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Vue aérienne d'Abidjan
Une vue aéreinne d'Abidjan, la capitale économique de la Côte d'Ivoire, le 9 janvier 2024. Abidjan est l'une des villes qui accueillent la CAN 2023. Photo par Han Xu/Xinhua via Getty Images

CAN de football : comment l’économie du pays organisateur peut en profiter

Malgré l’incertitude concernant les possibles retombées macro-économiques d’une compétition sportive continentale, les pays organisateurs doivent réaliser d’importants investissements infrastructurels - des stades aux réseaux de transport, en passant par les les hôpitaux, les moyens de télécommunication, etc. La réalisation de telles actions invite à s'interroger sur leur efficacité.

La mise en oeuvre de ces investissements remet au goût du jour le débat sur l’opportunité de la dépense publique et les retombées attendues d'une compétition comme la Coupe d'Afrique des nations (CAN) de football pour le pays organisateur.

Après la CAN 2021 de football au Cameroun, celle en cours en Côte d’Ivoire donne l’occasion de présenter de manière prospective quelques retombées espérées par le pays organisateur.

Chercheur en management et économie et du sport, je vais évoquer ici des exemples clés qui illustrent l’opportunité, pour un pays organisateur, de consacrer d’importants moyens financiers à la préparation d’une compétition comme la CAN. Parmi ces opportunités : les infrastructures pour les championnats locaux, la professionnalisation des clubs, les contrats juteux pour les entreprises et la promotion du tourisme.

Les infrastructures pour les championnats locaux

La préparation aux compétitions sportives nécessite la construction d’infrastructures générales et sportives. Dans les pays en voie de développement, comme c’est le cas dans la majorité des États africains, la quasi-totalité des clubs ne peut aisément construire des équipements dignes de ce nom. L’État joue donc ce rôle à deux niveaux : au niveau général (routes, transport, énergie, communication, touristiques, etc.), et au niveau sportif (stades, etc.).

Ces infrastructures peuvent rendre le pays attractif et renforcer son image de marque par l’amélioration de la qualité de vie des citoyens. De plus, la CAN donne l'occasion d'améliorer les équipements déjà existants, lesquels sont généralement rénovés pour la circonstance. Ce fut, par exemple, le cas au Cameroun avec la construction des stades d’Olembe à Yaoundé (60 000 places) et de Japoma à Douala (50 000 places), et de nouvelles routes et la rénovation des aéroports en prélude à la CAN 2021.

En Côte d’Ivoire, le stade olympique Alassane Ouattara d’Ebimpé, d'une capacité de 60 000 places et situé au nord d'Abidjan a été construit pour l'occasion. Il est devenu le deuxième stade le plus grand du pays.

Un peu plus de 218 milliards FCFA pour Olémbé et 160 milliards FCFA (349 millions USD) pour Japoma ont été mobilisés pour la construction des ces infrastructures. Quant au stade d'Ebimpé, son coût est estimé à près de 90 milliards de francs (148 millions USD).

Les disparités entre ces coûts, pour des stades de dimensions identiques, amènent à questionner leur opportunité au Cameroun par rapport à la Côte d'Ivoire. Leurs impacts sur le budget des États sont importants au vu des priorités du moment qui sont l'énergie, l'eau et l'accès aux soins de santé.

Le débat sur l'opportunité de ces dépenses est vif au sein de la société civile, des ONG et des partis politiques. Alors que certains y voient une opportunité de relancer les économies, d'autres avancent des dépenses inopportunes et non performantes. Certains observateurs y voient des poches de détournement créées à travers les emprunts colossaux contractés par les Etats pour ces travaux, mais qui seront remboursés par les futures générations.

La professionnalisation des championnats

L’accueil d’une compétition comme la CAN peut créer une émulation qui accélère la professionnalisation des championnats de football du pays organisateur. Cette professionnalisation répond à une instruction de la Confédération africaine de football (CAF) et de la FIFA. Mais l’accueil des compétitions internationales peut également jouer un rôle d’accélération dans ce sens.

C’est par exemple le cas de plusieurs pays qui ont accueilli la CAN ces dix dernières années, et qui ont vu le développement de leurs compétitions locales s’accélérer juste après. Au Cameroun par exemple, l’effervescence autour de la CAN 2021 est palpable. Elle a un impact direct sur les championnats locaux, à commencer par les infrastructures dans lesquelles se disputent les matchs.

La Fédération camerounaise de football a décidé d'augmenter les subventions allouées aux clubs et de primer les meilleurs de la saison comme cela se passe partout en Europe. Des indemnités de transfert sont désormais versées par les clubs professionnels aux clubs amateurs, avec des quotas minimum. Chaque club a l'obligation d'avoir des équipes dans toutes les catégories et de créer des équipes féminines.


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Les Awards du football camerounais, dont la deuxième édition s'est tenue en 2023, désignent les meilleurs joueurs de la saison. Ils se déroulent désormais chaque année. Cet événement permet aux joueurs de se sentir pris en compte, accroît leur motivation et développe en eux une remise en question permanente qui est une clé pour le professionnalisme du sport.

Des contrats pour les entreprises

Des stades aux routes, en passant par les hôpitaux et les hôtels, les travaux préparatifs d’une compétition sportive comme la CAN sont menés par l’État. À ce titre, l’attribution de ces travaux aux entreprises se fait sous forme de marchés publics qui peuvent être confiés à des entreprises publiques ou privées, nationales ou internationales implantées localement.

Malgré les difficultés observées dans le suivi d’importants projets en Afrique (de 163 à 218 milliards de dépenses pour le stade d'Olembe, et de 140 à près de 200 milliards pour celui de Japoma, et des délais d'exécution largement supérieurs aux prévisions), les ressources que procurent ces marchés donnent à ces entreprises d’importants moyens financiers pour faire face à leurs dépenses. Grâce à ces contrats, les entreprises adjudicataires offrent de nouveaux emplois aux populations qu'elles rémunèrent avec ces fonds supplémentaires.

À titre d’exemple, la construction des stades de San Pedro et de Korhogo, en Côte d'Ivoire, a été attribuée à des compagnies chinoises, juxtaposées à des groupes locaux. L’Ivoirien PFO Africa a obtenu un contrat dans l’amélioration du réseau routier, et une filiale du Français Vinci, s’est vu attribuer la construction du stade de Yamoussoukro.

Pour ce qui est de la communication, la restauration et l’organisation des « fan zones », les contrats ont été attribués au Nigérian Insight Redefini et au Français Publicis.

Selon le cabnet Roland Berger, lors de l'édition 2019 de la CAN à laquelle 24 nations ont pris part pour la première fois, la prime de victoire finale est passée de 3,5 millions de dollars (2017, victoire du Cameroun) à 4,5 millions de dollars (2019, victoire de l'Algérie).

De plus, ce cabinet avance que cette compétition aurait généré 100 000 emplois et un impact économique de 2,7 milliards de dollars en Égypte, pays organisateur. Cette édition de 2019, qui a généré plus de 83 millions de dollars, a rapporté plus que celle de 2017 en Guinée équatoriale et au Gabon, et que celle de 2015 en Afrique du Sud.

Il faut souligner que la préparation aux compétitions sportives est généralement émallée de soupçons tant dans l'obtention des contrats qu'en matière de bon déroulement des matchs. Sont pointés du doigt les arbitres, les commissions de passation des marchés et toutes personnes et structures liées à la préparation et au déroulement de ces compétitions. C'est le cas du scandale de la construction du stade d'Olembé, avec l'entreprise Magil Construction Corporation où des grèves d'employés ont été régulièrement observées pour non-paiement des salaires, alors que les acomptes ont été régulièrement payés à la dite compagnie.

La promotion du tourisme

Enfin, les pays africains doivent accentuer les investissements visant à développer le tourisme local. Ce type d’investissement vise, comme nous l’avons dit plus haut, à accroître l’attractivité du pays, et par la même occasion profiter de la CAN, qui est une vitrine mondiale, pour attirer les touristes et les investisseurs.

Ainsi, en 2019, les recettes de tourisme ont augmenté de 30 % en Égypte, en bonne partie grâce à la CAN.

En ce qui concerne la CAN actuellement en cours, la Compagnie nationale ivoirienne de transport, qui est le transporteur officiel de la CAN, est aussi l’un des sponsors de la compétition, et développe cette connexion automatique qui devrait exister entre les entreprises touristiques et de transport.

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