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Des dizaines d’espèces découvertes en Polynésie française… presque toutes menacées d’extinction !

Mission scientifique au sommet du mont Orohena à Tahiti. Author provided

Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science, qui a lieu du 1er au 11 octobre 2021 en métropole et du 5 au 15 novembre 2021 en outre-mer et à l’international, et dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition a pour thème : « Eureka ! L’émotion de la découverte ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.


Pour un biologiste confirmé comme pour un naturaliste amateur, la découverte d’une espèce végétale ou animale « nouvelle pour la science », c’est-à-dire non répertoriée ni décrite, représente toujours une grande source d’émotion à la fois scientifique et personnelle.

Encore aujourd’hui, la connaissance du vivant justifie de mener des inventaires de la biodiversité et d’organiser des expéditions scientifiques dans des sites encore totalement inexplorés ou peu (voire très anciennement) prospectés. C’est le cas notamment des récifs coralliens et des forêts tropicales, écosystèmes souvent considérés comme les plus riches en espèces.

J’ai eu pour ma part la chance de participer comme écologue terrestre et botaniste à certaines des missions scientifiques qui ont permis la découverte de nombreux taxons endémiques des îles, c’est-à-dire uniques au monde, dans les montagnes polynésiennes.

Expéditions dans des zones reculées

Dans cet archipel composé d’environ 120 îles dont la plus grande, Tahiti, ne dépasse pas les 1050 km2, de petites îles océaniques peuvent encore révéler de belles surprises !

Au cours des 25 dernières années, plus d’une centaine de mollusques, insectes et plantes terrestres ont été nouvellement décrits : le fruit d’efforts de prospection dans ces îles éloignées, difficiles d’accès (parfois sans aéroport ni port, voire inhabitées), au relief parfois très abrupt, comme dans les archipels de la Société, des Marquises et des Australes.

Expédition scientifique à Rapa sur la crête du mont Perau. Olivier Gargominy

C’est parfois après de longues ascensions ou « droppé » en hélicoptère sur les plus hauts sommets, après de longs trajets en bateau à moteur ou à voile, à camper des nuits sous une simple bâche en plastique, à affronter les moustiques, les cochons sauvages, la chaleur suffocante ou les pluies torrentielles et parfois même le froid (sur les pics de plus de 1000 m d’altitude, jusqu’à 2240 m à Tahiti !), que nous avons découvert de nouvelles espèces.

Des aventures humaines inoubliables

Là-bas, j’ai eu le privilège de collaborer avec des malacologues (spécialistes des mollusques), entomologistes et botanistes confirmés ou débutants de nombreuses universités étrangères et avec de nombreux compatriotes du Muséum national d’histoire naturelle de Paris et de l’Institut de recherche et de développement.

Nous avons souvent été accompagnés ou guidés dans ces îles et sites par des membres passionnés d’associations locales de protection de la nature, d’agents impliqués des communes ou des services techniques du gouvernement de la Polynésie française.

Au sommet du Mt Orohena, point culminant de Polynésie française et des îles du Pacifique sud, avec des collègues d’associations de protection de la nature. Jean‑Yves Meyer

Certaines de la centaine d’espèces nouvellement découvertes et décrites en un quart de siècle m’ont été dédiées. Soit parce que je les avais collectées pour la première fois, soit en reconnaissance de la coordination des diverses missions qui resteront dans ma mémoire des aventures humaines inoubliables.

Marguerite, fougères et coléoptères

Ischnura jeanyvesmeyeri, demoiselle endémique de l’île de Raivavae aux Australes. Ron Englund

Parmi elles, figure une petite marguerite Bidens (Asteraceae) uniquement trouvée sur les falaises de Rapa aux Australes, qu’il a fallu escalader, un petit arbuste Coprosma des forêts de nuages de Hiva Oa aux Marquises dont on ne connaît que quelques individus mâles, une petite fougère épiphyte Grammitis (Grammitidaceae) restreinte aux plus hauts sommets de Tahiti entre 1900 à 2000 m d’altitude, une demoiselle Ischnura (Odonates Caenagrionidae) des zones humides de Raivavae (Australes), un coléoptère Pycnomerus (Zopheridae) des lambeaux forestiers de Tubuai (Australes). Ou encore un escargot arboricole Partula (Partulidae), unique survivant de ce genre sur l’île de Raiatea (Société) et découvert dans un vallon humide situé sous le plus haut sommet vers 950 m d’altitude après deux journées d’ascension à ouvrir une piste sur une crête étroite…

D’autres plantes à fleurs que j’ai collectées sur les sommets de Bora Bora, Moorea, Raiatea (Société), restent encore à décrire !

A peine découvertes, déjà menacées

Et pourtant, malgré la joie que procure leur découverte, la plupart de ces espèces souvent très rares sont malheureusement menacées de disparition dans leur milieu naturel par les activités humaines croissantes (urbanisation, déforestation, incendies, pollutions)…

JYHM collectant Bidens meyeri sur l’île de Rapa aux Australes. Ron Englund

Mais également et surtout par des espèces introduites devenues envahissantes (dites « invasives ») : chèvres, moutons et cochons sauvages détruisant les sous-bois forestiers, rats omnivores s’attaquant aux graines, plantules, oiseaux, squamates et arthropodes ; escargot et ver plat prédateurs de mollusques endémiques ; fourmis colonisatrices (comme la petite fourmi de feu et la fourmi jaune folle) ; très nombreuses plantes envahissantes dont le miconia qui forme de forêts denses à Tahiti et Moorea (archipel de la Société) jusqu’à 1200 m d’altitude ; insectes phytophages, champignons pathogènes et virus souvent non identifiés !

L’urgence de les protéger

Au-delà de leur description et publication dans des revues scientifiques spécialisées, la protection légale et la conservation in situ (parcs, réserves, aires gérées) de ces espèces nouvelles pour la science et menacées de disparition s’avère être une priorité si on ne veut pas qu’elles ne subsistent que sous forme de spécimens d’herbier ou dans les collections zoologiques des musées.

En cette période de « sixième crise d’extinction mondiale » et dans une nouvelle ère appelée « anthropocène », il est donc du devoir du biologiste et du naturaliste de documenter et de porter à connaissance du grand public, des gestionnaires d’espaces naturels, des autorités compétentes et des politiques, la richesse, l’originalité et la beauté de notre biodiversité (des gènes aux écosystèmes)… « avant que nature meure », comme l’écrivait l’ornithologue Jean Dorst du Muséum national d’histoire naturelle de Paris en 1965.

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