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Banques : les principaux actionnaires ont tout intérêt à intégrer des administrateurs minoritaires

Le pouvoir des principaux actionnaires et la composition du conseil d’administration restent inextricablement liés dans les banques. Shutterstock

Les banques européennes se caractérisent par une structure actionnariale concentrée qui peut interroger sur leur performance. En effet, avec un actionnariat concentré, les principaux détenteurs du capital pourraient avoir de fortes incitations à exproprier les actionnaires minoritaires au profit de leurs propres intérêts.

Or, de nombreuses études montrent que le comportement d’expropriation de la part des principaux actionnaires pourrait réduire la valorisation de marché des firmes, surtout dans les pays ayant une faible protection des actionnaires.

Un signal aux investisseurs

Le comportement d’expropriation engendre pourtant un coût potentiellement important pour les principaux actionnaires (plutôt que pour les actionnaires minoritaires), puisqu’ils doivent en supporter les conséquences, avec notamment une hausse du coût de financement externe qu’ils sont moins nombreux à assurer.

Les principaux actionnaires ont donc intérêt à mettre en place des mécanismes de gouvernance indiquant qu’ils ne s’engageront pas dans un comportement opportuniste d’expropriation. Un de ces mécanismes est de favoriser la présence au conseil d’administration de membres qui sont nommés/liés à des actionnaires minoritaires, dits « administrateurs minoritaires ».

Le rôle de surveillance du conseil d’administration reste en effet essentiel pour réduire les conflits d’agence entre les parties prenantes et limiter les prises de risque excessives pouvant mettre les banques en difficultés financières. Au sein des banques, ces « administrateurs minoritaires »peuvent donc défendre les intérêts des actionnaires minoritaires et envoyer ainsi un signal de non-expropriation aux investisseurs extérieurs.

Dans une récente analyse empirique sur un échantillon de banques européennes avec un actionnariat concentré sur la période 2011-2017, nous avons identifié les facteurs qui peuvent inciter une banque avec un actionnariat concentré à intégrer des administrateurs minoritaires dans leur conseil d’administration.

Un meilleur niveau de protection

Tout d’abord, nous mettons en évidence que, plus les principaux actionnaires ont un pouvoir décisionnaire important, plus la proportion d’administrateurs minoritaires augmente dans le conseil d’administration.

Ces résultats indiquent que les principaux actionnaires pourraient favoriser la présence d’administrateurs minoritaires dans le conseil d’administration pour justement signaler aux investisseurs un comportement de non-expropriation, conformément aux conclusions des travaux de recherche évoqués plus haut. D’ailleurs, plus la banque se montre opaque dans ses pratiques (sur ses états financiers par exemple), plus la proportion d’administrateurs minoritaires est importante.

Nous mettons finalement en évidence que plus le niveau de protection des actionnaires minoritaires est élevé, et plus la proportion d’administrateurs minoritaires augmente lorsque les principaux actionnaires ont un pouvoir de contrôle plus important. Autrement dit, les principaux actionnaires augmentent plus significativement la présence d’administrateurs minoritaires dans les pays où le niveau de protection des actionnaires est élevé.

Au bilan, il ressort donc que le pouvoir des principaux actionnaires et la composition du conseil d’administration restent inextricablement liés. Ces résultats suggèrent enfin aux décideurs politiques des pistes en termes de réglementation bancaire pour réduire la défaillance des mécanismes internes de gouvernance des banques, qui fut l’un des facteurs qui ont conduit à la crise financière de 2007-2008.


Cette contribution s’appuie sur l’article « Les déterminants de la présence d’administrateurs minoritaires dans les banques avec un actionnariat concentré » paru dans la Revue économique (Presses de Sciences Po, 2020).

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