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L’arrêt de l’essai du vaccin d’Oxford indique que le processus est rigoureux

À peine quelques semaines après que l’Australie ait conclu un accord de 1,7 milliard de dollars avec AstraZeneca pour distribuer gratuitement à sa population le vaccin contre la Covid-19 en 2021, la société pharmaceutique interrompait ses essais de phase 3 après qu’un participant soit tombé malade.

Le vaccin AZD1222, considéré comme l’un des plus avancés dans la course mondiale pour un vaccin contre la Covid-19, a été développé par l’Université d’Oxford et est testé par AstraZeneca.


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La société de biotechnologie CSL, basée à Melbourne, s’est engagée à produire et à fournir plus de 30 millions de doses du vaccin s’il s’avère sûr et efficace.

Cette pause dans les essais ne signifie pas nécessairement que le vaccin n’est pas sécuritaire. Elle indique plutôt que les essais se déroulent comme il se doit, en tenant compte de l’innocuité.

Que s’est-il passé ?

Il n’y a pas eu de déclaration officielle concernant la nature de l’incident ayant provoqué l’arrêt du processus. Nous savons seulement qu’il s’agissait d’une réaction indésirable présumée chez un participant au Royaume-Uni. À noter que les essais de phase 3 pour le vaccin AZD1222 ont eu lieu simultanément dans plusieurs pays.

Le New York Times rapporte que le participant a été victime d’une myélite transverse, une inflammation de la moelle épinière, qui peut être déclenchée par des infections virales.

La myélite transverse est très rare. On répertorie entre un et huit nouveaux cas par million de personnes, par année.

La plupart des personnes se rétabliront, mais il se peut qu’elles présentent certains symptômes comme de la faiblesse.

Dans l’univers de la recherche sur l’innocuité des vaccins, la myélite transverse est l’un des syndromes neurologiques aigus pouvant être associés à la vaccination. Parmi les autres, citons le syndrome de Guillain-Barré et l’encéphalomyélite aiguë disséminée.

Ces pathologies surviennent parfois quelque temps après la vaccination, mais nous ne savons pas s’il s’agit d’une relation de cause à effet. Malheureusement, il n’est pas toujours facile de trouver ce qui a causé ces maladies, et il est important de rechercher d’autres infections pouvant être associées au diagnostic.

Il y a deux facteurs à considérer : premièrement, dans le groupe d’essai britannique, ce ne sont pas tous les participants qui recevaient le vaccin AZD1222. Pour vérifier son efficacité, les chercheurs ont administré à un groupe témoin un type de vaccin contre le méningocoque (MenACWY) ayant déjà été homologué. Comme l’essai est en double aveugle, nous ne savons pas encore si le participant concerné a reçu le vaccin contre la Covid-19.

Deuxièmement, l’AZD1222 n’est pas un vaccin dit « vivant atténué », c’est-à-dire qu’il n’est pas fabriqué à partir du virus vivant du SARS-CoV-2. Il utilise bien un vecteur adénovirus de chimpanzé, mais celui-ci ne se réplique pas et ne provoque pas de maladie chez l’homme. Il n’est pas impossible que la myélite transverse — si elle est confirmée comme diagnostic — soit liée au vaccin. Mais il ne serait pas possible que le vaccin provoque une infection à la Covid-19 pouvant déclencher la myélite.

En outre, les essais de phases 2 et 3 concernent des populations beaucoup plus larges que les jeunes adultes en bonne santé qui participent généralement aux premiers tests. L’essai britannique sur l’AZD1222 inclut des personnes de 70 ans et plus, ce qui augmente naturellement le risque d’événements indésirables associés à l’âge.

Le vaccin de l’Université d’Oxford est testé en collaboration avec la société pharmaceutique AstraZeneca. Alastair Grant/AP

Quelle sera la suite ?

AstraZeneca va enquêter sur l’incident, avec la contribution d’organismes de réglementation externes tels que le conseil de surveillance de la sécurité des données de l’étude clinique, l’Agence européenne des médicaments (EMA) et la Food and Drug Administration américaine (FDA).

Ces organismes indépendants examineront tous les éléments de l’enquête, incluant l’imagerie médicale réalisée sur le participant, pour confirmer le diagnostic. Ils détermineront également dans quel groupe la personne se trouvait et si elle a reçu l’AZD1222 ou l’autre vaccin.

Ils tenteront de trouver la cause de la maladie, mais cela pourrait s’avérer impossible. À partir d’un seul cas, il sera particulièrement difficile de prouver que le vaccin est en cause. Les maladies comme la myélite transverse, bien que rares, ont un taux de prévalence accru dans la communauté.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) fournit un cadre directeur pour évaluer la cause d’un événement indésirable après l’immunisation. AstraZeneca et les organismes indépendants qui surveillent les essais suivront ce cadre ou des cadres similaires pour enquêter sur cet événement.

Une fois qu’ils auront examiné l’incident, ils décideront s’il convient de reprendre ou non l’essai. Compte tenu de l’urgence d’agir rapidement, nous nous attendons à ce que cela se fasse en quelques jours.

Pas une mauvaise chose

Cet arrêt de l’essai ne signifie pas que le vaccin n’est pas sécuritaire — il faudra d’autres preuves avant de pouvoir le vérifier.

Mais cela reflète la solidité du processus d’essai clinique. Car c’est précisément ce à quoi servent les essais cliniques de phases 2 et 3 : détecter tout problème de sécurité potentiel et l’étudier plus à fond.

Ce genre d’événements se produisent parfois aussi dans d’autres essais cliniques. Nous n’en entendons tout simplement pas parler. Il n’y a peut-être jamais eu autant d’attention pour un seul essai clinique que pour l’essai de ce vaccin et d’autres vaccins potentiels contre la Covid-19.

La sécurité l’emporte

Depuis le début de cette pandémie, nous entendons dire que la rapidité nuit à la sécurité dans le développement d’un vaccin. Nous pensons que ce n’est pas le cas en ce qui concerne la Covid-19.

Si les essais avancent si vite, c’est en grande partie parce que le recrutement se fait rapidement. Les essais de phase 3 de l’AZD1222 compteront entre 40 000 et 50 000 participants au total.

Au-delà du vaccin AZD1222, nous assistons également à une divulgation ouverte et à une grande transparence entourant la recherche. Les grandes entreprises pharmaceutiques se sont notamment engagées à prioriser la sécurité lors de l’évaluation des vaccins Covid-19.

Bien sûr, il y a des exceptions à cette règle, notamment le vaccin russe, qui aurait été largement utilisé avant d’avoir passé tous les contrôles de sécurité et d’efficacité et au sujet duquel certaines données de la phase 1 ont été publiées.

L’Australie suit certaines étapes pour évaluer l’innocuité des nouveaux vaccins. Si l’essai du vaccin d’Oxford et d’AstraZeneca reprend et qu’il s’avère sécuritaire et efficace, la Therapeutic Goods Administration australienne (TGA) examinera les données et collaborera étroitement avec les organismes de réglementation internationaux pour s’assurer que son utilisation est sans danger.

La TGA est également responsable de la surveillance post-commercialisation, considérée comme la phase 4. Lorsque le vaccin est mis sur le marché, on continue à surveiller ses effets indésirables et à en assurer le suivi en faisant appel à la fois aux conseils de sécurité des vaccins des autorités compétentes, comme le SAEFVIC de Victoria, et les systèmes de surveillance active, comme Smartvax et Vaxtracker.

This article was originally published in English

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