Le Premier ministre Justin Trudeau tient une conférence de presse de clôture à la suite de la Conférence de Munich sur la sécurité, le 14 février. Il tentait d'y obtenir des appuis en vue de la candidature du Canada au Conseil de sécurité des Nations unies. Obtenir ce siège ne sera pas chose facile. La Presse Canadienne/Sean Kilpatrick

Le Canada a peu de chance d’être élu au Conseil de sécurité de l’ONU

À quelques semaines du vote qui se tiendra à New York le 8 juin prochain, tout laisse penser que malgré les efforts de dernière minute, le Canada a peu de chance d’être élu au Conseil de sécurité de l’ONU.

Outre les embûches au niveau international, le premier ministre Justin Trudeau, qui en est le principal promoteur et fait campagne depuis plusieurs mois, vient de subir un revers au Canada : une pétition signée par près de 150 personnes et organisations, dont Amir Khadir, David Suzuki,l’ex-député fédéral Romeo Saganash et la Confédération des syndicats nationaux (CSN), invite les Nations unies à ne pas accorder au Canada ce siège convoité. « Malgré sa réputation pacifique, le Canada n’agit pas comme un acteur international bienveillant », écrivent les signataires au début de la pétition mise en ligne par le Canadian Foreign Policy Institute.

Une annonce surprenante

En mars 2016, quelques mois après avoir remporté les élections, le premier ministre Justin Trudeau annonçait en grande pompe que le Canada sollicitait un siège comme membre non permanent au Conseil de sécurité des Nations unies pour un mandat de deux ans (2021-2022).

L’annonce pouvait surprendre, malgré le fait que le Parti libéral ait fait grand cas de l’humiliant échec subit en 2010 alors que, sous la houlette du gouvernement conservateur de Stephen Harper, le Canada tentait d’obtenir un siège.

Après tout, aucune mention n’avait été faite durant la campagne électorale de 2015 et la lettre de mandat du ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, n’évoquait pas non plus cet objectif. Plusieurs États du groupe régional informel, dont le Canada est membre, avaient déjà annoncé, depuis plusieurs années d’ailleurs, leur intention de solliciter un siège : l’Irlande, la Norvège et le micro-État de Saint-Marin. Alors que ce dernier retirait sa candidature au profit du Canada dès le lendemain, l’annonce par le premier ministre pouvait paraître comme une tentative un peu lourde de forcer le jeu et de demander un siège comme si celui-ci revenait d’office à un État dont la réputation était positive.

Cette annonce de la part du gouvernement canadien apparaissait d’autant plus surprenante que tant l’Irlande que la Norvège bénéficiaient d’une excellente réputation sur la scène internationale et avaient annoncé depuis plusieurs années déjà leur intention de solliciter ces sièges. Ayant l’expérience du Conseil de sécurité pour y avoir déjà siégé à trois reprises dans le cas de l’Irlande et à quatre reprises pour la Norvège, l’un et l’autre présentent également une feuille de route plus convaincante que le Canada dans deux dossiers importants : l’aide au développement et le maintien de la paix.

La salle du Conseil de sécurité au siège de l’Organisation des Nations unies, à New York.

Une belle image mais peu d’actions

En matière d’aide au développement, le Canada fait toujours piètre figure parmi la trentaine d’États les plus riches en consacrant 0,26 % de son revenu national brut (RNB). L’objectif fixé par les Nations unies est de 0,7 %. De son côté, l’Irlande consacre déjà 0,35 % de son RNB à cet effort et s’est engagée à l’augmenter à 0,7 % d’ici 2030. La Norvège y consacre quant à elle quatre fois plus de ressources que le Canada avec une contribution qui atteint 1,1 % de son RNB.

En matière de maintien de la paix, le Canada est également bien loin de l’image qu’il aime projeter et des engagements qu’il fait avec un faible 45 soldats ou policiers actuellement déployés. Le retrait canadien de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) à l’été 2019 n’a guère contribué à cette image et a certainement déçu ceux qui ont cru à « ce retour » du Canada.

En fait, les actions du Canada sur la scène internationale ne correspondent guère à cette image et à la rhétorique d’une nation « compatissante et constructive » que le gouvernement libéral cherche à projeter depuis 2015. En fait, à certains égards, la contribution du gouvernement de Justin Trudeau est même en deçà de celle du gouvernement de Stephen Harper.

Le Canada s’est d’ailleurs fait rappeler à l’ordre par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui notait à l’automne 2018 une diminution de l’aide au développement « malgré une croissance économique vigoureuse ».

Une arène éminemment politisée

À quelques semaines du vote qui se tiendra à New York, tout laisse penser que malgré ses efforts de dernière minute sur le continent africain ou au sein du monde arabe, le Canada a cette fois encore assez peu de chance de parvenir à ses fins. Il devra pour ce faire convaincre 129 États parmi les 33 votes de l’Amérique latine et des Caraïbes, les 54 votes de l’Afrique, les 53 votes de l’Asie et du Pacifique, les 23 votes de l’Europe de l’Est et les 28 votes de son propre groupe formé par les États d’Europe occidentale et quelques autres pays similaires.

Ces votes seront d’autant plus difficiles à obtenir que le Canada entretient, pour diverses raisons, des relations passablement tendues avec trois États membres permanents du Conseil de sécurité, les États-Unis, la Chine et la Russie. S’il ne s’agit là que de trois votes sur les 129 qui sont nécessaires, ceux-ci pourraient toutefois jouer de leur influence pour contrer la candidature du Canada. Cela, dans une arène éminemment politisée où les promesses de votes sont fréquemment rompues, notamment à l’occasion d’un second tour de scrutin, et où la logique du donnant-donnant est fondamentale.

Tout bien considéré, et alors que la pandémie de Covid-19 a considérablement ralenti les efforts et diminué leur efficacité, le Canada a peu de chance d’obtenir un siège.

Si c’est un échec — le deuxième consécutif et le troisième dans l’histoire — le Canada se trouvera dans une situation certainement très embarrassante et il devra prendre toute la mesure et honorer les engagements qu’il prend. Si, contre toute attente, le Canada obtient l’un de ces deux sièges, il aura à naviguer en eaux très troubles en s’assurant, espérons-le, de ne pas perdre de vue les objectifs qui étaient les siens.

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