’Amazonie

Dans les forêts tropicales, les flammes sont moins hautes mais brûlent plus intensément les arbres et le sol. Shutterstock

De la Nouvelle-Zélande à la Sibérie, en passant par l’Afrique et les Canaries, la planète est actuellement en proie à un grand nombre d’incendies. Mais de tous ces feux, celui qui ravage une partie de l’Amazonie occupe la plus grande place médiatique.

Cette préoccupation toute particulière est-elle justifiée ? Et que réserve l’avenir aux forêts amazoniennes après ces incendies géants ? On peut déjà souligner que les forêts tropicales se montrent bien plus vulnérables au passage du feu que d’autres ensembles forestiers, comme celui des îles Canaries, par exemple, qui aussi connu cet été des incendies d’une grande ampleur.

Incendies actifs dans le monde au cours de la dernière semaine. Sistema GWIS del servicio Copernicus

Incendies et déforestation

Il est encore trop tôt pour évaluer si la zone incendiée en Amazonie est plus importante que celle de l’an passé. Les données que nous détenons pour le moment permettent seulement d’affirmer que le nombre de feux récents n’est pas supérieur à la moyenne des 18 dernières – c’est-à-dire depuis que nous détenons des données satellites. Et ce même si la déforestation a, pour d’autres raisons, considérablement augmenté.

Il ne s’agit cependant pas d’une bonne nouvelle. On estime en effet que la déforestation induite par les incendies peut parfois avoir le même impact que la déforestation provoquée par l’abattage des arbres.

Nombre d’incendies au Brésil au cours de 18 dernières années détectés par MODIS, le satellite de la NASA. GFW

Bien que le nombre d’incendies cette année ne soit pas plus important que les années précédentes, la superficie touchée par les feux dans les dix-huit dernières années est supérieure à ce que connaîtraient naturellement ces forêts sans intervention humaine.

Ces forêts ont en effet connu très peu d’incendies au cours de leur évolution, avec une fréquence maximale d’un tous les 400 à 1000 ans. Cet intervalle de temps est supérieur à la longévité de la majorité des espèces tropicales. La majorité des arbres n’ont donc jamais subi d’incendie au cours de leur vie.

Des feux lents et intenses

Si un incendie qui ravage pour la première fois une forêt tropicale ne produit pas d’images impressionnantes, il brûle pourtant sévèrement. Les flammes, très basses, ne nous arrivent pas aux genoux, et avancent extrêmement lentement : entre 100 et 150 mètres par jour. En se propageant à cette vitesse réduite, elles consument la base des troncs et provoquent la mort d’une grande partie des arbres existants. Les arbres les plus fins sont les plus affectés en raison de leur écorce moins épaisse.

Les conséquences des incendies sont particulièrement néfastes lorsqu’un nouveau feu vient brûler la même zone quelques années plus tard. La structure de la forêt se modifie à la suite du passage du premier feu, devenant plus inflammable. À tel point que les incendies successifs brûlent avec une intensité chaque fois plus forte, et éliminent un nombre d’arbres toujours plus important.

La savanisation du paysage

L’incendie ne se contente pas de tuer un grand nombre d’arbres, il consume également les germes présents dans la litière ou dans les couches les plus superficielles des sols. Ces derniers se voient appauvris, puisqu’une partie des nutriments se volatilise pendant l’incendie et que l’érosion augmente. Tous ces éléments compromettent la récupération de la forêt.

Après l’incendie, nous nous retrouverons donc soit avec une forêt de petits arbres formés par des espèces pionnières, loin de sa composition originale, soit avec une savane. Dans les deux cas, la perte de biodiversité et de capacité à fixer et stocker le carbone est significative et a des répercussions sur l’équilibre global du carbone.

Les incendies peuvent transformer la forêt tropicale (à gauche) en savane (à droite). Author provided

La savanisation de la forêt tropicale à la suite des incendies s’est déjà produite dans le passé. La savane africaine actuelle, par exemple, s’est développée il y a environ cinq millions d’années. Des preuves montrent que les rayons furent particulièrement intenses à cette époque – possiblement du fait de l’explosion d’une supernova.

La repousse après les flammes

Cette année, en Espagne, le plus important feu de forêt a touché l’île de la Grande Canarie, située dans l’Atlantique, où quelque 10 000 hectares ont brûlé. Les pompiers ont rapporté que, dans certains cas, les flammes avaient atteint les 50 mètres.

Toutefois, si cette intensité de flammes est bien plus forte que dans la forêt tropicale, on peut espérer une récupération rapide de la majorité des écosystèmes affectés, car les espèces espagnoles savent s’adapter au feu. Le pin des Canaries, par exemple, un des arbres prédominants dans la région brûlée, repousse sans problème. On peut ainsi espérer une restauration du paysage d’ici quelques années.

Le registre fossile nous apprend qu’à la différence de la forêt tropicale, les forêts des îles Canaries ont toujours connu des incendies fréquents, y compris avant l’arrivée des hommes dans la région. Ce qui n’empêche pas certains habitats du parc naturel de Tamadaba et certaines espèces endémiques d’être affectées négativement. Mais, d'une manière générale, les conséquences et les répercussions climatiques seront bien moins graves dans ces forêts qu’en Amazonie, puisque les espèces sont en mesure de mieux s’adapter et repousser.

This article was originally published in Spanish