Tomber en amour avec un robot, une réalité de moins en moins virtuelle !

Les développements des technologies comme la robotique et la réalité virtuelle ouvrent de nouvelles possibilités d'expériences sexuelles. Shutterstock

Tomber en amour avec un robot, une réalité de moins en moins virtuelle !

Le sexe tel que nous le connaissons est sur le point de changer.

Nous vivons déjà une nouvelle révolution sexuelle, grâce aux technologies qui ont transformé la façon dont nous sommes reliés les uns les autres dans nos rapports intimes. Mais nous croyons qu’une deuxième vague de technologies sexuelles commence à se manifester, et qu’elles transforment la façon dont certaines personnes perçoivent leur propre identité sexuelle.

Les gens que nous appelons «digisexuels» se tournent vers des technologies avancées, comme les robots, les environnements de réalité virtuelle (RV) et les dispositifs de rétroaction, connues sous le nom de télésexe, pour remplacer les partenaires humains.

Neil McArthur est coéditeur de Robot Sex: Social and Ethical Implications, publié en 2017 par MIT Press.

Définir la digisexualité

Dans notre recherche, nous donnons au terme digisexualité deux sens. Le premier, un sens plus large pour décrire l’utilisation de technologies avancées en matière de sexe et de relations. Les gens connaissent déjà ce que nous appelons les technologies de la première vague, qui sont les nombreuses choses que nous utilisons pour nous connecter avec notre partenaire actuel ou des partenaires potentiels. On se texte, on utilise Snapchat et Skype, et on se sert des applis sociales comme Tinder et Bumble pour faire de nouvelles rencontres.

Ces technologies ont été adoptées si largement, si rapidement, qu’il est facile d’oublier les répercussions profondes qu’elles ont eues sur nos vies intimes.

Il est fascinant d’étudier comment les gens utilisent la technologie dans leurs relations. Sans surprise, dans notre recherche nous avons déjà vu les gens manifester différentes formes d’attachement envers leur utilisation de la technologie. Comme dans leurs relations humaines, les gens ont des rapports avec leur technologie qui peuvent être sécurisants, anxieux, évitants ou une combinaison (souvent désorganisée) des trois.

Il y a un second sens, plus étroit, par lequel le terme digisexuels désigne les gens dont l’identité sexuelle est formée par ce qu’on appelle les technologies sexuelles de la deuxième vague.

Ces technologies se définissent par leur capacité d’offrir des expériences sexuelles qui sont intenses, immersives et non dépendantes d’un partenaire humain. Ce sont les robots sexuels de la technologie de deuxième vague que les gens connaissent le mieux. Ils n’existent pas encore, pas vraiment, mais on en parle beaucoup dans les médias et ils apparaissent souvent dans les films et à la télévision. Certaines entreprises ont préconçu des prototypes de robots sexuels, mais cela n’a rien à voir avec ce que la plupart des gens considèreraient être un robot sexuel acceptable. Ils sont de plus incroyablement repoussants.

Raffiner les robots sexuels

Il y a plusieurs entreprises, comme la compagnie Real Doll, qui travaillent au développement de robots sexuels réalistes. Mais il y a quelques obstacles techniques à surmonter. L’intelligence artificielle vraiment interactive progresse lentement, par exemple, et il s’avère difficile d’enseigner à marcher à un robot. Fait intéressant, certains inventeurs ont commencé à expérimenter des modèles de robots sexuels non anthropomorphiques innovateurs.

Entretemps, la RV évolue rapidement. Et dans l’industrie du sexe, la RV est déjà utilisée de diverses manières qui vont au-delà du visionnement passif de pornographie. Les univers virtuels immersifs et les environnements multijoueurs, souvent jumelés à des dispositifs de rétroaction haptique (soit le toucher), ont déjà été créés pour offrir des expériences sexuelles intenses que le monde réel ne pourrait jamais réaliser.

La journaliste d’enquête Emily Witt a écrit sur ses expériences avec certaines de ces technologies dans son livre de 2016, Future Sex: A New Kind of Free Love.

Sherry Turkle parle des artéfacts relationnels lors d’une conférence en 1999 à l’Université de Washington.

Il y a des preuves concluantes que les technologies de deuxième vague ont une incidence sur nos cerveaux qui est qualitativement différente de ce qui a précédé.

La professeure du MIT Sherry Turkle et d’autres ont effectué des études sur l’intensité du lien que les gens forment avec ce qu’elle appelle des « artéfacts relationnels » comme les robots. Elle les définit comme des objets inanimés qui sont, ou du moins paraissent être, suffisamment réceptifs que les gens conçoivent naturellement qu’ils ont une relation mutuelle avec eux. Les expériences immersives de RV offrent aussi un niveau d’intensité qui est qualitativement différent des autres sortes de médias.

Expériences immersives

Lors d’un exposé au Virtual Futures Forum en 2016, la chercheure en VR Sylvia Xueni Pan a expliqué la nature immersive de la technologie de RV. Elle crée ce qu’elle décrit comme l’illusion de placement et de plausibilité dans le cerveau humain.

En raison de son positionnement en temps réel, sa présentation en stéréo 3D et son champ de vision total, le cerveau de l’utilisateur en vient à croire que l’utilisateur est réellement présent. Comme elle dit : « Si les situations et les événements qui se déroulent en RV correspondent en fait à vos actes et vous concernent personnellement, vous réagissez alors à ces événements comme s’ils étaient réels. »

À mesure que de telles technologies de réalité virtuelle se développent, plus de gens les utiliseront pour des expériences sexuelles. Shutterstock

À mesure que ces technologies se développent, elles permettront des expériences sexuelles que plusieurs personnes trouveront aussi satisfaisantes, ou sinon plus dans certains cas, que celles avec des partenaires humains.

Nous croyons qu’au cours des décennies à venir, à mesure que ces technologies deviendront plus sophistiquées et plus répandues, il y aura un nombre croissant de personnes qui choisiront de rechercher des activités et des partenaires sexuels entièrement auprès d’agents artificiels ou dans des environnements virtuels.

De la même façon, nous verrons aussi l’émergence de cette nouvelle identité sexuelle que nous appelons digisexualité.

Sexualité and stigmatisation

Un digisexuel est une personne qui considère les technologies immersives comme les robots sexuels et la pornographie en réalité virtuelle comme partie intégrante de son expérience sexuelle et qui ne sent pas le besoin d’intimité physique avec un partenaire humain.

Les identités sexuelles marginales font presque invariablement l’objet de stigmatisation et il est déjà évident que les digisexuels ne feront pas exception. Le concept de digisexualité en tant qu’identité a déjà suscité de vives réactions négatives de la part de nombreux commentateurs dans les médias et en ligne.

Nous devons tirer des leçons des erreurs du passé. La société a stigmatisé les gais et lesbiennes, bisexuels, pansexuels, asexuels, les personnes consensuellement non monogames et les adeptes du bondage et discipline, domination et soumission, sado-masochisme (BDSM).

Et puis, avec le temps, nous avons graduellement appris à mieux accepter toutes ces diverses identités sexuelles. Nous devrions faire preuve de la même ouverture envers les digisexuels. À mesure que les technologies sexuelles immersives se répandent plus largement, nous devrions les aborder, ainsi que leurs utilisateurs, avec un esprit ouvert.

Nous ne savons pas où s’oriente la technologie, et il y a sûrement des sujets de préoccupation à discuter — comme les façons dont nos interactions avec la technologie pourraient façonner nos attitudes par rapport au consentement avec nos partenaires humains.

Notre recherche se penche sur un morceau déterminé du casse-tête : la question de savoir comment la technologie affecte la formation de l’identité sexuelle et comment les personnes ayant une identité sexuelle basée sur la technologie peuvent être l’objet de stigmatisation et de préjugés. Oui, il y a des dangers. Mais les cravaches et pagaies de fessée peuvent faire mal aussi.

This article was originally published in English