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La vie des Français à la Libération

Au marché, Paris (1945). © IWM (D 24174)

La vie des Français à la Libération

Après des années de vie quotidienne rythmée par les difficultés matérielles, l’incertitude du lendemain et les dangers, particulièrement pour ceux engagés dans la Résistance, les Français ont vécu la période de la Libération avec un profond soulagement.

Cette époque voit naître une mythologie qui cherche à réconforter la population tout en créant un récit national capable de faire passer le cap de l’Occupation. L’idée d’une insurrection nationale est ainsi largement mise en avant pour donner aux Français l’impression d’avoir participé à leur propre libération. Mais le soulèvement en question s’est dans les faits limité à quatre villes, Paris et Marseille en tête.

Un récit, des mémoires

L’idée d’une population prenant une part active à sa propre libération a aussi servi les intérêts du général de Gaulle. Elle lui aura permis d’affirmer sa position à la tête de la toute jeune République provisoire aux yeux d’alliés méfiants. Cette vision de la Libération a depuis été amplement cultivée et réutilisée au cours des [commémorations]((http://le-debat.gallimard.fr/articles/2013-4-commemorer-les-liberations-de-la-france/). Ces événements sont autant de vecteurs qui font passer de la mémoire, des mémoires, à l’Histoire. Mais les récits qui les entourent mettent l’accent sur certains aspects et en occultent d’autres.

Les vélos-  ;taxis parisiens, 1945. © IWM (D 24176)

L’attitude des Français durant l’Occupation ne fut pas uniforme et évolua au gré des évènements. Au quotidien, les choix étaient commandés par la situation géographique et personnelle des individus. On a trop tendance à vouloir cataloguer les agissements de la population en fonction de la Résistance ou de la Collaboration. En réalité, la majorité des Français ne pensaient qu’à survivre, guettant l’évolution de leur situation à l’échelle locale et nationale.

Les femmes en première ligne

Une fois la grande fête de la Libération terminée, l’épuration et les règlements de comptes ont repris le dessus. Ce fut une période effroyable, tout particulièrement pour les femmes qui avaient dû se débrouiller seules avec leurs enfants dans des conditions extrêmement précaires. Et si certaines personnes avaient des choses à se reprocher, d’autres se trouvaient dans une situation équivoque tout simplement parce qu’elles avaient suivi les instructions données alors par les autorités vichyssoises.

On peut mentionner à ce propos Berthe A., chercheur à l’université de Toulouse, qui fut tondue et amenée au camp de Noé, puis poursuivie en justice, parce qu’elle avait obéi aux directives du gouvernement en s’inscrivant au groupe Collaboration.

Les restrictions et les difficultés du quotidien ne s’envolèrent pas à la Libération : l’hiver 1945 fut à ce titre particulièrement rude, marqué par le froid et la faim. L’absence des maris, prisonniers ou travaillant en Allemagne, perdura jusqu’au printemps 1945, laissant les familles séparées. Et les retrouvailles n’avaient rien d’évident, comme en atteste la forte hausse du taux des divorces après la guerre.

Mémoire populaire et journaux intimes

Se représenter la vie des Français à cette époque n’est pas aisé en raison de la multiplicité des trajectoires individuelles. Heureusement, il nous reste des témoignages personnels qui peuvent nous faire toucher du doigt la vie d’alors.

La queue à la boulangerie, 1945. © IWM (D 24161)

Journaux intimes et histoire orale nous donnent ainsi accès à ce vécu d’une manière incomparable. Combiner ces sources avec les archives existantes nous aide à avoir une meilleure idée de la vie réelle dans l’Hexagone. On peut citer à ce titre l’extraordinaire travail de collection de témoignages de cheminots de la Seconde Guerre mondiale réalisée par Rails et Histoire et dont une partie fut exposée aux Archives nationales au printemps dernier. Cette exposition pionnière basée sur l’histoire orale permet une vision plus complète du passé et donne les moyens d’appréhender des parcours individuels.

Continuer à témoigner

Ce type de démarche est essentiel pour combler les lacunes et contrebalancer les effets réducteurs de la mémoire populaire, inévitables à mesure que le temps passe et que les survivants disparaissent. Le vécu de la Seconde Guerre mondiale est désormais un souvenir qui se transmet aux descendants. Et c’est parce que les enfants et les petits-enfants de ces acteurs ressentent aussi le besoin de témoigner des expériences de leurs parents et de leur engagement qu’ils nous offrent de quoi poursuivre l’exploration du passé (voir par exemple fleeinghitler.org).

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