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Des femmes en bikinis jouent au volleyball de plage
La Hongrie contre la Norvège, à Zagreb, en Croatie, aux Championnats d’Europe de handball de plage. Shutterstock

Ça suffit les bikinis ! Les uniformes sportifs féminins doivent arriver au 21ᵉ siècle

Imaginez que votre enfant tombe amoureux d’un sport. Imaginez que l’enfant se réjouisse d’un bon tir, rayonne de joie lors d’une victoire en compétition. Imaginez maintenant son visage lorsque quelqu’un lui annonce que pour participer à une compétition, il lui faudra porter une culotte de bikini dont le côté ne doit pas faire plus de 9,9 centimètres.

Bienvenue dans les sports au féminin.

Le sexisme est un problème répandu en ce qui a trait à l’habillement des femmes, et le machisme est par ailleurs très présent dans les sports.

Ce phénomène a été mis en évidence récemment lorsque la Fédération internationale de handball a été appelée à modifier les directives relatives aux uniformes des athlètes. Ses règles stipulaient que les joueuses de handball de plage devaient porter « des bas de bikini qui sont […] ajustés et échancrés », en précisant explicitement que « les côtés doivent mesurer au maximum 10 centimètres. »

Après une protestation de l’équipe nationale de Norvège, des mois de pression et une pétition en ligne, la fédération a finalement accepté de modifier ses directives en matière d’uniformes.

Le règlement révisé exigera que les athlètes féminines portent un « short court et ajusté ».

Les défis de la participation des femmes dans les sports

Ce progrès est une bonne chose, mais il convient de souligner que la politique en matière d’uniformes pour les hommes de la Fédération de handball demande simplement que les shorts ne soient « pas trop amples ». Si les hommes peuvent réaliser des performances sportives optimales en portant un uniforme « pas trop ample », pourquoi les femmes ne bénéficient-elles pas de la même souplesse ?

Les femmes et les filles sont confrontées à de nombreux défis en matière de participation à des sports. L’un de ces défis est qu’au moment où les filles entrent dans l’adolescence, leur taux d’abandon des sports est nettement plus élevé que celui des garçons.

Selon les recherches, il existe une disparité étonnante de 27 points entre les niveaux de confiance de chaque sexe à l’adolescence, au moment où apparaissent la tendance à la suranalyse, le désir de plaire et le perfectionnisme.

Vous êtes-vous déjà demandé combien de filles laissent tomber le sport parce qu’elles ne se sentent pas à l’aise de porter les tenues recommandées ? C’est un phénomène réel. Il est temps de repenser les normes relatives aux uniformes dans le sport et de concevoir des tenues qui permettent aux femmes et aux filles de participer aux compétitions en toute confiance.

La génération Z débarque

La génération Z est en train de transformer la façon dont on pratique les sports. Comme cela a été le cas avec l’équipe norvégienne, la nouvelle génération d’athlètes n’a pas peur de dénoncer les injustices qu’elle remarque. Les jeunes savent se servir des médias sociaux comme d’un mégaphone et valorisent la diversité et l’inclusion.

Leur vision ne fait pas forcément bon ménage avec les tenues sportives traditionnelles, qui sont souvent conçues pour souligner une féminité occidentale idéalisée.

Dans un monde qui change rapidement, les sports qui ne tiennent pas compte de la diversité croissante de notre société, de l’évolution des psychologies sociales et de reconsidérations culturelles plus larges ne perdront pas seulement leur crédibilité, mais aussi les personnes qui les pratiquent.

Les organisations sportives doivent s’ouvrir à la diversité et travailler avec les marques pour créer des vêtements qui tiennent compte de toutes les formes, tailles et origines, offrant ainsi aux athlètes des tenues qui répondent à leurs besoins.

Des hommes portant des vêtements oranges jouent au volleyball de plage
Les uniformes de handball de plage pour hommes couvrent beaucoup plus le corps. (Shutterstock)

Quand on se sent bien, on joue bien

La science corrobore l’idée que lorsqu’on se sent bien, on joue bien. Et cela pourrait changer notre approche des vêtements de sport pour femmes.

La notion de cognition vestimentaire (enclothed cognition) a été inventée par Hajo Adam, psychologue du travail, et Adam Galinsky, psychosociologue. Elle sert à décrire la manière dont les vêtements influencent la perception de soi. Les travaux d’Adam et de Galinsky ont saisi ce phénomène dans une expérience en trois parties où une blouse blanche était présentée aux participants avec différentes informations.

Dans une des phases de l’expérience, les personnes qui portaient ou croyaient porter un sarrau de médecin ont effectué des tests d’agilité mentale avec moins d’erreurs que celles qui portaient ou croyaient porter un sarrau de peintre. Elles ont également obtenu de meilleurs résultats que les participants portant des vêtements ordinaires. Les chercheurs ont conclu que « il semble y avoir quelque chose de spécial dans l’expérience physique du port d’un vêtement. »

Dans cette optique, réinventer les tenues de sport pour les femmes et les jeunes filles pourrait être révolutionnaire pour leur expérience psychologique et comportementale. Cela pourrait influencer leur sentiment d’appartenance, leur attitude, leur humeur et leurs performances.

La sexualité ne fait pas vendre

Des études ont confirmé à maintes reprises que la sexualité ne faisait pas « vendre ». C’est le talent qui fait vendre.

Les athlètes de handball norvégiennes ont fait remarquer que leurs bas de bikini très courts les mettaient mal à l’aise et les réduisaient au statut d’objet. Elles ont également exprimé leur crainte que le port de l’uniforme ne détourne de jeunes athlètes de leur sport.

En soulignant les normes sexistes intégrées dans les uniformes sportifs féminins, les chercheuses Sarah Zipp et Sasha Sutherland ont observé que les uniformes sont souvent moins axés sur la performance et plutôt destinés à satisfaire le « regard des hommes ».

Cela a pour effet malheureux de prioriser injustement l’attrait esthétique des femmes plutôt que leur talent sportif. Cette approche superficielle néglige complètement la multiplicité des types de corps et des nuances culturelles. Elle est de plus totalement arbitraire.

Des femmes portant des bikinis en action
Les uniformes féminins donnent souvent la priorité à l’aspect esthétique plutôt qu’au talent des femmes. (Shutterstock)

Le sport est important. Il peut aider les filles à rester en santé et à avoir confiance en elles, et il permet d’acquérir un large éventail de compétences générales, comme la détermination et l’éthique du travail.

Ernst&Young a constaté que 94 % des femmes cadres déclaraient faire du sport – ce qui signifie que les filles qui font du sport ont plus de chances de devenir des femmes qui dirigent.

On peut croire que le style et la coupe des vêtements de sport n’est qu’un détail sans importance, mais si ce n’était pas le cas ? Laissons les femmes et les jeunes filles s’habiller selon le rôle qu’elles veulent jouer dans le sport féminin. Et lorsque des politiques dépassées font obstacle, il ne faut pas avoir peur de s’inspirer de l’équipe de Norvège et de se lever en disant : « Ça suffit ! »

This article was originally published in English

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