Nucléaire iranien : le poker menteur continue entre les États-Unis et Israël

Une partie de la communauté juive vent debout contre le deal avec l'Iran. Joe Skipper/Reuters

Alors que tous les regards sont tournés vers la Syrie, le dossier du nucléaire iranien continue de diviser Washington et Tel Aviv. La différence d’analyse entre l’administration de Barack Obama et le gouvernement israélien sur le dossier nucléaire iranien est ainsi apparue clairement à l’occasion d’une vaine tentative d’obstruction au Congrès, en septembre 2015, visant l’accord de Vienne (signé le 14 juillet précédent).

L’administration Obama l’a finalement emporté sur le lobby pro-israélien AIPAC. Une victoire qui s’explique par plusieurs facteurs. Tout d’abord, l’option alternative prônée par les Israéliens au « Plan d’action conjoint » entre l’Iran et le « groupe des 5+1 » n’apparaît pas crédible par rapport au compromis adopté à Vienne : l’absence de consensus au sein de la « communauté internationale » rend caduque toute solution qui serait fondée sur une aggravation des sanctions unilatérales américaines, voire sur la menace du recours à l’option militaire.

« L’accord ou la guerre »

Le discours des autorités israéliennes sur la « menace nucléaire Iranienne » est apparu daté, reprenant les mêmes éléments de langage que ceux de la période où Bush Junior ou Nicolas Sarkozy (s’agissant des néoconservateurs français) étaient au pouvoir. La fausse alternative entre la « bombe ou le bombardement » de l’Iran, chère aux néoconservateurs, a été remplacée par le choix réaliste effectué par l’administration Obama entre « l’accord ou la guerre ».

Le compromis présenté par le président Obama a, néanmoins, suscité une réelle opposition au Congrès en raison de la position officielle affichée par Téhéran sur la question israélienne. En effet, si le gouvernement du président Hassan Rohani a fait le choix de ne plus nier l’existence de l’holocauste de manière récurrente, sa diplomatie n’en reste pas moins profondément antisioniste.

Barack Obama et son secrétaire d’État John Kerry l’ont emporté au Congrès. Kevin Lamarque/Reuters

Or sur le plan régional, Tel-Aviv reste plus que jamais le principal allié de Washington. Et sur le plan intérieur, l’influence du lobby pro-israélien auprès du Congrès américain représente une vraie difficulté pour les ambitions diplomatiques d’Obama en faveur d’un rapprochement irano-américain. En dépit de ses divergences d’analyse sur le nucléaire iranien avec Tel-Aviv, l’administration Obama a ainsi pris soin de renforcer l’alliance entre les deux pays, en particulier dans le domaine des coopérations militaires.

Diversification des lobbies

La victoire politique de l’administration Obama au Congrès s’est également construite autour de la diversification des lobbies pro-Israéliens aux États-Unis, avec notamment le soutien de J-Street à la stratégie de dialogue prônée par Washington. La dimension de politique intérieure a également joué du fait des mécanismes de « partisan politics » qui explique l’impossibilité pour les Républicains de rallier un nombre suffisant de représentants démocrates à leur croisade anti-iranienne (stratégie de changement de régime). Enfin, d’aucuns estiment que les milieux d’affaires américains ont joué un rôle non négligeable dans le changement de stratégie américaine face au défi posé par l’Iran.

Quoi qu’il en soit, ce changement conduit à l’isolement stratégique de la droite israélienne sur la scène régionale et internationale. Le décalage entre le discours guerrier de Tel-Aviv et la réalité de la puissance régionale de Téhéran a clairement incité le président américain à adopter une approche pragmatique, débarrassée des contingences idéologiques néoconservatrices.

Cette nouvelle posture de Washington, initiée par Obama dès son élection en 2008, n’avait pas pu aboutir en raison de l’émergence du Mouvement Vert en Iran en 2009 et de la crise de légitimité subie alors par la République islamique. Finalement, c’est la concordance entre l’élection d’un président « modéré », Hassan Rohani, en Iran en 2013, avec l’émergence de Daech (État islamique) sur la scène régionale qui a favorisé la stratégie diplomatique du président Obama. Elle lui a permis de convaincre les dirigeants de Téhéran de la possibilité d’éviter un affrontement armé avec les États-Unis. Et au Congrès américain de ne pas céder face aux pressions israéliennes.