L’OTAN dans la ligne de mire des candidats à la présidentielle

Le 13 avril 2017, en Pologne: cérémonie d'accueil d'un bataillon de l'armée américaine déployée sur le flanc oriental de l'Alliance. Wojtek Radwanski/AFP

Le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, en 2009, avait réactivé le débat traditionnel français entre la tradition « gaullo-mitterandienne », attachée à la sortie de l’organisation depuis 1966 au nom de « l’indépendance nationale », et les atlantistes, convaincus que la France n’avait rien à gagner à s’isoler dans le camp occidental.

Benoît Hamon dans les pas de François Hollande

En 2012, le candidat François Hollande avait fait mine de s’interroger sur la pertinence de ce retour. Mais, après avoir confié à Hubert Védrine une commode mission d’évaluation, il a choisi de confirmer la décision prise par son prédécesseur. Après 2014 et l’annexion de la Crimée par Moscou, il a engagé la France aux côtés des États d’Europe orientale, inquiets de la nouvelle posture russe.

De manière amusante pour un candidat qui n’a eu de cesse de critiquer l’actuel quinquennat, Benoît Hamon s’inscrit pleinement dans les pas du président Hollande. Il est le seul à ne pas critiquer l’Organisation atlantique et l’un des rares à vouloir demeurer dans le commandement intégré.

Sur onze candidats, six ont en effet comme projet de plus ou moins retirer la France de ce qui est aujourd’hui la plus grande alliance militaire existante. Jean‑Luc Mélenchon, Jacques Cheminade et François Asselineau veulent sortir de l’OTAN, au nom de l’anti-impérialisme et de la lutte contre « l’argent-roi » (Cheminade). Indice probable de sa politique de « dédiabolisation », Marine Le Pen se borne à vouloir quitter le seul commandement intégré. Elle rejoint, sur ce créneau gaulliste, Nicolas Dupont-Aignant et Jean Lassalle.

La circonspection d’Emmanuel Macron

Même Emmanuel Macron, dont la candidature affiche pourtant une volonté de plus grand engagement international de la France, se montre circonspect. Il refuse que la France appuie de nouveaux élargissements de l’Alliance, sauf dans les Balkans et, le cas échant, pour la Finlande et la Suède – ce qui est bien le moins pour un candidat partisan du « modèle scandinave ».

Emmanuel Macron conditionne la participation de Paris à des interventions de l’OTAN en dehors de sa zone géographique (c’est-à-dire hors d’Europe) aux « seuls cas où les intérêts de la France sont directement concernés ». Pris à la lettre, cela pourrait introduire un léger doute sur l’application par notre pays de l’article 5 de solidarité entre Alliés.

Les positions de Nathalie Arthaud et de Philippe Poutou, s’agissant de l’OTAN, ne sont pas connues. Mais, ces deux candidats évoluant à l’extrême gauche du spectre politique français, il y a tout lieu de croire que, si elles étaient formulées, leurs propositions n’appelleraient pas la France à renforcer son ancrage dans une organisation fondée à Washington en 1949 et en pleine évolution.

L’ambivalence de François Fillon

Reste François Fillon, lui aussi assez discret sur le sujet atlantique. Cette discrétion s’explique par une certaine ambivalence. Gaulliste historique, il a axé sa campagne sur un rapprochement avec la Russie qui est loin d’être partagé par tous les États alliés. En même temps, premier ministre de Nicolas Sarkozy en 2009 et partisan d’une forme de réalisme, il ne peut brûler aujourd’hui ce qu’il a hier, sinon adoré, du moins soutenu.

Que restera-t-il de ces propos de campagne une fois l’élection terminée ? Si MM. Macron ou Fillon arrivent à l’Elysée, le statu quo est probable. En cas de victoire d’un Jean‑Luc Mélenchon où d’une Marine Le Pen, la sortie de l’OTAN ou de son commandement intégré n’est pas à exclure car il s’agirait d’une mesure très symbolique, budgétairement peu coûteuse et dont les conséquences négatives n’apparaîtraient qu’à terme ou à l’occasion d’une crise internationale.