Moustique Culex, vecteur viral. francok35/Pixabay

Virus West Nile et Usutu : vont-ils s'enraciner en France ?

Des cadavres d’oiseaux morts repérés à différents endroits du territoire, voilà qui signale, pour les spécialistes des virus, l’émergence ou la réémergence d’une pathologie infectieuse susceptible d’infecter l’homme. C’est ce qui s’est passé à l’été 2018 avec deux virus, Usutu et West Nile, et risque de se reproduire dans les années à venir. Ces deux pathogènes ont des cycles biologiques voisins mais leur virulence est différente sur les organismes qu’ils infectent.

Usutu et West Nile sont des virus responsables de maladies dites à vecteur : les moustiques du genre Culex (le moustique commun) les transmettent par piqûres. Leurs cycles de vie passent par les oiseaux, qui font office d’organismes réservoirs. Le cheval et l’homme sont des hôtes très sensibles à l’infection par le virus West Nile et peuvent développer une méningo-encéphalite sévère (dans moins d’un cas sur 10 chez le cheval et environ un cas sur 140 chez l’humain). Pour le virus Usutu, l’infection passe généralement inaperçue chez l’homme mais quelques cas d’infections neurologiques, principalement chez des patients aux défenses immunitaires fragilisées ont été décrits en Italie, en France et en Croatie. Aucun cas d’encéphalite à virus Usutu n’a pour l’instant été documenté chez le cheval.

Cycle de transmission du virus West Nile et Usutu. Auteure, Author provided

La présence du virus West Nile en Europe est ancienne : des cas équins et humains ont été décrits en France, en Camargue, dans les années 1960. La circulation du virus Usutu est plus récente, avec un premier virus isolé en Autriche en 2001 à la suite d’un épisode de fortes mortalités de merles à Vienne. Les premières mortalités d’oiseaux dues à ce virus en France ont été détectées à partir de 2015.

Mortalités d’oiseaux sauvages

Les oiseaux sont le plus souvent des porteurs asymptomatiques du virus West Nile. Le plus souvent, mais pas tout le temps : certaines souches sont très virulentes pour les oiseaux. Quelques-unes de celles appartenant à la lignée 1 (les lignées 1 et 2 sont pathogènes pour l’homme et le cheval) ont été associées à des mortalités massives d’oiseaux sauvages (des cigognes blanches et des oies notamment) et de jardin (corbeaux, pies, moineaux…) en Israël et aux États-Unis. Les souches de lignée 1 qui circulent en Europe sont peu virulentes pour les oiseaux mais des souches de lignée 2, présentes sur notre continent depuis 2004, sont responsables de mortalités de rapaces.

Le virus Usutu est quant à lui responsable de mortalités importantes et groupées chez les oiseaux sauvages et captif. C’est le cas en particulier chez les merles noirs, l’étourneau sansonnet ou encore chez les rapaces nocturnes comme les chouettes. En revanche, les volailles domestiques semblent résistantes à l’infection.

Intéressons-nous maintenant à l’été 2018, une période qui a enregistré une forte circulation des virus West Nile et Usutu, en France, mais aussi en Europe. Tout débute fin juillet, conjointement dans l’ouest de la France, Paris et en Haute Vienne. Le virus Usutu est montré responsable d’une forte mortalité de merles prélevés sur le terrain par le réseau SAGIR et de chouettes dans les parcs zoologiques. Le pic de mortalité est atteint fin août avec 18 cadavres positifs à Usutu prélevés en une semaine et analysés à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Les oiseaux infectés présentaient des troubles nerveux centraux tels qu’une désorientation et une prostration et mouraient généralement en quelques jours. Des cadavres d’oiseaux morts d’Usutu ont été ramassés dans 46 départements cette année.

Départements avec détection de virus West Nile (Jaune) et Usutu (rouge) en 2018. Auteure, Author provided

Le virus West Nile a, quant à lui, circulé exclusivement dans le sud de la France à la même période. Des analyses moléculaires réalisées à l’Anses ont permis de détecter ce virus dans l’encéphale de quatre rapaces, deux buses et un autour des palombes dans les Alpes-Maritimes ainsi qu’un hibou en Corse. Ces oiseaux présentaient des troubles neurologiques et ont été collectés par le réseau SAGIR. Le virus West Nile a sûrement été introduit par le biais de la migration d’oiseaux sauvages en provenance d’Italie.

Le virus West Nile a également occasionné des infections d’humains et de chevaux. L’alerte a été donnée à la Direction générale de la santé le 31 juillet 2018 d’une suspicion d’infection humaine à ce virus. Suite à ce premier cas, 27 cas d’infection, dont 7 formes neuro-invasives, ont été identifiées chez des humains sur le pourtour méditerranéen français avec en particulier 21 cas localisés dans les Alpes-Maritimes.

Par ailleurs, 13 cas d’infections neurologiques à virus West Nile chez les chevaux ont été comptabilisés dans 3 départements du sud de la France (7 dans le Gard, 1 dans les Bouches-du-Rhône et 5 en Haute Corse) entraînant la mort de 15 % des animaux infectés. La localisation en zone urbaine pour la majorité des cas humains peut expliquer l’absence de cas équins répertoriés dans les Alpes maritimes.

En revanche, aucun symptôme neurologique n’a été attribué au virus Usutu chez les chevaux et/ou chez l’homme.

Augmentation des infections

L’année 2018 a donc été propice à la circulation de virus transmis par les moustiques. La France a fait face à une augmentation très significative du nombre d’infections dues au virus West Nile chez l’homme, sûrement corrélée à la migration d’oiseaux infectés en provenance d’Italie. Notre pays n’est pas un cas isolé car toute l’Europe a vu une recrudescence du nombre de cas dus au virus West Nile. Les données du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies font en effet état de 7,2 fois plus d’infections humaines au virus West Nile en 2018 par rapport à l’année 2017. En outre, 140 décès sont à déplorer au sein de l’Union européenne.

Le virus Usutu est un virus moins surveillé que le virus West Nile car il représente pour l’instant essentiellement un problème vétérinaire avec un impact sur les oiseaux sauvages et captifs. Il a été majeur en 2018 : explosion de cette épizootie en France avec une extension de sa circulation à tout le territoire. Des mortalités massives de merles ont été observées dans d’autres pays voisins comme la Belgique, l’Allemagne, la Suisse et les Pays-Bas.

Il est difficile de ne pas voir dans le réchauffement climatique la cause de l’augmentation des maladies vectorielles dans les pays tempérés. Il est ainsi à craindre que l’année 2018 ne soit que le prélude à une augmentation du nombre de cas au fil des années et à un enracinement de ces deux virus sur notre territoire. La découverte cette année, pour la première fois en Allemagne, d’infections à virus West Nile dans l’avifaune et chez les chevaux, corrobore cette hypothèse.