L'adoption d'une finance durable aidera le Canada à bâtir une économie verte - et fera en sorte que tous les Canadiens puissent prospérer. Gustavo Quepo/Unsplash, FAL

Le Canada devra intégrer le concept de finance durable pour assurer sa croissance

L'Union européenne et la Chine ont récemment déposé des propositions détaillées pour développer la finance durable, donnant ainsi une impulsion à l'innovation verte.

Pendant que le monde va de l'avant, les États-Unis reculent et se referment sur eux-mêmes.

Quelle direction prendra le Canada ?

La manière dont le secteur financier canadien réagira au rapport du Groupe d'experts canadien sur la finance durable, déposé le 15 juin, sera révélatrice.

Ce groupe d'experts, appuyé par le gouvernement fédéral, a recommandé des politiques et des programmes qui permettront au secteur financier de faire la transition vers une croissance durable.

L'industrie canadienne réagira avec réticence et répulsion, ou elle saisira l'occasion de devenir un chef de file sur les marchés financiers internationaux, qui récompensent une perspective à long terme.

Créer de la valeur pour tous

La finance durable n'est pas une taxe. Il s'agit d'un incitatif qui dirige les flux de capitaux vers des projets qui créent de la valeur pour tous les Canadiens, et non seulement pour une poignée de riches investisseurs.

Elle encourage les investisseurs à élargir leurs critères d'évaluation des investissements non seulement en fonction de leur rendement financier, mais aussi de leur performance environnementale, sociale et de gouvernance.

Il a été démontré que de tels critères réduisent les risques et encouragent la croissance à long terme. Ces types d'investissements ont donné naissance à de nombreux nouveaux produits financiers, notamment des obligations vertes, des prêts à effet de levier en faveur de la durabilité et des investissements à impact.


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Actuellement, de nombreux investisseurs font de l'argent au détriment d'autres investisseurs. Par exemple, on estime que les transactions à haute fréquence influencent de 40 % à 50 % du volume de tous les actifs sous gestion.

Ces négociateurs «battent le marché» en quelques millisecondes. Après qu'un investisseur ait donné son ordre d'effectuer une transaction, les négociateurs qui transigent à haute fréquence se précipitent au-devant de la transaction de l'investisseur, faisant augmenter le prix pour les acheteurs et baisser le prix pour les vendeurs.

De plus, les marchés financiers favorisent les rendements à court terme. Les risques de fuite des capitaux à court terme font qu'il est difficile pour les entreprises de passer à une économie propre, ce qui exige souvent de lourds investissements en recherche et développement et en technologie.

La finance durable aide à résoudre ces deux problèmes. Elle remet l'économie réelle et le long terme au centre de l'attention. Elle reconnaît que les comportements spéculatifs des investisseurs et les flux de capitaux à court terme peuvent miner la résilience du système financier et de la société.

Les risques du statu quo

L'incapacité d'adopter une finance durable nuira à tous les Canadiens, pas seulement aux marchés financiers. Il y a un risque pour notre économie, parce qu'elle est très émettrice de carbone. L'économie canadienne dépend beaucoup des ressources naturelles. En fait, par rapport à toutes les autres économies du G7, celle du Canada est la plus dépendante des ressources naturelles.

Lorsque le reste du monde se détournera du carbone, les entreprises canadiennes seront prises au piège avec de lourds droits d'actifs délaissés. Le Carbon Disclosure Project a récemment rapporté que les 215 plus grandes entreprises du monde estiment que les changements climatiques pourraient engendrer des coûts de plus de 1 billion de dollars US .

La Banque du Canada a reconnu le risque pour les Canadiens selon différents scénarios climatiques.

La menace plane aussi pour les Canadiens qui ont des régimes de retraite, étant donné la volatilité à court terme des marchés financiers. Les placements à court terme sapent les rendements à long terme. Ne pas adopter la finance durable met en danger non seulement notre propre bien-être à l'approche de la vieillesse, mais aussi celui de nos enfants.

Le Canada peut être un leader

Un secteur financier qui récompenserait le développement durable stimulerait l'innovation et la création de nouvelles entreprises agiles, propres et tournées vers l'avenir.

Ces entreprises permettraient le développement de nouvelles technologies, comme des piles à combustible, des plateformes de transaction entre acheteurs et vendeurs, et des processus qui réduisent l'utilisation du plastique et des produits toxiques.

Toutefois, pour ce faire, les investisseurs, les entreprises et la société canadienne doivent se tourner vers l'avenir plutôt que de rester enfermés dans le passé.

Le Canada n'a pas qu'à rattraper son retard. Il peut être un chef de file. Sa main-d'œuvre instruite, en santé et diversifiée, la qualité de ses infrastructures et l'intégrité de son système financier le place dans une position enviable pour mener l'innovation sur la scène mondiale.

Un appel au gouvernement et aux entreprises

Il ne fait aucun doute que la finance durable redirigera les capitaux et, par conséquent, créera des gagnants et des perdants. Les ressources seront redistribuées.

Les gagnants seront ceux qui créent une véritable richesse et qui regardent vers l'avenir. Les perdants seront ceux qui ont simplement profité de l'arbitrage plutôt que de créer de la valeur réelle. Les gagnants seront souvent les nouveaux venus sur le marché, qui sont de petites et moyennes entreprises. Il s'agira notamment des jeunes et des personnes âgées, et souvent de ceux qui ont été exclus de l'économie traditionnelle.

Les gagnants seront ceux qui regardent vers l'avenir. Chris Barbalis/Unsplash

Les Canadiens ont déjà vécu des transitions. Nous avons assisté à l'effondrement de nos pêcheries de la côte Est, des industries forestières du Québec et de la Colombie-Britannique et, plus récemment, de l'industrie pétrolière et gazière de l'Alberta. Nous avons fait preuve d'une grande résilience dans la gestion de ces transitions précédentes. Et, à travers ces transitions, nous avons saisi de nouvelles occasions.

Les marchés des capitaux ouvriront de nouvelles possibilités. La finance durable permettra de cesser cette course folle qui nous mène à l'épuisement des ressources et érode la santé de la planète.

Le temps est venu de laisser le passé derrière nous et de passer à une nouvelle économie qui vise la prospérité à long terme de tous les Canadiens.

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This article was originally published in English