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Pourquoi vouloir imposer l’Anthropocène ?

Provinces géologiques du Globe. USGS/Wikipedia

Pourquoi vouloir imposer l’Anthropocène ?

Provinces géologiques du Globe. USGS/Wikipedia

Suite et fin de notre série d’articles (ici et ) sur l’Anthropocène : Ce qui est très étrange, c’est qu’un groupe de scientifiques, non-géologues pour la plupart, semble vouloir forcer la main pour faire intégrer cette subdivision dans l’échelle géologique.

Encore récemment, lors du Congrès géologique international qui s’est tenu à Cape Town, du 28 août au 2 septembre 2016, seuls deux orateurs ont évoqué ces aspects stratigraphiques. La séance n’était pas ouverte, en début d’après-midi, que déjà les journaux quotidiens prétendaient en donner le bilan comme s’il s’agissait d’un élément important.

Le premier orateur, Waters, défendait l’idée de l’introduction de cette période (mais contrairement à ce que l’on a pu entendre, jamais il n’a proposé une « ère », seulement une « série »). Le deuxième orateur, Stan Finney, co-signataire de cet article, rappelait simplement quels étaient les critères requis pour introduire une subdivision de l’échelle des temps géologiques et constatait que l’Anthropocène ne les possédait pas, ce qu’a reconnu Waters. Il notait enfin qu’aucune décision ne pouvait être prise par la commission étant donné que le groupe de travail sur l’Anthropocène n’avait encore soumis aucun dossier à la sous-commission, premier échelon de la procédure !

Cette raison, toute technique, n’a donc rien à voir avec le reproche de certains tenants de l’« Anthropocène, force géologique » qui déclarent que les géologues sont plus préoccupés par « trouver des nouvelles matières premières, y compris énergétiques, pour soutenir le développement de l’industrialisation, la croissance économique… » (Grinevald J., 2012, p.45). Il reproche aussi que ce dossier ne soit pas mis à l’ordre du jour du prochain congrès géologique international « malgré la pression de la très grande presse internationale » (p.45) alors que juste avant il déclarait que « le dossier de l’Anthropocène est encore loin d’être complet et prêt à être présenté devant les instances compétentes de l’Union internationale des sciences géologiques » (p. 36) !

Une ère proprement humaine

Personne ne conteste l’influence que l’Homme exerce sur la planète, mais faire une nouvelle ère, ou même seulement une nouvelle période, ou époque ou même étage, semble inapproprié, le pas de temps n’est absolument pas comparable. Plusieurs ordres de grandeur les séparent. Qu’est-ce qu’un demi-siècle ou un siècle face à 26 000 siècles (pour la série, la plus courte) et 650 000 siècles (pour l’ère la plus courte) ? Alors, phénomène réel ou prétention humaine ?

Adopter un changement d’ère parce qu’un événement est planétaire et durable est-il une raison suffisante ? Si tel est le cas, alors il faudrait changer d’ère après certains gros tremblements de Terre puisqu’ils modifient la répartition des masses et donc l’axe de la figure de la Terre. Par exemple, le 11 mars 2011 un séisme d’intensité 9 s’est produit sur les côtes japonaises, suivi peu de temps après par un puissant tsunami. Ce séisme a aussi modifié la vitesse de rotation de notre planète sur son axe.

Carte des épicentres et de l’intensité des secousses du tremblement de terre de Sendai du 14 mars 2011. La taille des cercles est fonction de la magnitude, leur couleur indique la date : vert clair, 11.3.2011 ; jaune, 12.3.2011 ; orange, 13.3.2011 ; rouge 14.3.2011. Heinz-Josef Lücking/Wikipedia

Une équipe de chercheurs du Jet Propulsion Laboratory (JPL) de Pasadena en Californie a calculé l’incidence du séisme sur l’inclinaison de l’axe de la figure de la Terre, son axe de symétrie principale (autour duquel la masse terrestre est équilibrée, à ne pas confondre avec son axe de rotation imaginaire nord-sud). Les tremblements de terre ont en effet la particularité de modifier légèrement la répartition de la masse de notre planète selon leur puissance et leur localisation. Le phénomène avait déjà été observé suite au terrible tremblement de terre à Sumatra en décembre 2004.

Dans l’histoire de l’humanité sont distinguées diverses périodes telles le Néolithique, la Renaissance… Les critères utilisés pour cerner ces périodes varient, comme varient d’ailleurs leurs dates de début et de fin, selon les critères choisis. Les subdivisions de l’échelle des temps géologiques sont au contraire basées sur un certain nombre de critères précis. L’objectif est de réussir à dater. Pour l’Anthropocène, on connaît les dates des événements, à l’année près, parfois au jour près. Il n’y a donc aucune utilité à faire entrer cette période sur l’échelle des temps géologiques, comme cela a déjà été souligné dans plusieurs publications (Klein, 2015 ; Finney & Edwards, 2016).

La période Anthropocène est définie comme due à l’homme (mais pas à tous les hommes sur Terre), elle s’inscrit dans l’histoire de l’humanité, elle a sa place dans le calendrier de l’histoire humaine. Pourquoi vouloir en faire une ère géologique ? Ce serait à la fois inutile et inapproprié car elle n’en possède pas les caractères.