En sortant de l’école

En sortant de l’école

Marathon quotidien

Pour beaucoup d’enseignants, le métier est synonyme d’écrasement, de course tout aussi mentale que physique… et de solitude. Josiah Mackenzie, CC BY

Choses vues, choses entendues. En sortant de l’école, des bribes de réalités viennent se confronter aux rêves du système éducatif.

Il a couru pour arriver au lycée ce matin, d’un bus à un métro, d’un métro à un RER, d’un RER à un deuxième bus. Ou bien elle a pris sa voiture pour faire près d’une centaine de kilomètres sur des routes de montagne que les lacets rendent dangereuses. Il a essayé en vain de trouver une place assise et a craint que l’humidité de sa chemise ne trahisse son effort physique et son angoisse. Elle a pincé les lèvres à plusieurs reprises, concentrée, attentive à ignorer l’appel du précipice sous ses roues. Il est arrivé largement en avance, soucieux de se faire bien voir ou bien elle est arrivée juste à l’heure.

Là où d’autres collègues, plus anciens ou plus chanceux, pourront se plaindre de la routine, ils ont, eux, remplaçants ou titulaires, la malchance d’être affectés sur plusieurs établissements. On les a prévenus la veille de la rentrée, ou ils ont reçu un appel quelques jours après. S’ils ont de la chance, ils rencontreront une oreille attentive, collègues ou chefs d’établissement, désireux de les aider. Oh, pas grand-chose : accepter de coordonner les emplois du temps, de laisser gentiment une salle à disposition, d’échanger des heures.

Parfois, on leur trouvera même une chambre à l’internat, pour les arranger. Sinon, leur année sera éprouvante. Salle des professeurs où, passant en coup de vent, il ne connaîtra personne. Bataille pour obtenir le remboursement de ses frais de route, qu’on lui calculera au plus juste, qu’on feindra d’oublier et qu’on lui versera enfin, un an après, quand sa vieille voiture, aussi épuisée qu’elle, aura déjà rendu l’âme. Ou pire, un accident sur une route solitaire et glacée, des cicatrices, une phobie de la conduite.

Mais qu’ils se rassurent, le plan de stratégie ambitieux de leurs académies, annoncé en grande pompe, déroulant des formules prétentieuses et des énoncés trompeurs, aura certainement porté, cette année, sur l’amélioration des conditions de travail des personnels.