Inondations et canicules : quelles solutions pour y faire face en ville ?

Le 28 janvier 2018, la Seine inonde Paris. Geoffroy Van Der Hasselt/AFP

Janvier 2018 : Paris boit à nouveau la tasse. La Seine et la Marne sont sorties de leur lit, obligeant certains habitants de la banlieue à regagner leur domicile en barque, tandis que le célèbre zouave du pont de l’Alma se pare d’un gilet de sauvetage. La montée des eaux a également suscité de vives inquiétudes autour de Lyon et dans les environs de Strasbourg, où le Rhin a atteint des niveaux préoccupants.

Et si cette situation devenait la norme ? D’après certaines études, le coût des dégâts liés aux inondations en Europe devrait plus que doubler en raison du réchauffement climatique pour s’établir à quelque 15 milliards d’euros.

Dans nos régions, ces inondations dévastatrices et coûteuses seront désormais monnaie courante, et ce même si nous réussissons à maintenir limiter ce réchauffement à moins de 1,5 °C, comme le recommande l’Accord de Paris.

Les villes européennes risquent dans les années à venir d’être écrasées par des vagues de chaleur qui céderont la place à des épisodes pluvieux extrêmes, donnant du fil à retordre aux urbanistes et aux services de santé. Pour éviter ces périls, les villes devront entièrement revoir leur politique. Si la réduction des émissions de gaz à effet de serre est essentielle pour ne pas aggraver les dérèglements climatiques, d’autres options s’offrent également aux municipalités pour faire face à ces aléas.

Informer la population

Il est primordial d’informer la population des vagues de chaleur à venir, par toutes les sources de communication et d’information possibles. Les applis et les réseaux sociaux tels que WhatsApp ou Facebook peuvent en effet s’avérer très pratiques, à condition d’être utilisés de façon cohérente, comme l’expliquent des spécialistes des sciences sociales chargés d’observer la réaction des réseaux sociaux aux catastrophes en Californie.

Les infrastructures du quotidien, comme les supermarchés, les pharmacies et les cafés, peuvent aussi se révéler très utiles. À Vienne, les églises ont ainsi accueilli touristes et habitants pendant les vagues de chaleur de 2015 et 2017.

Des services d’information mobiles doivent être mis en œuvre pendant les épisodes caniculaires afin d’aider les services de santé et les travailleurs sociaux à localiser les personnes âgées, souvent isolées et particulièrement vulnérables aux fortes températures. Rappelons qu’en France, la canicule de 2003 avait fait des milliers de victimes parmi ces classes d’âge.

Dans cet esprit, la Poste a lancé à l’été 2017 un projet pilote proposant à ses clients un service payant d’aide pour leurs proches isolés.

Mur végétal à Milan, 2015. faverzani/Pixabay, CC BY

Végétaliser les espaces urbains

Les trames bleues et vertes, futures normes en matière de planification et de construction, permettent de réintroduire des éléments naturels au sein des bâtiments. Elles consistent à multiplier les étendues d’eau et à créer des zones spécifiquement inondables (dans les zones humides de la Seine, par exemple) ou des endroits où l’eau peut stagner. Ce type de solution technologique peut convenir dans les cas où les zones humides ou riveraines sont indisponibles ou totalement remblayées.

La présence de la végétation permet en effet d’affronter la chaleur et les fortes précipitations par filtration, absorption, percolation et écoulement. Les sols non artificialisés des parcs, cimetières et jardins publics remplissent parfaitement ce rôle, de même que les toits et murs végétalisés. Véritables « tampons thermiques », ils permettent de rafraîchir les zones fortement urbanisées.

C’est également le cas des immeubles écologiques et autres jardins de pluie courants à Milan ; ceux-ci se sont avérés par exemple très utiles à New York, en absorbant près de 50 % des précipitations ambiantes.

Autre option de végétalisation : les anciens terrains industriels à convertir en vastes parcs publics et espaces verts, comme ces fermes urbaines installées dans le centre de Berlin, à Édimbourg, Malmö ou encore Leipzig. Autre solution, les rigoles de drainage biologiques ; ces canaux linéaires recouverts de végétation ont été spécialement conçus pour atténuer et traiter le ruissellement des eaux pluviales.

La présence d’arbres contribue tout autant à combattre la chaleur, les fortes précipitations et les émissions dues au transport automobile (particules, oxyde d’azote).

Toutes ces techniques concourent à bâtir des villes dites « résilientes ».

Le principe des rigoles de drainage biologiques.

S’adapter, expérimenter

Au-delà de ces considérations techniques, il faut aussi souligner la dimension politique de l’aménagement urbain au sein des villes résilientes : c’est ici l’ensemble des habitants qui doit pouvoir accéder gratuitement, dans le cadre d’un service municipal et public, aux informations nécessaires à l’atténuation du risque de catastrophe.

Élémentaires, ces méthodes compléteront des solutions écologiques plus techniques, à l’image des mesures de prévention des inondations instaurées à Vienne ou Cologne et qui ont fait leurs preuves.

En Allemagne, après les crues désastreuses de l’Elbe au cours des deux dernières décennies, les digues ont ainsi été déplacées et modifiées pour élargir la plaine inondable naturelle et laisser plus de place au fleuve. Malgré tout, le barrage a cédé il y a quatre ans.

C’est la raison pour laquelle d’autres villes appliquent la stratégie inverse : accueillir l’eau, au lieu de la retenir. C’est le cas à Hambourg, qui envisage de créer une nouvelle plaine inondable pour l’Elbe afin de rétablir « un certain équilibre naturel dans sa zone portuaire », soumise à des conditions difficiles depuis un demi-siècle en raison d’un trafic maritime intense.

S’il est certain que des rigoles de drainage ou du gazon planté le long d’une plaine inondable paraissent bien dérisoires face à une crue centennale, ces solutions peuvent néanmoins la ralentir et en réduire les pics, laissant ainsi plus de temps à la population pour réagir.


Créé en 2007, Axa Research Fund soutient plus de 500 projets à travers le monde portés par des chercheurs de 51 nationalités. Pour en savoir plus sur le travail de Dagmar Haase, rendez-vous sur le site du Axa Research Fund. Cet article a été traduit de l’anglais par Angélique Avit pour Fast for Word.

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