On compte plus de 100 000 chercheurs et 30 000 doctorants en Île-de-France. Shutterstock

Recherche en Île-de-France : le défi de la visibilité

En matière d’enseignement supérieur et de recherche, l’Île-de-France se présente comme un territoire de superlatifs et de records. S’y concentrent 150 000 personnels de recherche dont plus de 100 000 chercheurs, ce qui la positionne en tête du peloton des régions européennes.

Cette place de choix, elle la tient aussi pour la publication de brevets, tandis qu’elle se classe au troisième rang mondial pour la production scientifique. La relève y est assurée par plus de 30 000 doctorants, soit environ 40 % des effectifs de l’Hexagone, et environ 20 milliards sont investis chaque année en recherche et développement.

Bref, on peut assurer, sans vantardise aucune, qu’il s’agit d’un territoire hors normes. Toutefois, cette place est-elle correctement perçue par ses acteurs comme ses concurrents ? Si le potentiel est là, la reconnaissance n’est-elle pas encore en gestation ? Quand on parle d’innovation surgissent les noms de métropoles comme Shanghai, Pékin, Londres ou encore la Silicon Valley. Envisage-t-on l’Île-de-France sous le même angle ?

Densité de l’innovation

Derrière cette salve de chiffres se cache en fait un écosystème à la fois très dense et très complexe, qui brouille la lisibilité du territoire. Entre universités, écoles, organismes, équipes de recherche, RTRA, LAbex, Equipex, IRT, ITE, SATT, instituts Carnot, pôles de compétitivité et R&D d’entreprises, les intitulés et acronymes foisonnent, les organisations se multiplient. En 2017, on ne dénombrait pas moins de 1281 structures publiques de recherche (chiffres IAU 2017).

Tout cela concourt bien entendu à la considérable activité de la région et à son positionnement international, mais soulève des questions d’identité et de stratégie. Qu’entend-on vraiment par Île-de-France sur le plan géographique ? Quels sont ses domaines phares ? Qui sont les acteurs qui les portent ?

D’abord, il faut voir que la région est un territoire, composé lui-même de plusieurs territoires. Une double échelle importante à considérer. Car même les systèmes de recherche et développement, même les clusters internationaux les plus prestigieux, ont besoin de s’incarner géographiquement.

L’Île-de-France est une terre d’innovation qui a besoin plus que jamais de se révéler à travers des clusters bien identifiés autour d’une marque et d’une dynamique, comme sur le terrain. Ainsi, la région cherche de plus en plus à « donner à voir » la richesse et l’impact qu’elle représente autour de campus explicites qui se repèrent « de loin ».

« De loin » signifie tout autant depuis l’Europe, de l’Asie, de l’Amérique, que depuis les entreprises implantées en région, ou encore du point de vue des contribuables. Cela aussi est important, et ce notamment à l’heure où se prépare une grande loi de programmation pluri-annuelle de la recherche. Car le sentiment d’éloignement n’est pas fonction de la distance géographique à l’objet en question. Un manque de lisibilité freine l’accessibilité.

Nouvelles marques

On voit bien la limite de l’exercice qui consisterait à énumérer les 1 281 structures de recherche (et rien que pour le public) dès lors que votre interlocuteur vous demanderait qui sont les acteurs qui font la recherche et l’innovation de Île-de-France.

C’est la raison pour laquelle de nouvelles universités de dimension internationale émergent, porteuses de toute leur dynamique locale Sorbonne Université (issue de la fusion d’établissements en 2018) et Grands Établissements dits « expérimentaux » lancés en 2019 – Université de Paris, Institut Polytechnique de Paris, Université PSL, Université Paris-Saclay, Université Gustave Eiffel, CY Cergy Paris Université.

Les territoires s’organisent ainsi autour de nouvelles marques universitaires et de campus forts. Les acteurs, y compris publics et privés, se regroupent pour constituer l’équation gagnante : formation + recherche + innovation + territoire (ou campus) = marque universitaire forte, fédératrice, lisible et donc visible.

Fédérer tous ces outils mentionnés plus haut et incarner cela dans des territoires, voilà l’enjeu des grandes évolutions en cours. Ce mouvement structure petit à petit la région, pour en faire émerger une carte plus lisible de l’innovation, et ainsi gagner en impact au niveau mondial. La guerre des talents et des financements se joue là. Au-delà de la lisibilité de l’Île-de-France, c’est sa compétitivité qui est en jeu.


La Région Ile-de-France finance des projets de recherche relevant de Domaines d’intérêt majeur et s’engage à travers le dispositif Paris Région Phd pour le développement du doctorat et de la formation par la recherche en cofinançant 100 contrats doctoraux d’ici 2022. Pour en savoir plus, visitez iledefrance.fr/education-recherche.