Plus 2 % d’émissions de CO₂ en 2018, une tendance qui s’installe pour 2019

À l’occasion de la COP24, le Global Carbon Project publie une évaluation annuelle peu encourageante des rejets de CO2 pour l’année 2018. AAP Image/Mick Tsikas, CC BY-NC-ND

Les émissions de CO2 liées aux énergies fossiles et aux activités industrielles devraient avoir augmenté de plus de 2 % cette année. Une hausse qui porterait les émissions globales à un niveau record de 37,1 milliards de tonnes de CO2.

Le Global Carbon Project a rendu le 6 décembre dernier ses projections annuelles, publiées à la fois dans Earth System Science Data, Nature et IOPscience. Cette initiative réunit des scientifiques utilisant des données industrielles et climatiques du monde entier : ils dressent chaque année un panorama global des sources et des puits planétaires de gaz à effet de serre.

Pour la deuxième année consécutive, les rejets augmentent. Ils s’étaient pourtant stabilisés au cours de la période 2014-2016. Un regain incompatible avec les objectifs de l’Accord de Paris, qui exige de plafonner rapidement les émissions de gaz à effet de serre pour contenir le réchauffement climatique. Leur forte hausse, due à l’usage du charbon, du pétrole et du gaz naturel, risque de se poursuivre en 2019.

La forte demande énergétique explique cette remontée des émissions, dont le rythme dépasse celui de la décarbonation du système énergétique mondial. La consommation d’énergie a ainsi crû d’un sixième au cours de la dernière décennie. Une augmentation liée à l’émergence d’une classe moyenne mondiale et à la nécessité de fournir de l’électricité à des centaines de millions de personnes vivant dans la pauvreté. Le défi consiste pour l’ensemble des pays à décarboner leurs économies tout en satisfaisant les besoins en énergie, et ce tout particulièrement dans les pays en développement.

Scénarios d’émissions mondiales de CO₂ d’ici à 2100 – le point rouge correspond à notre projection pour 2018. Global Carbon Project/Jackson et coll. 2018

Le charbon fait la course en tête

En 2017 et 2018, les émissions de CO2 dues au charbon ont recommencé à augmenter après le pic de 2013. Elles demeuraient cependant en 2017 à 3 % en dessous de ce record ; les niveaux de 2018 semblent eux s’en rapprocher dangereusement. Ce regain constitue la raison principale à la forte croissance des rejets en 2018, avant même les émissions liées au pétrole et au gaz naturel.

La Chine et l’Inde se placent cette année en tête des contributeurs expliquant cette croissance des émissions liées au charbon. Les États-Unis enregistrent au contraire le plus fort recul en la matière : plus de 250 centrales à charbon ont fermé depuis 2010 – et de nouvelles fermetures sont attendues dans les cinq prochaines années.

La croissance des émissions liées à la production de ciment a quant à elle considérablement ralenti.

Émissions annuelles globales d’émissions de CO₂ liées aux énergies fossiles en 2017, avec la projection de 2018 : le charbon approcherait des niveaux observés en 2013. Global Carbon Project

La Chine, plus gros contributeur

La plupart des pays participent à l’intensification des émissions mondiales de CO2. Dix-neuf pays, représentant 20 % des émissions globales, ont toutefois réduit leurs émissions au cours de la dernière décennie (2008-2017) – et ce malgré la croissance de leurs économies. Parmi ces pays, le Danemark, la République tchèque, la France, le Royaume-Uni, les États-Unis ou encore les Pays-Bas.

Pour 2018, la Chine qui représente 27 % des émissions mondiales, devrait voir augmenter de 4,7 % ses rejets de CO2 (contre 1,7 % en 2017). Malgré leur baisse prévue à long terme, les émissions des États-Unis pourraient également s’aggraver de 2,5 % cette année. En cause, la demande croissante en chauffage et en refroidissement, ainsi que la consommation de pétrole.

Pour la première fois depuis 2014, l’Union européenne pourrait réduire ses émissions de 0,7 % en 2018, après une augmentation de 1,4 % en 2017. Les émissions indiennes augmenteraient quant à elles de 6,3 %, du fait d’une importante croissance de l’usage du charbon. En Australie, les rejets n’ont cessé de s’intensifier au cours des quatre dernières années.

Émissions annuelles globales de CO₂ liées aux énergies fossiles en 2017, et projections d’émissions pour 2018, basées sur les données de janvier à septembre. Global Carbon Project/Le Quere et coll. 2018/Jackson et coll. 2018
Émissions de CO₂ par tête et par pays en 2017.

Quelles perspectives ?

Une révolution énergétique historique s’opère déjà en direction de sources d’énergie plus propres. Les énergies renouvelables – solaire, éolien, biocarburants – accélèrent globalement à un rythme exceptionnel. Leur capacité mondiale double tous les quatre ans, bien qu’elles partent de plus loin que l’énergie générée par les carburants fossiles. La poursuite et l’accélération de cette tendance est cohérente avec les exigences de l’accord de Paris.

Ce mouvement devrait toutefois être accompagné d’un déclin aussi rapide des émissions dues aux carburants fossiles : or cette diminution indispensable ne transparaît pas dans nos dernières données. La forte croissance des émissions prévue pour 2018, et susceptible de se poursuivre en 2019, entre en contradiction avec les objectifs de l’accord climatique conclu à la COP21 en 2015.

Consommation annuelle mondiale d’énergie. Global Carbon Project

Le rapport 2018 sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction d’émissions illustre les divergences croissantes entre : les tendances d’émissions actuelles ; les engagements nationaux en matière de réduction d’émissions ; enfin, les réductions requises pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.

Tous les pays doivent intensifier leurs efforts et leurs ambitions pour contrer la croissance des émissions. C’est la condition nécessaire à une décarbonation compatible avec l’objectif climatique d’1,5° C de réchauffement à l’horizon de la fin du siècle, et le maintien en dessous du seuil critique des 2° C.


L’initiative Global Carbon Project bénéficie du soutien de la Fondation BNP Paribas dans le cadre du programme Climate Initiative.

This article was originally published in English