Comment la France peut-elle aider l’Australie face aux incendies ?

Le 3 janvier 2020, des pompiers australiens interviennent dans les environs de Batemans Bay (Nouvelle-Galles-du-Sud). Peter Parks/AFP

L’Australie est régulièrement parcourue par de grands incendies dans les zones de « bush », plaines broussailleuses et herbeuses. Mais depuis septembre 2019, c’est la côte sud-est, montagneuse et forestière, qui est largement impactée. C’est là aussi que se concentre la population.

Les États australiens. I.Berichard/Wikimedia, CC BY

Alors que la saison à risque est à son apogée dans la Nouvelle-Galles-du-Sud (Sydney), elle ne fait que commencer dans le Victoria (Melbourne) et l’Australie-Méridionale (Adélaïde). Il est donc fortement probable que la situation perdure jusqu’en février ou mars prochain.

Au-delà des destructions des biens, ce sont des pans entiers de biodiversité qui sont menacés. Les forêts d’eucalyptus touchées constituent en effet des écosystèmes uniques au monde et l’intensité des incendies est telle qu’ils détruisent toutes formes de vie.

Dans cette région, des incendies meurtriers se sont déjà produits en février 2009, causant 173 victimes en quelques heures seulement.

Pourquoi ces feux ?

La raison principale de ces méga-incendies se trouve dans l’accumulation de végétation combustible. Pendant 40 000 ans, les aborigènes ont employé sur le continent la culture du « bâton de feu », consistant à brûler des petites surfaces tout au long de l’année, quand la météo le permettait. Depuis la colonisation, au XVIIIe siècle, cette culture a disparu et la biomasse végétale s’est accumulée.

Conscients du problème, les Australiens ont développé ces dernières années un programme de « brûlages dirigés » en hiver sur de vastes étendues. Néanmoins, cette ambition se heurte à deux limites. Tout d’abord, la pollution de l’air par les fumées produites impacte la santé publique. Par ailleurs, certains animaux incapables de fuir (dont l’emblématique koala) peuvent être menacés si le brûlage est trop intense. Au-delà de la polémique, on constate évidemment que les incendies en cours sont dramatiquement plus impactant sur la qualité de l’air et la destruction d’habitats…

Pour que les incendies se développent, il faut également une situation météorologique défavorable. C’est le cas actuellement, avec un fort déficit de pluie sur les 20 derniers mois, et des vagues de chaleur qui se succèdent.

Végétation dense et sèche, air chaud, vent fort et atmosphère instable forment un cocktail détonant. Les feux qui en résultent ont des comportements extrêmes : ils se propagent très vite, avec des sautes à plusieurs kilomètres de distance et produisent des colonnes de gaz de combustion qui voyagent au-delà du continent.

Le 31 décembre 2019 près de la ville de Nowra (Nouvelle-Galles-du-Sud). Saeed Khan/AFP

Une lutte « inutile »

Les pompiers australiens sont équipés d’avions, d’hélicoptères et de camions de lutte, comme en France. Cependant, face à ces feux extrêmes, la lutte est disproportionnée, voire dangereuse.

C’est pourquoi, depuis 2009, la stratégie de lutte a été complètement modifiée. Les services de secours ont d’abord développé des capacités d’analyse et de compréhension du feu. Des équipes entières de pompiers, avec une solide formation scientifique, sont ainsi capables d’anticiper le comportement des incendies et d’alerter la population. Ce sont les « analystes ».

L’accent a ensuite été largement mis sur l’information préventive et la sensibilisation de la population. Le message est le suivant : « Face à ces feux extrêmes, les pompiers ne peuvent pas vous protéger, préparez-vous ! ».

Enfin, des dispositifs performants d’alerte ont été mis en place, notamment via les réseaux sociaux. Dès l’éclosion d’un sinistre, tous les usagers de la zone (habitants, véhicules en transit, randonneurs…) sont informés en temps réel de l’évolution et des dangers associés.

Ainsi, on notera que, en dépit des surfaces parcourues ces derniers mois dans une région très fréquentée, le nombre de victimes reste limité. À titre de comparaison, l’incendie de Mati (Grèce), en 2018, a causé une centaine de victimes dans un quartier résidentiel non préparé et mal informé.

Que faire ?

On l’aura compris, le renfort de pompiers ou d’avions français ne pourra pas être déterminant. En revanche, après la catastrophe, la communauté scientifique et technique européenne pourrait être utile dans la phase de reconstruction.

Il va d’abord falloir restaurer les terrains incendiés. Les feux en cours sont si intenses qu’ils détruisent toute la végétation qui fixait les sols. Si rien n’est fait sur les terrains en pente, les pluies à venir vont emporter les substrats et appauvrir le milieu. L’Office national des forêts, ainsi que des bureaux d’étude et laboratoires qui travaillent dans les régions alpines, maîtrisent les techniques de restauration.

La préservation de la biodiversité, la sauvegarde et la réintroduction d’espèces va ensuite vraisemblablement constituer un enjeu majeur. Là aussi, les universités, instituts et associations compétentes en Europe pourraient apporter leur soutien.

Du côté des infrastructures et des bâtiments, les centres de recherche de l’Inrae Aix-en-Provence et de l’Entente Valabre développent aujourd’hui, avec des entreprises fédérées au sein du Safe Cluster, un certain « savoir-faire français » : choix des matériaux de construction, débroussaillement, autoprotection des bâtiments… L’exportation de ce savoir-faire est possible.

Enfin, au-delà du soutien, la communauté européenne de la prévention et de la lutte contre les feux de forêt (scientifiques, pompiers, forestiers, gestionnaires…) devra s’enrichir de la douloureuse expérience vécue cette saison en Australie. Les grands incendies sont devenus une menace planétaire ; c’est pourquoi nous devons tirer des enseignements de ce qui se déroule de l’autre côté de la planète.