Trump Donald… ou Picsou ? Les marchés nous prennent-ils pour des « Mickey » ?

Andy S./Flickr

Vers le chaos ? Réaction court-termiste des marchés et logique financière

Dès l’annonce de l’élection de Donald Trump, les premiers regards des médias se sont tournés vers les bourses européennes et la crainte du chaos. À 9h30, en réaction instantanée à l’élection de Donald Trump le 9 novembre 2016, la bourse de Paris commençait à dévisser d’environ 3 % dès l’ouverture. Dès lors que Donald Trump prononça son 1er discours de « rassemblement, d’ouverture et de relance via une politique de grands travaux » (passant ainsi de Friedman à Keynes en une seconde), le CAC 40 revenait à environ 1 % de baisse. Le marché se crispait en attendant l’ouverture de Wall Street à 15h30 heure française.

Pendant ce temps, le peso mexicain se prenait « le mur » (non encore construit) et chutait à son plus bas historique, les marchés asiatiques (Chine, Inde, Japon) s’emballaient et reculait à vitesse grand V. Il est certain que lorsqu’un candidat annonce durant sa campagne un « Brexit puissance trois » et prône une politique ultra-sécuritaire et protectionniste, il est difficile pour un pro-TAFTA et pour un économiste de marché de s’en faire un ami…

Cette tendance à l’ultra-court-termisme a tendance à inonder tel un raz de marée les décisions financières. Les marchés sont un monde à part, décorrélé du monde réel, où l’électronique et la rationalité régissent les échanges et les réactions. Ainsi, pour se faire une idée sur la question, il est intéressant de dissocier la vision court terme et long terme.

Dans une logique court terme, l’effet rumeur l’emporte et les agents reproduisent des modes moutonniers qui ne permet pas de comprendre la réelle situation économique qui pourra découler de cette élection. Dans une logique long terme, les enjeux macro-économiques et géopolitiques peuvent reprendre le dessus et atténuer l’émotionnel des décisions financières.

La seule préoccupation d’un investisseur est alors de sécuriser ses actifs et donc d’anticiper une chute de cours afin de ne pas voir les portefeuilles se dévaloriser. La logique fondamentale et les objectifs économiques sur lesquels doivent se baser un investissement n’ont alors plus lieu d’être, seul l’aspect boursier prime.

La probabilité de voir Trump s’opposer à l’ensemble du reste du monde d’un point de vue économique est « non nulle ». Mais il y trouvera des difficultés majeures notamment sur ce qui fait la fierté des États-Unis et dans le même temps sa force économique : le dollar. À force de trop jouer avec les nerfs de la Chine, celle-ci pourrait jouer un rôle d’arbitre majeur en décidant de liquider ses réserves de dollar qui pourrait générer inflation, dette et donc fuite des capitaux…

L’exemple récent du Brexit

Avant l’annonce des résultats sur le référendum Brexit, la majorité des investisseurs ne croyaient pas à une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Le choc a été rude lors du verdict et les marchés se sont réveillés groggy, n’ayant pas anticipé le scénario d’une sortie. Les marchés ont réagi instinctivement et la bourse de Londres chutait de 3,15 % le 24 juin 2016. Le 9 novembre, jour de l’élection de Donald Trump, l’indice FTSE de la bourse de Londres s’élève à plus de 6 850 points, soit plus de 11 % par rapport au niveau affiché le jour de l’annonce du Brexit.

Les négociations autour de l’optimisation des conditions de sortie du Royaume-Uni de l’UE a permis au marché de se refaire une santé, sachant que les causes de ce rebondissement se trouvent certainement aussi dans la capacité des agents à réfléchir « hors de l’économie réelle » et donc trouver les investissements les plus rentables à très court terme (n’oublions que la durée de détention moyenne d’une action est aujourd’hui d’environ 22 secondes contre plusieurs années dans les années 1960).

La surconfiance des marchés fait qu’en cas de résultat ou scénario contraire à celui prévu, la réaction de peur et de panique est immédiate, totalement décorrélée des enjeux long termes. Ainsi, l’objectif de l’homme politique est aujourd’hui de rassurer les marchés et éviter le chaos financier. Ainsi, le moindre discours politicien est stratégiquement orienté sur une réaction des marchés, scrutant en même temps que le prompteur les courbes des places boursières qui dictent les mots et donc les actes.

En cela, le premier discours d’apaisement et de rassemblement de Donald Trump avait-il pour objectif de calmer les marchés avant l’ouverture et donc éviter de faire sombrer le pays dans le chaos financier tout de suite ? À 16h, l’ouverture de Wall Street s’annonçait bien moins pire qu’avaient pu le prévoir les analystes avant les élections, atteignant même son plus haut le lendemain de l’élection et se réjouissant presque de la défaite d’Hillary Clinton qui aurait certainement décidé « de remonter les taux de la FED » (alors qu’elle était soi-disant la candidate favorite de Wall Street et que cette décision déjà connue aurait du faire réagir les marchés avant l’élection…). La volatilité ne s’applique pas qu’aux courbes boursières…

La remise en cause réelle du TAFTA ?

Doit-on penser que le discours de campagne de Trump sera appliqué à la lettre ? Si tel était le cas, alors les États-Unis, pays phare de la mondialisation, vont se réfugier dans une politique protectionniste qui va certainement affoler les acteurs économiques et au final sonner le glas de la vision libérale « Thatcher/Reagan » mise en place il y a plus de 30 ans. Le dommage collatéral pourrait être le traité transatlantique de libre-échange (TAFTA ou Trans-Atlantic Free Trade Agreement) discuté et négocié depuis des mois entre l’UE et les États-Unis. Les marchés, qui craignent ce revirement vont-ils céder à la panique en cas de décision qui irait contre leurs intérêts ? L’incertitude est totale, mais la crainte d’une contagion mondiale nourrit le risque et peut influencer le discours politique.

Ainsi, dans son premier discours suivant son élection, Donald Trump s’est engagé « à entretenir des bonnes relations avec les autres pays », tout en précisant : « Nous nous entendrons avec tous les autres pays qui ont la volonté de s’entendre avec nous »… Difficile d’y voir clair dans le discours d’une personne qui a démontré sa capacité à maîtriser tous les codes de la communication et à remplir l’espace médiatique. Braquer toutes les lumières sur soi et détourner l’attention est la meilleure stratégie pour permettre aux décisions de se prendre dans l’ombre.

Au pays de l’Entertainment, Donald est roi. Pendant ce temps-là, les enjeux géopolitiques et les logiques de marchés vont certainement comme dans le cadre du Brexit passer par là et il faudra encore patienter pour identifier Donald Trump comme le superhéros sauveur de l’économie américaine…

Donald, Picsou ou Mickey ?

Au final, ce n’est pas tant l’élection de Donald Trump, mais l’individualisme, le rejet, la précarisation et l’incapacité à s’ouvrir en conscience dans lesquels nos populations sont plongées qui fait froid dans le dos. L’élection de Trump n’est qu’une conséquence d’une société dépourvue de repères et en quête d’identité, qui ne se reconnaît plus dans l’économie de marché ultra-libérale globalisée. Les signaux étaient pourtant évidents depuis longtemps, mais cela n’a pas empêché la colère de monter. Le fossé des inégalités s’est creusé sans que les politiques ne s’attellent au problème, soit par manque d’intérêt, soit par résignation… Le Brexit avait pourtant sonné comme un avertissement.

L’élection de Trump amorce-t-elle une série de répliques pouvant amener jusqu’au « big one » ? Arrive-t-on donc au bout du libéralisme économique ? Rappelons simplement que Donald Trump est un pur produit du système financier Wall Street, magnat milliardaire qui s’est construit sur une croissance libérale, justifiant d’avoir eu recours à la main d’œuvre chinoise parce qu’il n’avait pas les ressources aux États-Unis (et qu’il aurait recours à cette main d’œuvre si les conditions lui permettaient).

Au pays de Disney, Donald le Picsou nous prendrait-il pour des « Mickey » en appliquant à long terme une stratégie politique Wall Street ? La main invisible n’a pas encore dit son dernier mot… Aux dernières nouvelles, le secrétaire au Trésor pressenti pour le futur gouvernement Trump serait Steven Mnuchin, ancien de Goldman Sachs…

Même si l’hégémonie des marchés existe, elle a certainement une durée de vie limitée. La question de la recherche identitaire posée par les populations rejetées crée une vague de contestation sans précédent qui peut faire chanceler le pouvoir tout puissant de la Finance. Il faudra par contre que cette recherche identitaire se transforme rapidement en recherche de construit social pour transformer le plomb en or…