Conversation avec Gilles Rampillon : l’accueil de la coupe du monde de football à Nantes en 1998

Match de gala des bleus à la Beaujoire en 1998. Nantes ma ville

Durant les années 1970- 1982, l’attaquant international Gilles Rampillon a joué plus de 400 matchs en équipe A au FC NANTES, toutes compétitions confondues, et reste encore à ce jour le meilleur buteur en Championnat, à domicile, de toute l’histoire du FC NANTES avec 64 buts marqués sur la pelouse du mythique stade Marcel Saupin. Il participa à cette épopée, avec les fameuses cinq années d’invincibilité à domicile, aux côtés de Henri Michel, Loic Amisse, Maxime Bossis, Jean Paul Bertrand-Demanes, Bruno Baronchelli et bien d’autres talentueux footballeurs.


À l’occasion de la coupe du monde 2018 en Russie, l’idée centrale de cette rencontre avec Gilles Rampillon est d’évoquer – vingt ans après et avec une nostalgie assumée – la belle et riche expérience que fut l’accueil de six rencontres de la coupe du monde 1998 (dont un magnifique quart de finale) à la fois au stade de la Beaujoire – Louis Fonteneau et au cœur même de la Cité des Ducs.

Il s’agit donc ici d’aborder avec un acteur majeur de l’organisation de cet évènement les aspects opérationnels, les dimensions footballistiques et urbanistiques mais aussi les raisons de la passion qui submergea durant plusieurs semaines la ville de Nantes et tout le grand ouest._


Bonjour Gilles Rampillon, merci d’avoir accepté cette rencontre et tout d’abord comment allez-vous ? Quelles sont vos fonctions actuelles au sein de la métropole nantaise ?

Je vais bien, merci. Après ma carrière au FC Nantes, j’ai intégré une autre équipe, celle de la métropole nantaise. Je suis désormais en charge de l’accueil des délégations internationales au sein de la direction du protocole de Nantes Métropole

Avec Gilles Rampillon, en juin 2018, à Nantes. rampillon_bidan_juin2018_nantes.jpeg

Pouvez-vous nous rappeler quels étaient votre implication et votre rôle au cœur de l’évènement lors de cette fameuse coupe du monde 1998 ?

Mon implication et ma motivation étaient totales car l’évènement était unique et nous en avions tous pleinement conscience. J’étais en effet « chargé de mission compétition » pour la Coupe du Monde 98 sur le site de Nantes – l’un des 10 sites retenus en France – afin que les six matchs programmés se passent le mieux possible et que la ville soit au rendez-vous de cet évènement.

A titre personnel, je vous ai rencontré et côtoyé durant cette coupe du monde – j’étais un simple volontaire affecté aux « accréditations » sur le site du stade – je me souviens d’une « ambiance de travail » assez simple et conviviale mais finalement très imprégnée de la singularité de l’évènement… est-ce aussi votre souvenir ? Est-ce que cela peut expliquer une telle réussite populaire sur toute la région Nantaise ?

La réussite populaire a été la conséquence du travail effectué en amont par le Comité français d’organisation intégrant permanents, volontaires, partenaires engagés dans une dynamique collective et motivés par l’excellence de l’accueil. Il fallait aborder une multitude de dossiers (footballistiques et non footballistiques) mais tous avec le même sérieux et… dans les délais impartis.

Une affiche de la coupe du monde. affiche_nantes.jpeg

Le succès de la Coupe du Monde à Nantes a bien sûr été magnifié a posteriori par la victoire de l’équipe de France au terme d’une finale rêvée contre le Brésil (qui avait aussi disputé deux matches préalablement à la Beaujoire l’un contre le Maroc et l’autre en quart de finale contre le Danemark). Mais ce succès s’explique aussi par une belle réussite populaire au sein même de la ville (une « vraie » plage sur le cours Saint-André, une vaste fan-zone sur l’île Gloriette, le centre-ville et les quartiers impliqués, etc.) et dans le stade (six belles rencontres). Rappelons aussi que sur Nantes et ailleurs, les statistiques de ce mondial en France seront au final assez séduisantes pour les amateurs d’un football offensif et ouvert (171 buts sur 64 matchs soit 2,7 buts par match avec seulement moins de 0,3 carton rouge par match)

Comment expliquez-vous la passion qui s’empara de la ville – bien au-delà du site du stade de la Beaujoire et hors les matchs – pendant ces belles journées d’été ?

C’est une combinaison de facteurs bien alignés. Le sentiment de vivre ensemble un évènement unique, le déroulement harmonieux de la compétition ponctuée de six matchs vraiment spectaculaires, la météo favorable, des supporters étrangers qui furent respectueux et enthousiastes, le programme varié des animations festives et culturelles notamment sur la plage de Copacabana au cœur même de Nantes (coupe du monde des quartiers, tournois de beach-volley et d’ultimate, mondial de billes, sculptures sur sable, farniente et détente, etc.) et sur les sites dédiés (guinguette en bord de l’Erdre, scène musicale, fan-zone, etc.). Au final, du travail, de l’inventivité et de la chance…

Revenons sur le terrain du football et rappelez nous svp quels furent les six matches accueillis à la Beaujoire-Louis Fonteneau et lesquels vous ont particulièrement marqués ?

Nous avons eu le plaisir d’accueillir six (très) belles rencontres à la Beaujoire, Espagne-Nigéria, Brésil-Maroc, Japon-Croatie, Chili-Cameroun, États-Unis-Yougoslavie et le mémorable quart de finale que fut Brésil-Danemark le 3 juillet 1998 au soir avec du suspense, du jeu et un beau score de 3 à 2 pour le Brésil. La fête fut effectivement belle durant ces journées.

En dehors du terrain, quels sont les évènements et/ou les rencontres qui vous ont marqués durant cette belle période de la coupe du monde 1998 sur Nantes ?

J’ai été particulièrement marqué par de nombreuses rencontres. Comme celles avec les délégations sportives, avec les nombreux arbitres, avec les diverses personnalités connues et moins connues qui sont venues sur Nantes pour quelques heures ou quelques jours. J’en garde des images inoubliables : par exemple les veilles de match lors des entraînements des équipes au Stade de La Beaujoire selon le cahier des charges de la FIFA et aussi les répétitions des cérémonies protocolaires.

Je me souviens aussi les jours de match des yeux des enfants porteurs de drapeaux et ramasseurs de balle, des hymnes nationaux joués par des orchestres militaires et repris par les délégations et supporters.

Et pour finir, mon souvenir peut-être le plus marquant est celui d’un certain 3 juillet 1998 en fin d’après-midi. En effet, avant de jouer son quart de finale contre le Danemark, fixé à 21h, toute l’équipe du Brésil, qui vient juste d’arriver en bus au stade de La Beaujoire, pour préparer son match se retrouve fortuitement dans mon bureau pour regarder en direct sur un écran de télévision (ceux d’avant, les cathodiques !) la série des tirs au but du quart de finale France-Italie qui se déroule au Stade de France depuis la fin de l’après-midi et qui verra la victoire de qui vous savez. Sacré souvenir…

L’actualité nous ramène donc 20 ans après, en 2018, puis je vous demander votre pronostic pour cette coupe du monde qui débute justement dans quelques jours en Russie ?

L’équipe de France version 2018 est, je le pense, en mesure de gagner cette Coupe du Monde en Russie. Et je dirai qu’elle peut rencontrer l’Allemagne en finale si elle dispose… du Brésil en demi-finale et de… l’Argentine en huitième de finale. Vaste programme en effet !

C’est la fin de cette conversation Gilles, et comme le symbole de la fin d’une époque – celle d’un football flamboyant et libre – nous ne pouvons pas nous quitter sans évoquer « le cygne », « le boss », « l’indestructible » Henri Michel qui vient de nous quitter et dont vous avez partagé les « années canaris », quels souvenirs gardez-vous de lui ?

Merci de cette évocation Marc. Je garde en effet d’Henri Michel le souvenir du capitaine du FC Nantes de 1970 à 1982, d’un coéquipier, d’un milieu de terrain numéro 8 puis libero numéro 5, d’un joueur international de très haut niveau, élégant et efficace, doté de qualités techniques et physiques exceptionnelles.

Je garde aussi le souvenir fort d’une épopée et d’un palmarès commun avec 3 titres de Champion de France en 1973, 1977 et 1980, avec une formidable Coupe de France en 1979 et une demi-finale de Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupe en 1980

Le FC Nantes durant son quincénat d’invincibilité à domicile. rampillon_michel_fcnantes_80.jpeg

J’ai des souvenirs précis de grands moments à la Jonelière – comme contre les Wailers en 1980 – et d’un travail intense lors des séances d’entraînement placées sous le signe de l’exigence individuelle et collective. Et finalement, je garde le plaisir inoubliable d’avoir proposé à ses côtés un football offensif, attractif et spectaculaire.

Merci encore de cette conversation et de votre disponibilité Gilles et, je vous souhaite une « belle coupe du monde 2018 », rendez-vous est donc pris pour le 15 juillet prochain à 17HOO (heure de Nantes !) L’idée de cette rencontre avec l’ex-international nantais Gilles Rampillon est d’évoquer – avec douce nostalgie – le bel accueil de la coupe du monde 98 avec six matchs joués dans la ville du FC Nantes.