La COP21, côté business

Stephane Mahe/Reuters

Pour les entreprises, l’enjeu de la COP21 est de taille. Elles jouent non seulement un rôle clé dans les négociations, mais elles ont également mis sur pied plus de 180 événements professionnels pour l’occasion. Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, a rappelé que les entreprises devaient s’investir « au plus haut niveau » dans les discussions en cours. Quelles sont ces entreprises qui participent aux réunions sur le climat ?

Bien que de très nombreux secteurs industriels participent aux réunions de la COP21, les habitués sont faciles à identifier. Il y a les « gentils » (les représentants du secteur des énergies renouvelables et les industries technologiques dont l’offre de produits et de services s’articule autour de la protection de l’environnement, de l’efficacité énergétique, de la préservation des l’eau et des sols, et de l’agriculture « non-polluante ») et les « méchants » (les industrie du pétrole et du gaz, les compagnies minières et les producteurs d’électricité, sans oublier les autres industries dépendantes des énergies fossiles, toujours promptes à faire valoir leur engagement en faveur de l’environnement).

Très puissantes organisations professionnelles

Mais les groupes les plus influents sont sans doute les organisations professionnelles qui exercent des pressions directes et indirectes sur le législateur. Les organisations industrielles telles que la Confédération européenne des industries du papier, les associations européennes de l’acier et des métaux, et l’Association internationale des producteurs de pétrole et de gaz s’opposent régulièrement aux politiques climatiques de l’Union européenne, et exigent des mesures favorables aux entreprises.

Elles fournissent également des conseils techniques sur les politiques climatiques qui leur sont favorables, mobilisent les aides d’autres fédérations et organisent des réunions et des dîners entre leaders et décisionnaires. Un récent rapport de l’Institut britannique d’études politiques a montré que 77 % des 500 plus grandes entreprises américaines faisaient pression sur les décisionnaires en charge des questions climatiques par le biais de leurs organisations professionnelles.

Un gentil ? Bill Gates promeut l’innovation à la COP21. EPA/Ian Langsdon/Pool

Une tarification mondiale du carbone

Toutes les entreprises et les organisations professionnelles, de même que la myriade d’associations d’entreprises « responsables », sont apparemment d’accord sur un point : la première chose que le monde du travail doit mettre en place, c’est une tarification mondiale du carbone. Leur raisonnement économique est le suivant : cette tarification servira de moteur à l’innovation pour les technologies moins polluantes, et fournira un cadre de référence stable pour les entreprises.

Le problème, évidemment, c’est que – même s’ils sont rentables et utiles pour les entreprises – la tarification du carbone et les quotas d’émissions n’auront guère d’incidence sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) en elles-mêmes. Il faudrait en effet que le prix du carbone soit relativement élevé (de l’ordre de 25 à 35 euros la tonne, selon les spécialistes) pour que les investissements se portent vers les énergies renouvelables. Étant donné qu’il tourne actuellement autour de 5,5 euros la tonne, dans le cadre du système européen de quotas d’émissions, les entreprises n’ont guère intérêt à investir dans ces technologies.

De plus, si une tarification du carbone augmente le coût des énergies fossiles, elle n’a aucune incidence sur celui des énergies renouvelables, encore bien trop chères. Alors que toutes les grandes compagnies pétrolières ont mis en place une tarification de ce type, elles continuent à investir dans les énergies fossiles.

Une fin déjà écrite ?

Les entreprises se fixent régulièrement des objectifs ambitieux, comme le passage au 100 % renouvelable et multiplient les engagements en faveur de l’environnement. Certaines affichent fièrement leur soutien à la COP21, à l’image de ce consortium qui a fait don de 35 millions d’euros à la conférence, s’attirant au passage les critiques virulentes de nombre d’associations environnementales.

On retrouve parmi ces généreux sponsors quelques-uns des plus gros émetteurs de CO2 au monde : EDF, Engie (responsable de près de la moitié des émissions françaises annuelles), Air France (qui s’est opposée à une réduction des émissions dans l’aviation) et BNP Paribas (l’une des dix premières banques mondiales en termes de financement du charbon entre 2005 et 2013). BMW, Coca-Cola et BT en font également partie.

L’implication des entreprises dans la COP21 aboutira à n’en pas douter à l’absence de toute « distorsion de la concurrence sur le marché mondial », selon les termes du groupe de travail sur le climat de la Chambre de commerce internationale. Et tant que les mesures favorables aux entreprises continueront à définir les politiques climatiques, comme elles l’ont fait par le passé, toute action significative restera impossible.

Le statu quo sera donc de mise, en dépit de tous les engagements et les sommets sur le climat. Le problème reste entier : si nous voulons voir émerger de nouveaux modèles économiques, les politiques climatiques doivent influer sur le monde de l’entreprise, et non le contraire. Faute de quoi – pour reprendre la formule du militant écologiste Bill McKibben – « nous n’aurons pas à nous inquiéter d’une possible pénurie de pétrole parce que nous n’aurons plus de planète ».


Traduit de l’anglais par Guillemette Allard-Bares/Fast for Word

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