Vidéo : L'entrepreneur et ses motivations

Cet article reprend l’intervention d’Inès Gabarret, Docteur en Sciences de gestion, en poste sur le campus de l’Essca Paris, dans le cadre de la conférence FNEGE -Fondation MMA « Moi entrepreneur·e : Comment agir et penser en même temps ? » du 29 novembre 2018.


La motivation peut être définie comme une énergie qui conduit à l’action. Elle a été beaucoup étudiée dans le cadre de la gestion des ressources humaines, d’une manière très rapprochée du concept de satisfaction. Il y a une identification subtile entre les concepts de motivation et de satisfaction au travail. La motivation a été aussi considérée comme étant extrinsèque, si elle répond à un stimulus externe, par exemple la récompense qui suit à un comportement déterminé, ou intrinsèque, dans le cas d’une recherche d’intérêt personnel.

Dans la littérature en entrepreneuriat, l’étude de la motivation suit une approche principalement économique. Les économistes se demandent pourquoi un individu va créer une entreprise au lieu de trouver un emploi ? Et la réponse proposée nous mène vers le modèle push/pull, qui nous dit qu’un individu est, soit poussé vers l’entrepreneuriat par un manque d’emploi ; soit il est attiré vers l’entrepreneuriat par la découverte d’une opportunité d’affaires. Cette approche a été complétée avec des facteurs non économiques pour arriver à une classification des entrepreneurs en deux groupes : ceux par nécessité, qui vont vers l’entrepreneuriat par un manque d’emploi ou une insatisfaction dans leur travail, et ceux par opportunité qui vont créer parce qu’ils ont découvert une opportunité d’affaires ou par un désir d’indépendance.

L’approche nécessité/opportunité est largement développée dans les études de motivation entrepreneuriale aujourd’hui. Des recherches ont essayé de montrer des résultats différents des entreprises créées dans un cas ou dans un autre. Par exemple, les entrepreneurs par nécessité sont censés créer des entreprises de moindre croissance et avec peu de création d’emploi, par rapport aux entrepreneurs par opportunité.

Néanmoins, l’entrepreneuriat est devenu, aujourd’hui, une perspective professionnelle pour une diversité d’individus qui va au-delà de l’âge, du genre, et de l’intérêt purement économique des créateurs. Face à la pluralité de profils d’entrepreneurs, nous nous sommes questionnés sur la capacité explicative de l’approche nécessité/opportunité.

Des études menées sur des populations diverses d’entrepreneurs (des jeunes étudiants, des femmes, des entrepreneurs sociaux) nous ont permis d’établir des propositions qui vont servir à améliorer l’interprétation et la compréhension de la motivation entrepreneuriale. Premièrement, la motivation se révèle comme un construit complexe et évolutif. Elle va pouvoir être expliquée par des combinaisons de facteurs internes et externes, économiques et non économiques, qui seront particulières à chaque individu. Une nouvelle grille de lecture est proposée pour comprendre la motivation dans laquelle les individus peuvent choisir les combinaisons de facteurs économiques et non économiques qui mieux les représentent.

Notre réflexion nous mène aussi à penser qu’il est réducteur d’interpréter la motivation entrepreneuriale uniquement au travers des facteurs déclencheurs de la création d’entreprise à un moment déterminé. Si la motivation est considérée, par définition, comme une énergie qui conduit à l’action, il est plus intéressant de l’analyser comme un processus et non comme un antécédent. Elle doit être présente de manière constante afin de permettre à l’entrepreneur de mener à bien son projet d’entreprise. Elle change et se transforme avec le temps et les rencontres permettant à l’entrepreneur de connecter sa pensée et ses émotions avec son action de manière itérative et constante.

Le processus motivationnel semble ainsi se renouveler après chaque problème ou échec, et de cette manière, il serait lié au processus de résilience. La résilience est la capacité de récupération face à une adversité. En entrepreneuriat, la résilience a majoritairement été étudiée dans le cas des entrepreneurs en série qui créent une nouvelle entreprise après l’échec de la précédente. Elle est étudiée seulement à la fin du processus, pendant que la motivation est étudiée seulement au début. Cependant, l’entrepreneur va se heurter à des problèmes tout au long de son processus de création. Les imprévus et les aléas rencontrés vont affecter ses états émotionnels, pouvant affaiblir sa motivation et une perte de motivation peut être une cause d’échec entrepreneurial. La relation entre la résilience et la motivation devrait alors être étudiée tout au long de la création et du développement de l’entreprise afin de permettre à l’entrepreneur de se relever toutes les fois qui soient nécessaires pour aboutir à un projet réussi.