Les régions semi-arides face à la hausse des températures

Des informations adaptées aux besoins des fermiers permettent de réduire leur vulnérabilité climatique. Lucia Scodanibbio, Author provided

La hausse des températures et la survenue d’événements climatiques de plus en plus extrêmes et imprévisibles rendent la vie très difficile à de nombreuses communautés dans les régions semi-arides du globe. Les habitants de ces zones, fermiers en tête, doivent mettre au point de nouvelles stratégies pour s’adapter à ces conditions.

Des travaux menés en Inde et en Afrique nous aident à identifier les éléments indispensables à une adaptation durable et équitable. Il apparaît tout d’abord essentiel que les personnes concernées participent à la réflexion. Il est également indispensable d’avoir accès à l’information existante et disponible sur le climat, en plus de celle relative aux questions socio-économiques et de gouvernance. Il faut enfin être en mesure d’associer un regard rétrospectif à la capacité de se projeter dans le futur pour réduire les inégalités et l’impact des changements climatiques.

Comment les fermiers s’adaptent-ils ?

Dans le nord du Ghana, les fermiers subissent de plus en plus fréquemment le retard des pluies annuelles. Pour faire face à cette situation, ils expérimentent de nouvelles méthodes de stockage de l’eau et de cultures.

Dans l’État du Tamil Nadu, situé tout au sud de l’Inde, les événements météo imprévisibles rendent le calendrier traditionnel répertoriant les pluies – et permettant ainsi de déterminer les périodes de semailles et de moissons – caduque. La pénurie d’eau est un véritable grandissant, contraignant les agriculteurs à se tourner vers l’irrigation. Or celle-ci est coûteuse et peut marginaliser encore davantage des groupes déjà pauvres et endettés.

Les pénuries d’eau et de pâturages dans les régions semi-arides du Kenya, accentuées par la sécheresse, ont poussé les bergers à adopter d’autres modes de subsistance : vente de lait, de légumes et d’haricots, pratiques agricoles à petite échelle. Selon nos recherches à ce jour inédites, les hommes chassés par des conflits territoriaux finissent souvent par mener des activités semi-légales comme la vente d’armes ou de médicaments.

S’adapter aux changements climatiques

Il existe de nombreuses manières de se préparer et de s’adapter au changement climatique. En voici trois essentielles :

  • S’appuyer sur la connaissance des populations locales en matière de vulnérabilité climatique. Cela permet, premièrement, de mieux comprendre les faiblesses des fermiers et des bergers face aux changements climatiques et de connaître leurs façons de s’adapter. Les communautés locales sont de véritables puits de connaissances qui ne demandent qu’à être partagées. Les initiatives s’appuyant à la fois sur ces informations et sur certaines découvertes scientifiques ont bien plus de chance de conduire à une adaptation efficace et durable.

  • Mettre l’accent sur l’information climatique : lorsque celle-ci est adaptée à ses utilisateurs, elle peut les aider à prendre les bonnes décisions. Mais elle se doit d’être transparente, de bonne qualité et contextualisée ; elle doit, en outre, être mise en regard des grandes tendances actuelles du climat. Ce type d’information est également essentielle aux personnes travaillant avec ces groupes vulnérables – ONG, gouvernements locaux, administration…

  • L’apprentissage et la prise de décision en groupe : si la planification des tâches et des décisions permet aux scientifiques, aux dirigeants et aux communautés locales d’apprendre les uns des autres, alors ce sont tous ces individus qui gagneront en compréhension et en appréciation des limites et incertitudes des données climatiques, ainsi que des types de réponses les plus susceptibles de réussir.

Impliquer les populations locales pour combattre plus efficacement les changements climatiques. Lucia Scodanibbio

Cette approche soulèvent un certain nombre d’interrogations :

  • Qu’est-ce qui fragilise certains groupes, non seulement face aux risques climatiques, mais aussi à d’autres facteurs socio-économiques ? Ces risques sont-ils importants, quand surviendront-ils ? Existe-t-il des opportunités inconnues ?

  • Qu’attendre : une météo plus chaude ou plus froide, plus sèche ou plus humide ? Des évènements extrêmes surviendront-ils ? Ces changements vont-ils aggraver les situations de vulnérabilité identifiées ?

  • Quelles réponses apporter ? Quelle sera la plus rapide, au regard des risques ? Quelle catégorie de population sera-t-elle concernée ? Les solutions proposées sont-elles assez solides ? Sont-elles politiquement et socialement acceptables, sinon matériellement possibles ?

Une telle approche présente trois avantages. Elle garantit aux usagers le fait d’être partie prenante dans l’évaluation des faiblesses et des risques. Elle permet de mieux comprendre le rôle de l’information climatique – passée et future. Elle contribue à prendre conscience de la façon dont les données climatiques nourrissent les possibilités d’adaptation.

S’engager auprès des fermiers

Dans le cadre du projet ASSAR, les déclarations des personnes interrogées ont permis d’identifier les principaux dangers et problèmes affectant les communautés semi-arides. Dans ces exercices aux enjeux multiples, de nombreuses stratégies de réponses ont été identifiées, que ce soit à l’échelle locale ou régionale. Dans ce processus, les gens se sont sentis motivés et à même de jouer un rôle.

En parallèle, les chercheurs ont mené des travaux d’analyse sur les tendances du climat et les projections futures pour l’Inde et l’Afrique. Ils affinent ainsi la compréhension des facteurs de gouvernance qui soutiennent ou restreignent les possibilités d’adaptation, ainsi que leurs impacts sur les différentes catégories sociales.

Dans une seconde phase du projet, ces conclusions et d’autres informations seront utilisées pour développer des scénarios possibles. L’adaptation prendra dans ce cadre de multiples formes. Les participants développeront donc des stratégies potentielles pour agir, on l’espère, le plus efficacement possible.

Le développement d’une adaptation plus équitable, généralisée et solide est l’objectif visé. Cela permettra d’atténuer les possibles erreurs dans la recherche de solutions d’adaptation et ainsi de s’assurer que la vulnérabilité des hommes aux changements climatique est réduite.

This article was originally published in English